Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
Hannibal le lecteur

Le dernier lapon / Olivier Truc

31 Décembre 2012 , Rédigé par Hannibal Publié dans #Polar français

Un peu moins de temps ces jours-ci fêtes obligent mais voici une dernière chronique pour la route pour 2012.
Par ailleurs, sachez que plusieurs livres lus cette année, et non des moindres (Tijuana Straits de Kem Nunn, Luz de Marin Ledun), restent non-chroniqués à ce jour. J'essaierai de le faire l'année prochaine, ça sera une de mes résolutions du nouvel an.

Je vais aussi tâcher de vous préparer le traditionnel best-of annuel.

Voici donc pour la dernière chronique, bien d'actualité en cette période hivernale.

 

 

Le dernier lapon, paru en septembre dernier chez Métailié, est le premier roman d'Olivier Truc.

 

 

http://polars.pourpres.net/img/?http://ecx.images-amazon.com/images/I/414F5Cgm91L.jpgRésumé

 

Kautokeino, Laponie centrale.
Le centre culturel lapon devait dévoiler au public un précieux tambour sami, légué par un vieil explorateur. Seulement, le bâtiment est cambriolé en pleine nuit la veille de sa divulgation et la pièce en question est la seule à avoir disparu. A qui peut bien profiter le vol de cette objet d'art traditionnel ? S'agit-il d'un acte politique ?
Peu après, les choses se compliquent sérieusement pour la police locale lorsqu'un éleveur de rennes est retrouvé assassiné avec les oreilles en moins, tranchées d'une étrange manière.
Dans cette paisible ville du grand nord, deux évènements de ce type en si peu de temps questionnent. Se pourrait-il qu'il ne s'agisse pas d'une coïncidence ?

 

Mon avis

 

« Aslak avait appris à aimer ces montagnes ce jour-là quand son grand-père lui avait dit : « Tu vois Aslak, ces montagnes, elles se respectent les unes les autres. Aucune n'essaye de monter plus haut que l'autre pour lui faire de l'ombre ou pour la cacher ou pour lui dire qu'elle est la plus belle. On peut toutes les voir d'ici. Si tu vas sur la montagne là-bas, ce sera pareil, tu verras toutes les autres montagnes autour. » Jamais son grand-père n'avait autant parlé. Sa voix était calme, comme toujours. Un peu triste peut-être. « Les hommes devraient faire comme les montagnes », avait dit le vieil homme. » Aslak ne disait rien. Il regardait son grand-père, et il regarda le paysage qui s'étendait autour de lui. Jamais les montagnes alanguies de Laponie n'avaient été aussi belles. Les vagues infinies de bruyère avec leurs tons de feu, de sang et de terre, étincelaient et crépitaient de vie sous les rayons du soleil. Son grand-père prit un bois de renne qu'il avait ramassé en chemin. Il sortit son couteau et commença à tailler le bois. Ils étaient restés silencieux pendant des heures au sommet de cette montagne. À la fin, le grand-père avait montré le bois à Aslak. Il avait gravé leurs initiales, et la date du jour. Puis il avait calé le bois de renne entre deux grosses pierres. Il était fatigué. Avant de redescendre vers le campement, il avait pris la main d'Aslak et lui avait dit : « Ainsi, quand je serai mort, les hommes pourront dire que je suis passé par ici ce jour avec mon petit-fils. »


Le point fort de ce roman est sans aucun doute le dépaysement qu'il nous procure. Bien qu'il soit français, Olivier Truc vit en Suède depuis près de vingt ans et nul doute qu'il connait bien les contrées qu'il nous décrit avec talent. Sa plume alerte rend parfaitement les merveilleux paysages du grand nord. La neige, les fjords, les longues périodes sans soleil, etc. : on s'y croirait. On découvre aussi avec plaisir et intérêt les particularités du peuple sami, son histoire, ses traditions, le monde de l'élevage, les malheurs qu'il a rencontrés...

