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Lundi 9 novembre 2009
Poisson-Lune est un roman d’Alex Cousseau paru dans la collection doAdo des éditions du Rouergue en 2004.


Résumé


On le surnomme Mirô, comme le peintre. Mais lui, les couleurs et les formes, il peut juste les sentir, les toucher, les imaginer : il est aveugle. Depuis toujours. Ça ne l'empêche pas de voir la vie du bon côté, entouré de Paluche, Luca et Nino, ses amis de toujours, et de son chien Bolo. Et puis surtout, il y a Luce, la nouvelle voisine. Lui l'appelle Lune. Mais à quoi ressemble-t-elle ? Est-elle jolie ou moche ? Et lui, a-t-il vraiment une tête d'ange, comme dit Nino avec un brin d'ironie ? Le plus important n'est peut-être pas ce que l'on voit...


Mon avis

Deuxième roman que je lis d’Alex Cousseau, après Le cri du phasme, qui ne m’avait pas franchement convaincu. Disons-le tout de suite, celui-ci m’a plu bien davantage.

-    « Tu lis des livres qui ne sont pas de ton âge, je fais gentiment remarquer.
-    Les livres ne sont pas écrits pour être lus à un certain âge. Il sont écrits. Et si tu veux les lire, tu les lis. »


Tout d’abord, Miro, le personnage principal est assez attachant, et son histoire sans être complètement extraordinaire sort assez de l’ordinaire pour qu’on s’y intéresse sans peine.
Du fait de sa cécité, l’auteur nous fait part des perceptions de son personnage, et c’est parfois très bien fait.
L’humour est un peu présent, le personnage principal n’hésitant pas à pratiquer l’autodérision, au sujet de son handicap notamment, ce qui nous offre parfois de belles phrases.

« On dit que l’amour rend aveugle, l’étant déjà quel risque pourrais-je encourir ? »
« Mes yeux m’ont alors servi à quelque chose, j’ai pleuré. »


Alex Cousseau
manie bien la langue, en écrivant simple, avec des mots d’ados, sans délaisser pour autant la richesse des mots, avec des phrases imagées, voire parfois poétiques.
Ce court texte d’Alex Cousseau s’intéresse beaucoup aux relations, aux sentiments qu’entretiennent ses personnages les uns avec les autres. Cela nous offre pas mal d’émotion, sans qu’on ne tombe jamais vraiment dans le pathétique à deux sous.

« Le pire, c’est ce vieillard qui partage la chambre de Paluche : un légume que l’on maintient en vie sans savoir pourquoi.
On ne se permet pas ce genre de choses avec les chiens. Quand un chien est mort vivant, il ne mérite plus de vivre. On le pique, et on soulage ses souffrances. Mais quand un homme est mort vivant, on lui branche des tuyaux partout, et il crève tout doucement, à petit feu, comme un homard qu’on trempe dans l’eau froide avant de faire bouillir tranquillement la marmite. »


Outre l’histoire d’amour entre le jeune aveugle et la belle Lune (c‘est le nom de la jeune fille dont Miro est amoureux), le roman aborde également des sujets plutôt délicats, comme la mort, sans tabous et avec des mots simples.

Ce Poisson-lune est au final un beau roman, qui ne devrait pas laisser indifférent, les adolescents comme les adultes.



Poisson-Lune d’Alex Cousseau, Editions du Rouergue (2004), 123 pages.
Par Hannibal - Publié dans : Littérature jeunesse
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Samedi 7 novembre 2009
Les rois du crime, sous-titré Le grand banditisme français est un documentaire du journaliste Alexandre Bonny sur les grands noms du crime français au XXe siècle.


Mon avis

Une fois n’est pas coutume, je vais parler d’un documentaire, bien qu’il s’y trouve des histoires qui n’auraient rien de déplacées dans un roman noir.

