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Hannibal le lecteur

Les ronds dans l'eau / Hervé Commère

24 Décembre 2011 , Rédigé par Hannibal Publié dans #Polar français

Les ronds dans l'eau, paru au Fleuve Noir cette année, est le second roman d'Hervé Commère.
Il est l'un des trois finalistes du Prix Polars Pourpres dans la catégorie Découverte.

 


rondsdansleauRésumé

Miami Beach, 1971.
La villa de la famille Costano est visitée par une bande de voleurs organisés qui, en deux temps trois mouvements, mettent la main sur une toile de maître. Le Manet sera rendu en échange d'un million de dollars. Dans la valise, entre les billets, les truands trouvent un petit mot : « Be sure you'll die for that ».
Près de quarante ans ont passé mais Jacques Trassard, qui faisait partie de la bande, vit toujours la peur au ventre. Et si quelqu'un remontait jusqu'à lui ?

Yvan, serveur de son état, ne vit plus vraiment depuis que Gaëlle l'a quitté. Un jour, il reçoit un choc en allumant son poste. L'amour de sa vie se trémousse devant lui dans une émission de téléréalité. Pas facile à vivre. Encore moins quand elle annonce à la France entière qu'elle va lire, histoire de bien se fendre la poire, les lettre minables qu'un ex très collant, ne cessait de lui envoyer. Yvan n'accepte pas. Il va tout faire pour retrouver son courrier avant qu'il ne devienne la risée du pays.


Mon avis

En 2009, j'avais acheté J'attraperai ta mort, le premier roman d'Hervé Commère (paru chez Bernard Pascuito et aujourd'hui épuisé). Ce n'était pas un hasard mais la conséquence des conseils avisés de certaines personnes (qui se reconnaitront peut-être). À ce jour, je ne l'ai toujours pas lu. Ce sont des choses qui arrivent, aléas de la lecture. Prix Polars Pourpres oblige, je découvre donc ce jeune auteur (qui a entre temps rejoint le Fleuve Noir) avec un peu de retard et Les ronds dans l'eau, son second roman.

« Marcher seul dans les rues, trouver soudain que cette inconnue lui ressemble, se rendre compte, au final, qu'elle est très différente. Aller travailler, affronter la désolante joie de vivre de mes collègues, ces abrutis plus heureux que moi, leurs blagues de cour d'école. Faire ses courses. Ouvrir le matin ses volets, se forcer à faire face, regarder les gens vivre et se demander comment ils font. Avoir parfois des frissons au son d'une bête chanson d'amour, penser que personne d'autre n'en comprend vraiment les paroles. Passer ses vacances chez sa mère, lui dire que tout va bien, partir plus tôt que prévu. Parfois, aller voir la mer. Trouver ça joli, écouter le bruit des vagues, s'asseoir dans le sable. Et se dire que, sans elle, ça ne sert pas à grand chose. Se demander où elle est, ce qu'elle fait. »

Il arrive parfois qu'on lise une grande partie d'un livre, quand ce n'est pas la totalité, avant de décider si l'on aime ou pas, si l'on continue ou si l'on s'arrête (même si personnellement, j'arrête très rarement). Ici, après seulement quelques phrases, je me doutais déjà fortement que j'allais aimer. Hervé Commère arrive à embarquer son lecteur sans tarder et après trois-quatre chapitres cette sensation s'accentue : il se dégage du roman une certaine ambiance, qui m'a beaucoup plu. Les personnages principaux, Jacques et Yvan, nous semblent vite attachants, et le choix de la première personne, parfois choisi par les auteurs par facilité, m'a rapidement semblé pertinent.

« La porte est couverte de graffitis, certains au stylo-bille, d'autres au marqueur, quelques prénoms gravés à la clé. En haut à gauche, un petit malin a écrit qu'« il est toujours appréciable d'avoir de la lecture dans un endroit pareil ». On dirait une introduction. Je me demande ce qui peut bien passer par la tête des gars qui écrivent ainsi dans les chiottes des bars. Il y a Free Tibet gribouillé dans un coin. Au cas où un haut dignitaire chinois viendrait déféquer dans le secteur, je suppose. Un autre a barbouillé le refrain d'une chanson, je crois que c'est M, « en tête à tête avec moi-même », il ne croyait pas si bien dire. Il y a plein de dates, associées à des noms, comme des signatures, des traces de passage. Un numéro de portable qui promet monts et merveilles. Je me demande si des gens répondent à ce genre d'annonce.
Je n'ai ni crayon ni objet pointu sur moi. Finalement, j'aurais bien apporté ma pierre à l'édifice. »

Au fil des chapitres qui alternent les points de vue, on voit évoluer les personnages avec plaisir, suivant tantôt le parcours de l'ex-truand, tantôt les déboires cathodiques du serveur inconsolable. Comme souvent dans ce genre d'ouvrages, on imagine bien que les deux personnages vont être amenés à se croiser, mais comment ? Bien difficile de le deviner avant l'heure. Emporté par les histoires que nous raconte Hervé Commère, le lecteur tourne les pages à grande vitesse, rencontrant ça et là un rebondissement bien senti sur le chemin qui le mène au dénouement final, intelligent et réussi. Non, déjà le terminus (280 pages) ?

« Je passai cinq mois dans un rêve éveillé. Je chérissais chacun des jours qui, depuis le berceau, nous avaient au final conduits l'un contre l'autre. Tout avait soudain du sens, le moindre visage devenait tout à coup primordial. Je revoyais les années passées, revivais le nombre de concours de circonstances que j'avais traversés, j'envisageais la multitude de sinuosités que nos vies avaient empruntées pour faire enfin que nos destins se croisent. Un grand chambard sans queue ni tête, deux sourires parmi des milliards, des influences et, des zigzags permanents comme dans une fourmilière vingt ans durant et soudain tout s'éclaire : Gaëlle et moi, face à face. Je n'en revenais pas.
J'élaborais alors en secret des théories sur le hasard. Je me rongeais les doigts de plaisir en imaginant le travail minutieux d'un grand ordonnateur, une sorte de régisseur planétaire, qui fermait une porte dans la vie d'untel, qui en ouvrait une à l'autre bout du monde, qui mettait une peau de banane ici pour, là-bas, faire entrer en scène une jolie infirmière. Toutes ces réactions en chaîne me fascinaient. Une espèce de DRH planétaire et permanent, un manitou tirant les ficelles depuis son nuage pour faire que deux âmes sœurs se trouvent. Parfois, je ne fus as loin de me mettre à croire en Dieu. »

L'auteur a su créer un univers propre, bien agréable à fréquenter, au carrefour d'influences diverses. Aux ingrédients attendus du thriller d'aujourd'hui se mêlent des histoires de bandits d'antan que l'on s'imagine sans mal en sépia. Un clin d’œil au cinéma de Tanrantino par-ci, une petite dose de romance par là. Des sujets actuels et quelques réflexions intéressantes...

Au final, un livre abouti, jusqu'au choix du titre et de la couverture. Une belle découverte pour un agréable moment de lecture, si bien qu'on en redemande.
Si vous ne savez pas quoi offrir et que les personnes que vous voulez gâter ne sont pas allergiques à la lecture, voici une idée de cadeau sympa toute trouvée. Personnellement, je compte bien le déposer au pied de quelques sapins.



Les ronds dans l'eau, d'Hervé Commère, Fleuve Noir (2011), 282 pages.

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alain 01/01/2012 17:07

Je partage tes appréciations. Bonne année Hoel.

Hannibal 05/01/2012 22:43



Bonne année Alain !