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Hannibal le lecteur

Les cicatrices / Jac Barron

10 Janvier 2011 , Rédigé par Hannibal Publié dans #Polar français

Les cicatrices, publié par l'éditeur québécois Transit, est le premier roman de Jac Barron, jeune auteur français.

Finaliste du Prix Polars Pourpres 2010 dans la catégorie « Découverte », ce thriller est le premier tome de la « Trilogie des Pulsions ».

 

 

CicatricesRésumé


À Paris, un jeune homme de dix-neuf ans est retrouvé dans un sale état, presque mort. Torturé de manière atroce, il lui manque ses dix doigts, amputés, ainsi que sa langue, sectionnée. Mais le pire, c'est que celui qu'on ne peut donc même pas appeler un tueur a décidé de lui laisser la vie « sauve ». Les disparitions de jeunes hommes se suivent, et lorsqu'on en trouve un second dans un état critique, la police comprend qu'elle a affaire à un « mutilateur en série ». Serge Miller, le policier chargé de l'enquête, fait bientôt appel à Franck Marshall, un spécialiste des <i>serial killers</i>, lui-même rapidement assisté par Marc Dru, un psychologue.

 

 

Mon avis

« Les gens normaux ont besoin de se sentir « appartenir ». Ils ont besoin de se consoler chez un autre, dans leurs fuites. L'homme normal est une proie des plus banales. La proie des médias, de la morale, des religions, des politiques, des sociétés consommatrices... la société formate ses prédateurs et ses proies depuis des lustres. Quand la société ne contrôle plus ni l'un ni l'autre, alors il y a danger. Anarchie.

Je suis anarchie pure et simple. Je suis le danger. Un chaos isolé. Mais je le maîtrise depuis l'âge de mes huit ans. Et je peux dire que j'ai de l'avance sur le monde, une avance terriblement précieuse.

Les gens normaux ont besoin de croire en des maîtres pour justifier leur incapacité à vivre par eux-mêmes. Une vie d'esclave, une vie transformée en chair à canon. Le prédateur utilise sa lucidité, précisément là où une proie la dédaigne. La lâcheté n'est rien d'autre que le fait de refuser sa propre intelligence.

Alors, la victime se laisser cerner par les prédateurs. Parfois elle y trouve même un intérêt, une jouissance. Ce qui, bien entendu, fait que le prédateur épuise toute sa perspicacité à utiliser sa proie au maximum. Jusqu'au moment où elle ne devient plus utile. La proie est alors éliminée.

La proie a une limite. Le prédateur n'en a pas. Même mort. »


Comme dans de nombreux thrillers actuels, les chapitres alternent ici rapidement. Alors que les auteurs utilisent généralement différents types d'énonciations (jouant souvent avec la première et la troisième personne), Jac Barron fait le pari de l'emploi systématique de la première personne. De manière générale, le lecteur s'identifie surtout au personnage principal, qui nous est souvent donné à observer de l'intérieur. Ici, le choix énonciatif associé au nombre élevé de personnages suivis pourrait fort bien produire sur le lecteur l'effet inverse à celui escompté. Plutôt que de s'attacher aux divers protagonistes, celui-ci aura peut-être du mal à s'attacher à un seul d'entre eux (ça a été mon cas). Difficile alors de s'émouvoir de ce qui leur arrive et de vibrer à leurs côtés. Pourtant, malgré ce point faible qui aurait pu être rédhibitoire, Les cicatrices est un thriller qui ne manque pas de qualités.

 

« Mon regard se pose sur ces vies éclatées par la pluie. Elles m'offrent une vision grotesque de la ville, comme un énorme bébé qui s'éveille, les yeux bouffis, humides, au ralenti. L'ombre est toujours dans l'homme.

