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Hannibal le lecteur

Un ange noir / François Beaune

5 Janvier 2012 , Rédigé par Hannibal Publié dans #Polar français

Bonne année 2012 !

Santé, bonheur, amour, travail, prospérité... pour tous ! (rayez les mentions inutiles)

Profitez bien des prochains mois, la fin du monde est pour bientôt... ou pas !

 

Après de super vacances chez nos sympathiques voisins Espagnols, me voici donc de retour de Cantabrie avec quelques kilos en plus (la faute aux chorizo, tortilla, jamon et autres spécialités toutes plus grasses les unes que les autres, mais tellement bonnes aussi !) et quelques polars espagnols en VO dans la valise (j'en reparlerai surement un jour ou l'autre).

Pour commencer l'année, un roman atypique qui n'est pas vraiment un polar (mais un peu quand même par moments) et qui ne m'a pas vraiment emballé (mais un peu quand même par moments).

 

Ce roman, c'est Un ange noir de François Beaune paru aux éditions Verticales l'année dernière (en 2011 quoi !).

 

 

unangenoirRésumé

 

Alexandre Petit, 37 ans, vit toujours chez sa mère. Il travaille dans les sondages et fait partie de l'équipe des bénévoles des Restos du Cœur de Lyon. Il a une passion pour les jeux en général (rami, jeux en ligne, Questions pour un champion...) et mène une vie des plus ordinaires. Connu pour être solitaire, il s'est récemment lié d'amitié avec Elsa, 19 ans, qui travaille elle aussi à la Sofres. Après une soirée festive entre collègues, il raccompagne la jeune femme chez elle et monte boire le thé. Le lendemain, elle est retrouvée sans vie dans sa baignoire. Alexandre, qui se sait être la dernière personne à l'avoir vu vivante, estime être le suspect idéal. La paranoïa s'installe rapidement. De peur d'être confronté à la police, il décide de fuir, de tout quitter. Mais aussi de retrouver l'assassin d'Elsa et de la venger.

 

Mon avis

 

« J'avais passé des mois à m'inscrire à Questions pour un champion, et pour l'occasion avais acheté une chemise à carreaux (une chemise de style Vichy), tricolore mais tendant sur le vert, avec un jean clair et une ceinture en cuir de marque Pierre Cardin. J'avais les cheveux plus courts qu'à Motus. Je n'ai pas fait un bon parcours, j'ai même été pire que tout, éliminé en première phase de jeu, raccompagné à la grille avec un dictionnaire Larousse. Je me suis détesté ce jour-là. J'ai détesté chaque parcelle de moi et de ma chemise reflétée à l'écran. Mon oncle avait enregistré l'émission et l'avais commentée après le repas de dimanche. Il parlait de mon échec constructif. J'aurais voulu recommencer, redevenir enfant, reprendre l'apprentissage, pour être prêt, pour tous les humilier cette fois de mon savoir. »


Ce qui retient d'abord l'attention du lecteur, c'est la forme utilisée par François Beaune pour nous faire vivre les évènements. C'est à travers un carnet rédigé par Alexandre Petit que l'on suit la progression de l'histoire, le tout étant entrecoupé d'articles de journaux et de lettres de sa mère. Le style de l'auteur, ou tout du moins celui qu'il prête à son personnage, rend la lecture assez agréable.

 

« Au même moment , un autre collègue, Bertrand, a dû gonfler à lui seul une bonne trentaine de ballons. À la fin il était rouge comme un coquelicot et tout le monde riait de le voir ainsi. Mais lui devait ressentir ce désagréable picotement dans la bas des joues que l'on éprouve à force de gonfler trop de ballons. Je suis chargé de gonfler les ballons à Noël pour les Restos du Coeur, je connais donc bien cette souffrance. Les gens, pas seulement notre groupe, aiment rire du malheur des autres. Je crois pourtant que tout le monde a un jour trop gonflé de ballons dans sa vie. Mais peu importe. »

 

L'écriture est simple tout en ayant une touche un peu surannée (dans les phrases négatives par exemple). Ce côté vieillot dans l'expression s'accorde bien avec la personnalité du narrateur, plutôt vieux jeu lui aussi. Le lecteur est donc plongé dans les pensées d'Alexandre Petit, où se mêlent intelligence, paranoïa aiguë et réflexions diverses et variées sur le monde qui l'entoure.

 

« Je tousse, me dévisage. Les peaux mortes, crottes de nez, toutes ces cellules vivantes qui se détachent et qui tombent... Ces neiges de corps, pellicules, qui vont grossir les moquettes, s'engouffrer dans les lattes de parquets et gonfler les tapis... Combien de corps par jour disparaissent ni vu ni connu dans tous les sacs d'aspirateurs ? »

 

Les théories de ce Monsieur Toutlemonde tendance misanthrope sont souvent radicales, parfois même assez atroces et dérangeantes. Il nous impose son avis tranché sur tout et n'importe quoi, des bébés aux Turcs en passant par le hard-discount et les "punks à chien".

 

« Nous faisons une halte à Franprix, pour acheter des boissons. FraNprix avec un N et pas un M, pourtant avant le p ne faut-il pas toujours un m ? Non, cette nouvelle franchise discount est alignée sur le reste : la pauvreté et la laideur cohabitent et s'entraident.