Au long de cet ouvrage réussi, Alexandre Bonny, spécialiste de la criminalité - on lui doit notamment Les tueurs habitent à côté sur les "serial killers" - nous propose de suivre le parcours criminel de quinze truands (ou groupes, puisqu'il s'agit parfois de gangs) ayant marqué l’histoire du grand banditisme français contemporain.
Les rois du crime est très documenté et plutôt bien écrit. Selon ses connaissances sur le sujet, le lecteur apprendra forcément plus ou moins de choses mais qu’importe, cela reste très instructif tout en se lisant agréablement, comme un polar pour ainsi dire.

Si Mesrine a ces dernières années beaucoup fait parler de lui auprès du grand public – à travers les films notamment – ce n’est pas le cas de tous les bandits que l’on croise dans ce livres, professionnels du braquage généralement, et souvent pas mauvais quant il s’agit de s’évader.

Comme je le disais, certains des ces personnages au destin hors du commun pourraient faire l’objet de romans noirs à eux seuls.
C’est le cas de René la Canne, as du déguisement, qui va jusqu’à se faire passer pour un policier pour commettre ses forfaits. Et que dire de son évasion. Emprisonné, il simule un terrible mal de ventre qui lui permet d’être évacué en urgence vers un hôpital. Pendant le trajet il découpe le plancher du fourgon (on se croirait dans un Lucky Luke !) à l’aide d’une mini-scie qu’il sort d’un petit étui à cigares, lui même préalablement dissimulé… dans son anus ! Il n’a plus qu’à attendre un arrêt et à se laisser glisser sous le véhicule : le tour est joué. Il sera par la suite libraire, allant même jusqu’à embaucher des employés en situation de réinsertion, et mourra tranquillement en maison de retraite à 80 ans passés.

Albert Spaggiari quant à lui, réalise un des plus gros braquage de banque français de l’histoire. Son idée, il l’a eue en lisant un polar : Tous à l ‘égout de Robert Pollock ! Il choisit d’après son emplacement et sa proximité avec le réseau des égouts, l’agence de la Société Générale de Nice. Avec quelques complices, ils creusent, et les voilà dans la salle du coffre. Ils y trinquent et en repartent sans être vraiment inquiétés, Spaggiari s’étant même permis le luxe de laisser sur le mur cette inscription, comme un credo : « Sans arme, ni haine, ni violence » (un film récent avec Jean-Paul Rouve dans le rôle de Spaggiari porte d'ailleurs ce titre).
Différente de celle de Réné la Canne, son évasion – défenestration suivie d’une fuite à moto, le tout en quelques secondes – n’est pas mal non plus.

D’autres évasions spectaculaires – comme plus récemment celle d’Antonio Ferrara de la prison de Fresne en hélicoptère – et d’autres destins tragiques – comme Pierrot le Fou, qui finit par se tuer lui-même en voulant ranger son arme – émaillent cet intéressant ouvrage.

Au final, Alexandre Bonny signe un document réussi, qui ne devrait pas déplaire aux amateurs de polars tant les destins de ces truands peuvent être incroyables. Où quand la réalité dépasse parfois la fiction.



Les rois du crime : Le grand banditisme français
d’Alexandre Bonny, First Editions(2009), 336 pages.
Par Hannibal - Publié dans : Documentaire
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Jeudi 29 octobre 2009
Fifty-fifty est le premier roman d’Allan Guthrie, jeune auteur écossais vivant à Edimbourg.


Résumé


Il fait très froid à Edimbourg en cette mi-janvier. Cela n’affecte en rien Pearce, qui court dans toute la ville pour recouvrir des dettes, usant de son physique avec persuasion. Cette force de la nature a bien un tendon d’Achille : il adore sa maman.
Cette dernière est employée dans un bureau de poste. Lors d’un braquage, elle est tuée d’un coup de poignard. Dommage collatéral ou boulette diront les braqueurs. Pour Pearce, c’est un monde qui s’écroule et il n’a plus qu’un mot à l’esprit : vengeance.
Les affreux jojos sont Robin, un musicien schizophrène, sa femme Carol, aussi belle que frigide, et Eddy, peut-être le moins taré des trois, qui aimerait bien ravir Carol à son collègue.
Ils ne le savent pas encore, mais avec ce braquage, leurs emmerdes ne font que commencer…


Mon avis


Lorsqu’il n’écrit pas, Allan Guthrie est aussi un agent littéraire reconnu. On lui doit notamment l’édition de certains romans de Ken Bruen. Et s’il aime à citer en interview Higson et Brookmyre comme modèles, le connaisseur retrouvera aussi l’influence de feu Donald Westlake dans ce roman.