Soudain, j'ai un mal fou à respirer. Tout va très vite. Les virages, les crachats oranges des réverbères, la pluie, les ombres des noctambules en phase terminale, courbés, téléguidés jusqu'à leur lit où les attend leur solitude crasse. Ils croisent des silhouettes éveillées, fraîchement parfumées, qui foncent vers les rendez-vous puants des familles heureuses au bonheur relatif. Les affiches de théâtre tournent dans leurs colonnes Morris. Des putes trop maquillées aux décolletés aguicheurs sur leurs faux poumons racolent en silence... »


Alors qu'on connaissait le thriller psychologique, la couverture met en avant le terme de « thriller psychique ». Peu importe l'épithète choisie, cet aspect du roman est fort réussi, l'auteur ne se contentant pas de décrire un simple profil psychologique pour chaque personnage. Il va plus loin, sondant leur âme en profondeur. Le « prédateur », initié à la torture dès l'enfance par son propre père est fort intéressant, tout comme la « proie », l'une des victimes dont on suit de près le calvaire. À ce propos, il convient de signaler que Jac Barron n'est pas un tendre avec ses personnages et que certaines scènes difficiles – tortures diverses et variées, fort détaillées, voire trop – pourraient bien ne pas convenir à tout le monde.


L'intrigue est particulièrement soignée et les pièces du puzzle s'emboîtent petit à petit, jusqu'à un final inattendu, qui laissera plus d'un lecteur coi. Bien sûr, l'auteur aura auparavant pris le soin de nous mener par le bout du nez, en enchaînant les rebondissements et les fausses pistes.
Enfin, et ce n'est pas la moindre des qualités de ce texte, Jac Barron propose d'intéressantes réflexions sur la société, notamment sur la norme ou l'identité, n'hésitant pas à parler de sujets assez peu abordés dans le polar, comme l'homosexualité.

 

« Qu'au bout de vingt-cinq ans, on ne sait toujours pas grand-chose et qu'on reste dans l'urgence la plus totale. Les trithérapies ne guérissent pas, très loin de là ! Elles alimentent la discorde et rendent le monde homophobe. Le monde est en pleine ségrégation sexuelle, raciale... à cause du sida et du besoin primal de l'homme de trouver un coupable. La chasse aux sorcières a désormais commencé et, à la place des dieux, les populations ont mis leur foi dans les labos car elles sont aveuglées par la terreur. Comme au Moyen Âge, les labos profitent de la place, mais ils devront payer un jour et alors, ils ne sauront pas comment faire. Ils auront intérêt à trouver de bons scénaristes. Car le sida est « devenu » une guerre. »

Si certains lecteurs pourront avoir des difficultés à s'identifier aux divers personnages, Les cicatrices n'en demeure pas moins un premier roman réussi. Profondément noir, dérangeant, critique, ce thriller de Jac Barron est le premier tome d'une trilogie, celle « des Pulsions », qui sera complétée par Plasma (déjà publié) et Impulsions (à paraître en mars prochain).

 


 

Les cicatrices de Jac Barron, Transit (2010), 430 pages.

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nina 03/03/2011 15:37


Je crois que j'aurai besoin de le relire plus tard.Ce n'est pas un roman"qui se dévore",comme certains.Il faut prendre son temps,pour assimiler cette claque,reflehir,etc..


Hannibal 04/03/2011 11:46



C'est vrai que contrairement à certains thrillers, il y a là de vraies réflexions sur la société qui suscitent des questionnements. Et c'est tant mieux...



holden 18/01/2011 16:24


coin coin itou


holden 14/01/2011 14:06


cool
belle chronique mon canard


Hannibal 18/01/2011 16:12



Coin coin (merci en canard)



Erato 11/01/2011 09:18


Ca a l'air pas mal, je vais le noter !
La couverture me fait bien peur quand même ... ^^'


Hannibal 18/01/2011 16:09



Faut aimer le thriller et avoir le coeur bien accroché mais ça peut être une bonne découverte...


Personnellement je ne suis pas fan et je ne sais même pas si je lirai la suite...