Je suis persuadé que les magasins Lidl, Ed, Leader Price, etc., font laid exprès. Je veux dire par là qu'ils se complaisent à paraître laids. Ne pourraient-ils trouver de bons graphistes pour les logos, les présentations de produits ? Bien sûr que si, d'ailleurs ce sont les mêmes graphistes qui travaillent pour les autres magasins, mais pour les enseignes discount, on leur demande de faire laid, parce que laid équivaut à pas cher. »

 

« Malheureusement le mal est plus profond, le mal est en nous, l'égoïsme est la règle, l'égoïsme est la nécessité, survivre, posséder, marcher sur la tête de son prochain l'ordre naturel des choses. Il faut être aveugle pour ne pas voir cela. Dieu nous a fait pécheurs pour nous garder en vie. Les gauchistes, à l'époque de Néandertal, n'auraient pas tenu quinze jours. »

 

Sa logorrhée est tantôt agaçante tantôt comique, du fait de certaines digressions farfelues, statistiques à l'appui parfois – quand on travaille dans les sondages depuis vingt ans, on ne se refait pas.

 

« 64% des Français préfèrent leur chien à leurs enfants. »

 

« Statistiquement nous avons 7,3 fois plus de chances de refaire un chemin familier que d'en prendre un nouveau. Telles sont les traces que l'on laisse au sol, les coulées d'eau passant et repassant au même endroit. »

 

La relation qu'entretient Alexandre avec son institutrice de mère est aussi questionnée à plusieurs reprises. Est-elle la seule responsable de ce qu'il vit comme l'échec de son existence ? Le caractère introspectif du roman ainsi que le personnage banal qui bascule font parfois penser à Meursault dans L'étranger, bien que ce texte soit loin d'avoir la même force que celui de Camus.

 

« Ma mère est une femme lugubre et elle a fait de moi un garçon lugubre. En même temps qu'elle regarde un chien elle imagine sa mort. Je serais presque à croire que tout meurt autour d'elle, que par ses yeux la vie s'en va. Qu'elle irradie du noir et brûle ce qui l'approche. Nous en avons parlé un jour, je me souviens, au cours d'une partie de rami. Je lui ai demandé pourquoi cette pâleur, pourquoi si triste, si sombre (je ne me rappelle plus mes mots) ? Depuis la mort de ton père, elle a dit. Avant cela j'étais gaie. Je n'étais pas morose.

Pourtant je ne me rappelle pas d'elle gaie. Quand mon père était encore de ce monde, est-ce qu'elle connaissait la joie de vivre ? Quand je suis né, qu'il s'est rendu dans le jardin et a planté cet arbre qui grandirait avec moi, a-t-elle souri par la fenêtre ? Était-elle même émue de nous voir l'arroser au printemps ? Je ne pense pas, je ne sais plus. Mais son regard, cet affreux regard qui fait s'éteindre les bougies. Qui anticipe la fin. Elle m'a élevé comme cela, à inventer ma tombe. Ces boîtes de jeu. Ces boîtes de fruits en conserve. Je suis plongé dans un monde qui disparaît, qui s'effondre. Je ne peux rien saisir, la vie me fuit telle une bête sauvage. »

Difficilement étiquetable « thriller » ou « suspense », Un ange noir comprend néanmoins son lot de rebondissements – plus ou moins bien trouvés – qui font peu à peu évoluer le personnage dans sa quête. À force de se faire des films sur la nuit du meurtre et ses probables conséquences, Alexandre Petit est amené à prendre des décisions fortes, qu'il n'aurait jamais prises auparavant. On s'en tiendra là, faute de pouvoir en dire plus sans trop en dévoiler.

 

« Je me suis rendu à la banque, ai retiré l'intégralité de l'argent de mon compte épargne, puis ai vidé mon compte courant. Ensuite j'ai découpé ma carte bleue avec les ciseaux de mon couteau suisse et l'ai jetée à la poubelle. Après avoir noté quelques numéros, j'ai piétiné mon téléphone portable et éparpillé les restes. Voilà comment la traque a vraiment commencé. Je ne savais pas où j'allais, je ne savais pas quoi faire, mais j'y allais, avec la certitude d'un somnambule. »

Au fil des pages, François Beaune propose d'excellentes trouvailles comme des passages franchement rébarbatifs, si bien que le lecteur ne sait jamais trop sur quel pied danser. Après le dénouement, il ressort de la lecture un sentiment mitigé : j'ai plus aimé certaines parties (une phrase par-ci, un paragraphe par-là) que le tout. À défaut d'être véritablement emballant, Un ange noir a le mérite d'être original et intéressant, dans le fond comme dans la forme. C'est déjà pas mal !

 


 

Un ange noir, de François Beaune, Verticales (2011), 280 pages.

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Pierre FAVEROLLE 06/01/2012 21:38

Bonne année Hannibal. On m'en avais dit du bien, du très bien même si bien qu'il est dans ma liste d'achat. Ton article ne me l'a pas fait enlever de la liste mais a attisé ma curiosité. Encore
bonne année et continue comme ça.

La petite souris 06/01/2012 15:47

Et ben mon cochon !!! Tu en a bien mis à profit tes vacances gustatives, et à te lire tu m'as mis méchamment l'eau à la bouche! n'habitant pas très loin de l'Espagne je me tâte maintenant d'aller y
refaire le plein de bonnes victuailles ! En attendant je te souhaite une bonne digestion et une fin du monde en apothéose !!! ^^ PS: la liposuccion est moins dangereuse que l'implant mammaire!
Amitiés

Hannibal 06/01/2012 16:48



L'implant Mamère c'est quand on se rajoute une moustache, c'est bien ça ?
Ok, je note. Qui veut me liposucer ?



gridou 06/01/2012 09:27

bel article ! Mais je passe mon tour...

Hannibal 06/01/2012 16:46



Merci. Oui, c'est sur que c'est pas le bouquin du siècle à lire absolument et il est un peu spécial.