« En Ecosse, l’hiver, il faisait bien trop froid pour se promener torse nu. C’est bien pour cette raison que Pearce portait un T-shirt. »

Comme chez Bruen, pas vraiment d’enquête dans ce roman noir. Plutôt des quêtes. Entre celui qui veut venger sa mère, celui qui cherche l’amour quitte à tromper son ami et ce dernier qui n’est pas dupe et cherche à le lui faire payer, on est plutôt servis. Surtout que les protagonistes de ce roman sont tous plus ou moins névrosés, ce qui nous apporte son lot de violence, de rebondissements, et une tension permanente.

-    « Vous ne voulez pas que je vous en dise plus sur le pistolet ?
-    Je ne connais rien aux armes à feu. Toi, si ?
-    Pas vraiment. Mais c’est pas que ça me gênerait d’en avoir une.
-    Qu’est-ce que t’en ferais d’un pistolet ?
Je descendrais des connards comme toi.
-    Ch’sais pas.
-    Alors là, c’est fascinant.
-    Greaves l’a rendu a Soutar, expliqua Kennedy. (Une pause.) C’est Soutar qui l’a maintenant. (Nouvelle pause.) Le pistolet est noir.
-    Noir. Soutar a un pistolet noir. Je dois t’avouer une chose : ça me fiche bien plus la trouille que s’il était rose. Tu n’est pas de mon avis ? »


Tout en assumant ce côté sombre, Guthrie distille avec talent son humour – comme ses compatriotes le whisky – notamment dans des dialogues efficaces, et se permet quelques clins d’œil aux grands noms du roman noir, ce genre qu’il affectionne, et qui le lui rend bien.

« Kennedy consulta sa montre et se demanda une fois encore pour quelle raison il faisait tout ça, pourquoi il avait choisi de rester planté là dans le froid pendant que ses extrémités se changeaient en glace. Il était devenu enquêteur privé pour l’excitation, l’aventure, le danger. C’était Hammett le responsable. Chandler, on pouvait lui pardonner. Mais Hammett ? Quel salopard.
Les romans de détective privé avaient saturés les années d’adolescence d’Alex Kennedy. Dès l’instant où il avait lu son tout premier Chandler, il était devenu accro. Il avait dévoré tout Chandler, puis Hammett, puis Ross Macdonald. En amassant tout ce temps dans les magasins de charité et les marchés aux puces des piles de polars des années cinquante et soixante aujourd’hui épuisés. Ses privés préférés étaient Max Thursday et Johnny Killain. Des hommes qui se nourrissaient de danger et d’excitation. Des hommes qui estimaient que deux contre un était une cote plutôt favorable. Des hommes capables de s’attaquer à un mur de briques qui, en moins de temps qu’il ne fallait pour le dire, finissait toujours par crier grâce. Kennedy souffla dans ses mains en coupe. Hammett avait été détective privé dans la vie, il savait et aurait dû jouer le jeu. Il n’avait pas la moindre excuse pour avoir donné de ce boulot merdique une image aussi excitante. Il ne se passait rien. Rien de rien. Zéro. Que dalle. »


Bref, du bon roman noir, comme il est difficile de ne pas l’apprécier. Déjà primé outre-Manche pour ce premier opus, on souhaite à Allan Guthrie une aussi belle carrière qu’à ses prédécesseurs. Un auteur que je suivrais, assurément.



Fifty-fifty (Two-Way Split, 2004) d'Allan Guthrie (Editions du Masque, 2009). Traduit de l'anglais (Ecosse) par Freddy Michalski.
Par Hannibal - Publié dans : Polar écossais
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Lundi 19 octobre 2009
Le Cinquième clandestin est le troisième roman de Marin Ledun. C’est aussi la 4e enquête de Mona Cabriole que nous propose les éditions La Tengo.


