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Hannibal le lecteur

Le signal / Ron Carlson

5 Janvier 2011 , Rédigé par Hannibal Publié dans #Polar américain

Le signal est le dernier roman de Ron Carlson paru aux États-Unis mais aussi le premier à être traduit en français.

 

 

SignalRésumé

 

Lorsqu'elle était encore une jeune fille, Vonnie passait ses étés au ranch tenu par le père de Mack. Sa famille, aisée et citadine, y venait pour décompresser et profiter du grand air. Mack lui a appris à découvrir la beauté du Wyoming. Peu à peu, une complicité est née, puis l'amour, concrétisé par le mariage. Tous les ans en septembre, ils randonnaient quelques jours, entre montagnes, lacs et forêts. Mack a ensuite connu des problèmes d'argent et d'alcool, et leur amour s'est abîmé. A force d'accepter des jobs douteux, il a fini par aller en prison et Vonnie a demandé le divorce avant de refaire sa vie. Fidèles à leur promesse de jeunesse, ils décident de se retrouver, une dernière fois, le temps de leur randonnée annuelle.
Pour ne pas avoir à vendre le ranch, Mack accepte une mission quelque peu suspecte. Armé d'un récepteur de signal GPS, il doit retrouver une mystérieuse balise, perdue de vue après un survol, dans l'immensité de la région. Il est alors loin de se douter que ses ennuis – et ceux de Vonnie, à qui il a caché la chose – ne font que commencer.

 

Mon avis


La quatrième de couverture prévient le lecteur qu'il sera mené « au paroxysme de l'angoisse » et promet, bandeau à l'appui, « un suspense à couper le souffle ». Disons-le clairement, de suspense, il n'y en a pas (ou très peu) pendant une bonne moitié du roman. Ensuite, il est vrai, les évènements s'accélèrent, l'action est beaucoup plus présente et le lecteur se prend à tourner les pages plus rapidement, pressé de savoir ce qu'il va advenir des personnages et avide de connaître le fin mot de l'histoire.

 

« Il était aussi loin des routes qu'on pouvait l'être dans ce pays, et il avait la sensation primitive et rare d'être la première personne à marcher ici, et quelques minutes plus tard, à marcher ailleurs. Depuis le début du temps. Ce plateau rocheux incliné était nu et indifférent ; parfois, certains endroits révélaient leur indifférence. Ils étaient là depuis une éternité et y resteraient. Les rochers se fichaient de ce qui arrivait à l'homme, ils s'en fichaient il y a mille ans et ils s'en ficheraient dans mille milliers d'années. Partout autour de lui, il voyait des rochers qui s'en fichaient et s'en ficheraient toujours. C'était exaltant, Mack savait qu'il était en plein mélodrame. Le soleil ici n'avait pas d'âge et il était lui aussi indifférent. Mack sourit. »


Si le suspense tant annoncé met du temps à se faire jour, le roman n'en est pas moins intéressant auparavant. Ron Carlson prend le temps d'installer ses personnages et campe le décor dans lequel ceux-ci vont eux-mêmes camper. Paru dans la collection « Nature Writing » de Gallmeister au même titre que Sukkwan Island de David Vann, Le signal est avant tout un superbe roman sur la nature. Les descriptions des grands espaces du Wyoming sont magnifiques et invitent au voyage. La plume de l'auteur fait mouche et lorsque Mack et Vonnie se posent sur le bord d'un lac de montagne pour taquiner la truite, difficile pour le lecteur de ne pas ressentir une soudaine envie de pêcher, quand bien même il n'aurait jamais touché une canne à pêche de sa vie.

 

« Ils avaient campé à Jackpine, entre les lacs, et le jour suivant, ils avaient contourné Larger Jackpine et son père avait dit :

– Et là, pas de tente, pas de casseroles, pas de fourneau.

– Des sacs et du matériel de pêche, avait ajouté Mack.

De l'autre côté, il y avait des éboulis, qu'ils avaient franchis. D'abord, ils avaient dissimulé leurs sacs puis s'étaient avancés avec précaution jusqu'au bord pour pêcher.

Mack connaissait déjà les réponses.

– Nos cannes et du matériel.

– C'est à peu près ça. Tu as ton couteau, Mack.

– Mon couteau et des allumettes. Et quatre mouches.

– Bon, c'est parfait, avait dit son père. Maintenant, nous sommes à peu près nous-mêmes. Tout s'organise très bien. Trois lacs, et trois jours. Nous arrivons à une très jolie arithmétique. (Il sortit un peu de ligne puis la ramena en arrière, prêt à lancer.) Pêchons.

Mack avait regardé son père, les manches roulées, caresser de sa mouche la surface mystérieuse des eaux bleu-marron, et cette ligne délimitait le monde connu de l'inconnu. Mack se demanda comment il saisissait la profondeur de cette petite anse, comment il savait où les poissons se trouvaient, comment il savait ce qu'il savait. Ces questions semblaient toucher Mack en plein cœur, ce qu'il ressentit comme simplement de l'amour, l'ardent désir d'être à la hauteur, de maîtriser l'arithmétique. »


Le signal est aussi un très beau roman d'amour. Celui d'un amour un jour brûlant dont il ne reste plus aujourd'hui que des braises, quelque peu ravivées par le vent de septembre. Au cours de cette dernière randonnée, Mack et Vonnie vont se retrouver mais aussi se détester. Leur relation demeure en tout cas très sincère et touche le lecteur. De ce fait peut-être, il se dégage de ce roman une grande douceur alors même que les protagonistes – et donc le lecteur – sont parfois confrontés à une violence certaine.

On regrettera au final la mise en avant excessive d'un suspense somme toute assez relatif, qui ne peut que desservir le livre et décevoir le lecteur. Pour autant, Le signal est un très beau roman mariant la pureté des sentiments à la majesté de la nature. En ce sens, l'écriture de Ron Carlson n'est pas sans rappeler celle de Gerard Donovan dans Julius Winsome (voir par ailleurs).

 


 

Le signal (The Signal, 2009) de Ron Carlson, Gallmeister (2011). Traduit de l'américain par Sophie Aslanides, 222 pages.

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cynic63 28/01/2011 09:30


Ah, je ne dirai pas de mal de Sukkwan Island à nouveau...Concernant "Le signal", c'est pas mal mais je ne trouve pas ça transcendant. Il me reste encore 30 pages que je vais tomber ce matin mais
c'est un peu maladroit parfois (pas toujours, je vais être magnanime) dans l'écriture...Mais alors le suspense haletant, tu as raison, il est où? Par contre,encore d'accord sur l'aspect roman d'un
amour qui se termine. Ca, c'est plutôt bien vu


Hannibal 01/02/2011 00:01



J'ai lu ta chronique à l'instant. D'accord en grande partie même si j'ai globalement davantage aimé.



Dodger 06/01/2011 10:49


Cher Hannibal, voici une chronique à laquelle je souscris de A à Z ! Notamment en ce qui concerne la mise en avant abusive du suspense... Il y avait sûrement plus de tension dans l'ensemble de
Sukkwan Island que dans ce roman, dont les qualités sont vraiment ailleurs.
Une belle lecture en tout cas.


Hannibal 06/01/2011 22:57



Je suis ravi que ma chronique te plaise. Une belle lecture effectivement.


Toujours pas lu Sukkwan Island d'ailleurs. Je compte le faire un de ces quatre...