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Hannibal le lecteur

L’heure trouble / Johan Theorin

13 Septembre 2009 , Rédigé par Hannibal Publié dans #Polar scandinave

L'heure trouble est le premier roman du jeune écrivain suédois Johan Theorin.
Il fait partie de la sélection estivale du Prix SNCF du polar.


Résumé

Septembre 1972, Öland, île du sud de la Suède, sur la Baltique. Il prend au petit Jens, cinq ans, une subite envie de promenade alors qu’approche l’heure trouble et qu’un épais brouillard s’installe. Les habitants de l’île ont beau y mettre tout leur cœur, les recherches ne donneront rien : Jens demeure introuvable.
Vingt ans plus tard, Julia, devenue alcoolique et dépressive, ne s’est toujours pas remise de la disparition de son fils. Et voilà qu’on adresse à Gerlof – le grand-père de Jens – une sandale, qui semble en tous points identique à celle que portait l’enfant à l’époque. Qui a envoyé cette chaussure, et pourquoi ? Jens serait-il toujours en vie ? C’est ce que vont essayer de comprendre Julia et son père.


Mon avis


« Gerlof détourna les yeux vers le soleil couchant, de l’autre côté de la fenêtre. Il aurait préféré être tout petit et écouter les histoires horribles que l’on raconte à l’heure trouble du crépuscule, plutôt qu’être vieux et devoir les raconter lui-même. »

Ce que l’on retient tout d’abord de ce roman c’est son ambiance. Cette petite île, avec son village de pêcheurs, très touristique l’été, puis fantôme, dès qu’arrive l’hiver. Le froid, le brouillard sur la lande, et cette fameuse heure trouble, pendant laquelle on joue à se faire peur avec les histoires que racontent les anciens au coin du feu.
Celle que nous raconte Johan Theorin n’a rien à leur envier. Premier roman, et déjà une construction habilement travaillée avec alternance des personnages et changements d’époques à la clé. Le suspense est maintenu tout au long de cette intrigue efficace où histoires présentes et passées devront tôt ou tard se croiser, comme il est de rigueur.

« Oui, ça vaut mieux que boire du vin en prenant des cachets devant la télé à Göteborg, pensa Julia. Pendant une seconde, le poids de toutes ces années perdues lui oppressa la poitrine – ces années où le deuil de son fils disparu avait compté beaucoup plus que les souvenirs lumineux qui auraient pu la consoler : un gouffre noir de chagrin où elle s’était abîmée, ce qui la dispensait de prendre sa vie en main.
Mais à présent, elle connaissait la paix. Un peu de paix
. »

Pas de super-héros ici. Avec Julia, Gerlof et les autres, l’auteur nous brosse le portrait de gens simples, qui souffrent dignement et se serrent les coudes face à l’adversité en espérant des jours meilleurs. Difficile alors de ne pas s'attacher à eux et de ne pas leur souhaiter de s'en sortir.
Le ton un peu lourd de ce roman est égayé par quelques touches d'humour et quelques piques comme savent si bien le faire les auteurs nordiques.

« Autrefois, il y avait un petit auvent en bois pour s’asseoir à l’abri s’il pleuvait, en attendant de rentrer chez soi ou qu’un bus arrive – mais on l’avait bien entendu enlevé. On se dépêchait de supprimer tout ce qui était pratique et gratuit. »

Passé trouble, personnages tourmentés, lente progression de l’enquête, rigueurs de l’hiver : Theorin a su accommoder à sa sauce les ingrédients classiques du polar nordique et nous proposer une intrigue de qualité que ne renieraient certainement pas les Indridason et autres Mankell. Après L’heure trouble, les Suédois attendent déjà Johan Theorin au tournant, et ils ne sont pas les seuls.



L’heure trouble (Skumtimmen, 2007) de Johan Theorin, Albin Michel (2009). Traduit du suédois par Rémi Cassaigne (425 pages).

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Mic 16/04/2010 19:02


Bonjour hannibal,

C'est la première fois que je lis un "auteur du froid", j'avais quelques appréhensions, je l'avoue! "L'heure trouble" est un vrai bon roman populaire, accessible à tous et c'est son grand mérite.
Un récit très réaliste, des personnages que l'auteur présente avec des failles, une atmosphère mélancolique font de ce livre une bonne surprise. Amitiés, MIC.


Hannibal 19/04/2010 17:59



Si ça t'as plu, tu peux poursuivre avec L'écho des morts du même auteur (voir ma chronique) où l'on retrouve le vieux Gerlof.


Je te conseille sinon l'Islandais Indridason, un de mes auteurs préférés. On retrouve dans ses romans cette "atmosphère mélancolique", une superbe écriture ainsi que le personnage du commissaire
Erlendur, excellent s'il en est...


Amitiés,


Hannibal



chris89 26/09/2009 10:42


Un roman nordique bien tentant ! Ces régions ont un climat propice au bon polar !


Hannibal 26/09/2009 17:53


Je ne sais pas si le climat est une explication mais en tout cas, pas de doute, il y a du bon polar dans ces contrées.


bene 18/09/2009 18:55

J'ai adoré cette lecture. C'est un très grand livre. J'espère que son prochain roman aura le même aplomb!!

Hannibal 21/09/2009 21:59


Content de savoir que tu as apprécié L'heure trouble. J'espère également que le prochain Theorin sera du même niveau (voire meilleur !).


Pierre FAVEROLLE 16/09/2009 21:05

Heureux que tu aies le même avis que moi. J'ai eu beaucoup de plaisir à le lire, celui-là

Hannibal 21/09/2009 21:57


Tant mieux, Pierre, et j'en suis ravi. Ce n'est pourtant pas l'avis de tout le monde.
Certains trouvent que L'heure trouble est trop lent, trop pauvre en rebondissements, et lui repprochent des personnages "plats".
Certes l'intrigue n'est pas des plus débridées, mais les intrigues lentes ne me dérangent pas, du moment qu'elles sont bonnes (cf Indridason). C'est vrai que les personnages ne sont pas
extraordinaires (tous les auteurs suédois n'ont pas leur Lisbeth !). Ils sont au contraire très ordinaires mais c'est ça qui fait leur force et je ne pense pas qu'on puisse dire qu'ils sont
"plats".


alain 15/09/2009 14:07

Je note. J'adore les nordiques.

Hannibal 21/09/2009 21:51


J'espère que ça va te plaire.