Résumé

Paris, 100 rue Mouffetard : quand une jeune femme se jette du cinquième étage, un bébé dans les bras, personne n’a rien vu, tous se taisent. Tous, sauf Mona Cabriole. Pourquoi un tel geste de désespoir ? Et que cachent les sous-sols de cet immeuble géré par des marchands de sommeil ? La journaliste de Parisnews devra descendre dans les profondeurs de la ville et se baigner dans les eaux d’un fl euve oublié pour aller ausculter les limites de la soumission. Les hurlements qu’elle y entend sont-ils ceux des battles punk-rock organisés dans les soubassements, ou bien proviennent-ils de voix que l’on voudrait étouffer ?

« Mona Cabriole. 20 arrondissements, 20 auteurs, 20 romans. Une collection de polars rock au cœur de Paris. »


Mon avis

J’avais découvert l’œuvre de Marin Ledun avec son excellent premier roman, Modus Operandi, puis ai poursuivi avec le second, Marketing viral, très au-dessus de la moyenne également.

« De la viande facile, de la viande gratuite, de la viande jeune, et surtout, de la viande constamment renouvelable. En se durcissant d’année en année sous l’impulsion des tenants du sécuritaire et du dogme de la « tolérance zéro », les nouvelles lois sur l’immigrations ont rendu la vie des prétendants à l’émigration de plus en plus hasardeuse. Hommes et femmes son livrés à la merci de tous les salauds prêts à tout pour du fric et du bon temps. Et les femmes sont évidemment celles qui subissent les pires attaques. La triple peine pour les sans-papiers en robe. Clandestines en France, répudiées dans leur pays d’origine, et livrées aux ordure de tout pays pour payer la dette séculaire de la connerie humaine. »

On retrouve dans Le Cinquième clandestin le rythme que sait insuffler l’auteur à ses histoires, qu’il devient vite difficile d’arrêter en chemin. Celle-ci, de par sa taille (moins de 160 pages), se lit vraiment d’une traite.
On sent que ce format imposé (il s’agit d’une collection, avec un cahier des charges bien précis imagine-t-on) limite également l’auteur. Les sujets du roman – les travailleurs clandestins, les marchands de sommeil, …  – sont vraiment intéressants et bien traités. Mais il y avait là justement à mon sens matière à faire un roman noir beaucoup plus abouti, certaines pistes étant effleurées sans pouvoir être approfondies, dommage.

« Tout le monde ment.
« Même Louis, même moi. »
Secrets de famille, désirs inassouvis, rancoeurs, regards envieux, petites histoires dans la petite histoire, quotidien des silences coupables.
Tout le monde se connaît et tout le monde ment.
Pour la bonne cause, par jalousie ou par envie. Parfois les trois, souvent une seule de ces raisons suffit.
Le mensonge pour ne pas avoir à regarder la vérité en face.
Pour ne pas s’avouer qu’il y a soi et les autres.
Tout le monde ment, tout le monde ment.
Une fois, deux fois, trois fois, souvent, tout le temps, tous les jours. Parce que c’est nécessaire, parce qu’il faut sauver la face, par peur, pour vendre ou pour acheter. […]
« Tout le monde ment, même moi. »
Devant la glace au réveil, au boulot pour lutter contre sa solitude, aux amis pour continuer à leur faire croire que tout va bien, tout va bien, tout va bien.
« Même moi. » »