 

« Klemet conduisait rapidement. Il dépassa le commissariat, continua jusqu'à la sortie de Kautokeino et emprunta un sentier qui serpentait sur le haut de la colline qui dominait le village. Il s'arrêta enfin. Des voitures et des motoneiges étaient déjà garées là. Certains habitants du village avaient déployé des peaux de rennes et s'étaient installés avec des thermos et des sandwichs. Des enfants couraient en criant, leur mère leur dit de se taire. Les gens étaient couverts de parkas, de couvertures, de chapkas. Certains sautaient sur place. Aucun ne détournait le regard de l'horizon. La lueur magnifique se reflétait de plus en plus ardemment sur quelques rares nuages qui reposaient mollement au loin. Nina était saisie. Elle regarda sa montre. 11 h 13. On voyait maintenant nettement un halo vibrionnant troubler le point d'horizon que chacun fixait. […] Les enfants s'étaient tus, le silence était impressionnant, à la hauteur de l'instant. Nina ne connaissait pas ce phénomène dans le sud de la Norvège, mais elle en ressentait pourtant pleinement la puissance charnelle et même spirituelle. »


Le couple d'enquêteurs, assez atypique est rapidement attachant. Ils font partie de la brigade des rennes, une unité transfrontalière chargée de gérer tout ce qui concerne l'élevage des rennes, activité première des Sami, et toutes les affaires qui peuvent en découler (vols, querelles entre éleveurs, arnaques aux assurances...), et ce aussi bien en Norvège qu'en Suède ou en Finlande. Klemet est un vieux de la vieille, qui a bourlingué dans de nombreux commissariats du pays et à qui on ne la fait pas. Il est sami et ne supporte pas certains de ses collègues, ou certains politiciens, qui aiment à chercher des poux à son peuple, depuis trop longtemps stigmatisé. Nina est un peu son contraire. Elle est toute jeune, sort à peine de l'école de police et ne connait rien de la région, où elle vient d'être mutée.

 

« À Kautokeino, les gros bras ne couraient pas les rues. Il suffisait de secouer les gens de la bonne façon. Quand il ne s'agissait pas d'histoires de rennes bien sûr, car là, les règles n'étaient plus les mêmes. Kautokeino était relativement épargné par les histoires de drogue. Il y en avait, comme partout ailleurs, mais les trafiquants étaient généralement des routiers de passage. »

 

Le roman a beau être assez long – quelque 450 pages – on ne s'ennuie pas du tout à sa lecture. Les deux enquêtes principales sont intéressantes et plusieurs autres histoires concernant les personnages secondaires sont peu à peu amenées par l'auteur, qui nous plonge dans le passé de la région, lequel cache de nombreux secrets bien sûr. Le suspense est maintenu de bout en bout, avec quelques rebondissement bienvenus à la clef, et la conclusion est à la hauteur (je précise pour qu'il n'y ait pas de mauvaise compréhension que ce qui suit n'est pas ladite conclusion, je ne vais pas non plus vous gâcher la fin du roman, non mais oh !).

 

« - Je l'ai vu dimanche, lâcha enfin Aslak. Dimanche. Il était mal. Mal. Mal tout le temps. Pouvait plus. Il est venu manger ici. On s'était croisés à l'ouest, à trois quarts d'heure d'ici. Je lui ai dit de s'occuper de ses rennes. Il en avait de mon côté. Et du côté de Johan Henrik. Il était dépassé. […] C'est vous qui l'avez tué. C'est vous. Vos règles, vos tracés. On ne peut plus vivre de l'élevage comme avant. »

Olivier Truc nous offre avec Le dernier lapon un premier roman très réussi et particulièrement dépaysant. Une lecture idéale pour l'hiver, à savourer au coin du feu. On en redemande.

 


 

Le dernier Lapon, d'Olivier Truc, Métailié/Noir (2012), 452 pages.

Partager cet article

Repost 0

Commenter cet article

clément 04/01/2013 19:41

j'ai bien accroché aussi, le fait que le Français du livre soit un pervers sexuel était un peu inutile par contre

Hannibal 07/01/2013 17:04



Bonne année !
Au moins on ne peut pas lui reprocher d'en avoir fait un super-héros. :)



BMR & MAM 02/01/2013 20:00

Un demi-coup de coeur : pas pour le côté littéraire (l'écriture est trop standard), pas pour le côté polar (l'enquête n'est qu'un prétexte), mais pour le volet ethno-socio-géo-politique

Hannibal 04/01/2013 18:00



Complètement d'accord avec ça : l'écriture n'est pas extraordinaire et l'intrigue est correcte sans non plus casser des briques. C'est le dépaysement (Laponie, Samis... qui fait le charme de ce
roman).



gridou 01/01/2013 20:00

Tiens tiens...j'ai vu ce titre récemment dans quelques bilans annuels...Ce qui confirme ton avis.
J'en profite pour te souhaiter tous mes voeux pour cette nouvelle année!

Hannibal 04/01/2013 17:59



C'est pas non plus un chef d'oeuvre mais il a beaucoup de qualités, surtout lorsque l'on sait qu'il s'agit d'un premier roman.
Merci, bloavezh mat aussi, je te souhaite que de bonnes choses pour 2013.