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Hannibal le lecteur

Hiver / Mons Kallentoft

26 Mai 2010 , Rédigé par Hannibal Publié dans #Polar scandinave

Hiver est un roman policier du Suédois Mons Kallentoft paru aux éditions du Rocher.
Il fait partie de la sélection printanière du Prix SNCF du polar.


hiverRésumé


L'hiver est rude et une tempête de neige fait rage en ce mois de janvier, quand un automobiliste s'arrête, croyant avoir vu quelque chose d'anormal dans un arbre. Malheureusement, il n'a pas rêvé. A un chêne, pendu à une grosse branche, se trouve le corps d'un homme corpulent, nu et lacéré par endroits.
L'enquête va rapidement être confiée à Malin Fors, commissaire de police judiciaire à Linköping, septième ville suédoise, au sud du pays. Comment cet homme s'est retrouvé dans cette situation ? S'agit-il d'un suicide ou d'un meurtre ? Que signifient ces blessures sur le corps de la victime ? C'est ce que va devoir déterminer rapidement la policière, peu aidée par les différents protagonistes de cette enquête, guère enclins à délivrer les bonnes informations...

 


Mon avis

Si vous cherchez un polar fort original à tous les niveaux, il y a des risques qu'Hiver ne réponde pas à ces attentes. Ceci étant dit, un roman policier peut être tout à fait classique et néanmoins fort agréable.

 

«Dans notre société, il y a plus de marginaux que l'on croit. Ce n'est pas si inhabituel. Rappelle-toi le groupe à Börlange, la secte Knutby, les adeptes de Sheike, la putain de moitié nord de ce pays. Bien sûr qu'il y en a aussi chez nous, et tant qu'ils ne troublent pas l'ordre public, personne ne s'y intéresse. Laisse-les vivre leur vie misérable en paix, les gens normaux aussi ne s'occupent que de leurs propres soucis. Les pauvres, les fous, les immigrés, les handicapés. Tout le monde se fiche d'eux. Sauf quand il s'agit de prouver à quel point sa propre vie est normale. Et qui sommes-nous pour juger la vie des autres ? Peut-être sont-ils même plus heureux que nous.»

 

Mons Kallentoft, journaliste de profession – tout comme Wahlöö, Indridason, Nesbø ou autres Davidsen... – s'inscrit dans la droite lignée de ses illustres prédécesseurs, tauliers du polar scandinave. Comme eux, le Suédois ne craint pas les descriptions, ce qui confère à son roman une puissance d'évocation certaine. Rudesse du climat, décadence de la jeunesse, problèmes d'immigration ... : certains lecteurs pourront reprocher à l'auteur d'accumuler les poncifs, mais comment lui en vouloir quand l'essence même du roman noir est de nous donner à voir une vision de la réalité.


Il en va de même pour l'intrigue, qui progresse sans heurts sur près de 500 pages, suivant efficacement son petit bonhomme de chemin, mais sans briller non plus par son originalité ou son rythme effréné.


Ce qui surprend davantage, c'est le personnage de Malin Fors. Assez rares sont en effet les auteurs « homme » à faire d'une femme leur personnage principal, et récurrent qui plus est, ce roman étant le premier d'une série mettant en scène la sympathique commissaire. Brillante enquêtrice, on prend aussi plaisir à suivre Malin dans sa vie personnelle, notamment dans ses rapports avec sa fille, une adolescente de quatorze ans.
L'auteur prend la liberté de faire parler le mort. Ces courts passages venus de l'au-delà sont une belle trouvaille et amènent un éclairage différent sur l'enquête. On croise enfin dans ce roman une multitude de personnages secondaires, qui jouent leur petit rôle et puis s'en vont, comme autant de facettes de la société suédoise.


« Il sait que le propriétaire du pressing est irakien. Il s'est enfui avec toute sa famille quand Saddam Hussein était encore au pouvoir. Qui sait tout ce qu'il a traversé ? Une fois, quand Karim avait déposé quelques costumes, l'homme avait voulu lui parler de lui, de sa formation d'ingénieur et de ce qu'il aurait pu devenir, mais Karim avait fait mine d'être pressé. Certes, il apprécie cet homme qui se bat pour sa famille – mais lui et tous les autres dans son cas resteront quand même pour toujours des citoyens de seconde zone. Ceux qui doivent faire ce qu'aucun Suédois n'a envie de faire. On devrait interdire aux immigrés d'ouvrir des pizzerias et des pressings, pense Karim. Pour qu'on se défasse de cette image. Mais les politiquement corrects protesteraient car c'est la réalité. Et ça serait évidemment une absurdité. Et moi ? Je ne vaux pas mieux que lui, même si beaucoup le croient.
Le fait d'être étranger enraîne l'exclusion. L'exclusion entraîne la violence. La violence entraîne... oui, quoi ?  »

 

Mons Kallentoft nous propose avec Hiver un polar suédois plutôt classique mais qui n'en demeure pas moins un agréable moment de lecture. Les lecteurs francophones convaincus par le personnage de Malin Fors peuvent d'ores et déjà la retrouver dans Été, sa seconde enquête, fraîchement parue en France, toujours aux Éditions du Rocher.

 


 

Hiver (Midvinterblod, 2007) de Mons Kallentoft, Éditions du Rocher (2009). Traduit du suédois par Max Stadler et Lucile Clauss, 483 pages.

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Morrison 31/05/2010 14:25


Voilà un roman qui me fait sérieusement de l'oeil en librairie (faut dire que sa couverture est... explicite!) et face à votre avis enthousiaste, je pense pouvoir le noter dans mes prochains achats
sans crainte.

Bien amicalement,

Morrison.


Hannibal 02/06/2010 23:34



Si vous ne craignez pas les polars assez lents, allez-y !


Hiver plaira moins aux amateurs de thrillers effrénés, mais il en faut pour tous les goûts...



nina 28/05/2010 14:01


A lire si on n'a rien d'autre sous la main.Je n'ai pas cherché à aller plus loin que la page 30.


Hannibal 29/05/2010 16:53



C'est peut-être un peu radical mais ça a au moins le mérite de la franchise. Le roman est lent, comme souvent les polars nordiques, mais moi ça me va.


En attendant, voilà Hiver sélectionné pour la finale du Prix SNCF du Polar 2010.