Le personnage de Mona Cabriole est récurrent à cette collection que je découvre avec ce titre (un peu à la manière du Poulpe) et n’a donc pas été imaginé par l’auteur. Cependant ce dernier parvient sans peine à faire vivre cette jeune journaliste parisienne et à y intéresser le lecteur, en lui donnant accès à ses réflexions notamment.
« Polar et Rock’n’roll » est le leitmotiv de cette série. Alors forcément, la musique est très présente dans le roman, ici plutôt du punk rock, avec de nombreuses références tout au long de l’enquête de Mona, qui a elle aussi, comme cette musique, un caractère bien marqué.
Autre composante du concept de la collection, les arrondissements parisiens, et ici (vous l’aurez compris sans doute) le Cinquième plus particulièrement, bien décrit par un auteur qui l’a très vraisemblablement arpenté en tous sens.
L’intrigue à laquelle est confrontée Mona Cabriole est intéressante, bien menée, avec quelques rebondissements, mais peut-être la fin est-elle un peu convenue (disons que Marin Ledun nous avait habitués à des dénouements plus renversants).
A signaler dans ce roman – comme dans les autres titres de cette collection d’ailleurs – quelques « bonus » appréciables en fin d’ouvrage. Une carte de l’arrondissement en question, sur laquelle on peut aisément suivre les déplacements des personnages, les lieux qu'ils visitent... (je trouve ça sympa pour les non-Parisiens, dont je suis), et la BO du roman, pour retrouver aisément toutes les références musicales, voire pourquoi pas se les écouter en lisant le roman.

Au final, ce roman m’a, comparé aux précédents, un peu déçu bien qu’il reste de haut niveau et très agréable à lire. Pour découvrir Marin Ledun, je vous conseille plutôt Modus Operandi, ou faites comme moi, attendez les prochains. Cela ne sera pas long, puisqu’on attend coup sur coup deux de ses écrits pour 2010, un Poulpe, Un singe en Isère (en février), et son entrée à la Série Noire (en mars) avec le prometteur La guerre des vanités.



Le Cinquième clandestin
de Marin Ledun, La Tengo Editions (2009), 164 pages.
Par Hannibal - Publié dans : Polar français
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Lundi 12 octobre 2009
Les vainqueurs des « Trophées 813 » 2009 ont été désignés hier, à l'occasion du premier salon Toulouse, polars du sud.

Les adhérents de l'association 813 ont décerné le prix du meilleur roman francophone à Patrick Pécherot pour Tranchecaille et le prix du meilleur roman étranger à Dennis Lehane pour Un pays à l'aube (commencé puis mis de côté, faute de temps). Enfin, pour être complet, le prix Maurice Renault a été attribué à Jean-Bernard Pouy pour son essai Une brève histoire du roman noir (lu le début, comme le précédent).

Les lauréats 2009

   

J'avais personnellement voté pour Tranchecaille et Little Bird (pour récompenser un nouvel auteur, Lehane les collectionne les prix) mais le résultat ne me déçoit absolument pas puisque le Bostonien est un de mes auteurs favoris.

Un excellent cru, vivement l'an prochain !
Par Hannibal - Publié dans : Prix et récompenses littéraires
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Lundi 12 octobre 2009
Tranchecaille est le dernier roman de Patrick Pécherot, paru en novembre 2008 à la Série Noire.
Il vient de recevoir le Trophée 813 du meilleur roman francophone (voir plus haut).
Je l'ai lu il y a un moment déjà mais j'ai malheureusement encore pas mal de chroniques en souffrance. Ce prix est donc pour moi l'occasion rêvée (comprenez le bon coup de pied au cul) pour publier mon avis.


Résumé

1917, chemin des Dames. La guerre fait rage dans les tranchées et le lieutenant Landry est tué, jusque là rien d’anormal. Le problème, c’est que la balle semble être venue de l’arrière, autrement dit, de son propre camp. C’est Antoine Jonas – dit Tranchecaille – qu’on accuse d’avoir assassiné l’officier. Le capitaine Duparc est chargé de défendre le jeune soldat. Ce dernier est-il aussi naïf qu’il y paraît ou bien est-ce un génie de la simulation, un esprit tordu ? C’est là tout ce que le capitaine va essayer de découvrir quand bien même la guerre ne semble pas décidée à s’arrêter pour autant.


Mon avis

J’ai toujours beaucoup aimé l’Histoire, et la Première Guerre mondiale ne m’a jamais laissé indifférent. Du coup, j’ouvrais déjà Tranchecaille dans de bonnes dispositions, et ce malgré le fait que mes premiers Pécherot m’aient un peu déçu (Soleil noir et Tiuriaï).

« Jonas ? Quand il a débarqué ici, on aurait dit qu’il tombait de la lune. On en voit ici, des paumés. Y a que l’embarras du choix. Des qu’ont jamais eu d’autres horizons que le cul des vaches. Des mômes, encore barbouillés des confitures de leur mère. Des types qui chialent sur la photo de leur blonde… C’est autant qui tomberont un matin, de la terre dans la bouche et les tripes à l’air. Ceux-là, on lirait leur avenir comme dans un livre ouvert. Viande premier choix. La fête aux asticots, c’est une question de jours. Lui, c’était autre chose. Un vrai poème. »

Les romans de Patrick Pécherot ont des points communs évidents. Une documentation irréprochable, des personnages simples et attachants, des dialogues travaillés.
Tranchecaille ne fait pas exception à la règle.

« Depuis deux heures, les cannons tonnent. Un orage d’acier. L’air en est tout déchiré. C’est du lourd qui passe au-dessus des têtes pour s’écraser en face, vers les Boches. La terre est secouée de tremblements. Il en vient par en dessous, en ondes mauvaises. Des lames de fond parcourant le sol. Ça gonfle, ça gondole, ça craque, la croûte terrestre ondule. Des geysers de cailloux percent comme des bubons. Ils gerbent au ciel et retombent avec un bruit de pluie sèche. Le grand terrassement est à l’œuvre. A l’explosif, les artiflots ! Dzin-boum ! Envoyez les miaulants, les gros noirs, les fusants. Ça déblaie, ça creuse, ça laboure des champs entiers. Ou ce qu’il en reste. Les sillons sont abreuvés de sang impur à flanquer la courante. La grosse colique pierreuse. Avec l’argile jaune et les mottes bien noires qui vous giclent à la gueule. Sur les casques, la caillasse tambourine. Ça lansquine dru, des silex et des sédiments. Le minéral est chamboulé dans les profondeurs. Il en est soufflé. Il crache des fossiles et des ossements. C’est la nuit des temps qui tombe. »

La Première Guerre mondiale dans le roman noir, certains s’y sont déjà essayé, comme Daeninckx dans La der des ders ou Bourcy avec sa série des enquêtes de Célestin Louise. Pécherot aussi, pour la jeunesse, dans L'affaire Jules Bathias. Il connaît donc bien son sujet et sa plume nous retranscrit cela d’une telle façon – dialogues impeccables, richesse de la langue –  qu’on se croirait presque dans les tranchées. Je verrai bien Tardi (qui a déjà adapté La der des ders) adapter ce roman, lui qui sait si bien nous faire vivre cette guerre en BD.

Au fil du roman, tout y passe. Les horreurs de la guerre bien sûr, et la difficulté d’y faire face, avec des scènes parfois difficiles (comme cette bonne sœur qui aide ce chirurgien à amputer à la chaîne dans un hôpital de fortune). La bêtise humaine est rappelée, comme avec la fameuse affaire du pantalon, à laquelle l’aventure de Tranchecaille fait incontestablement écho. La volonté compréhensible de fuir la guerre – désertion, automutilation. Le dur retour à l’arrière des rescapés, gueules cassées et autres hommes-troncs. La propagande, la censure, les débuts de la presse contestataire (on assiste à la naissance du fameux Canard enchaîné). L’auteur laisse tout de même un peu de place à l’espoir, avec les permissions (notez au passage cette belle citation : « Les permes, on s’en fait tout un fromage, et quand on le déballe il sent parfois le moisi. »)  ou la fraternisation, pour tenter d’oublier un moment l’enfer de la guerre.

« Du sol labouré montent des pleurs, des appels et des sanglots. C’est le concert des moribonds. La fanfare désaccordée. Le requiem des qui veulent pas clamser. Avec les reprises en chœur et les râles en canon.
-    A moi ! Les copains !
Elle est bath, la musique militaire. »


Et au cœur de tout ça, l’affaire concernant Tranchecaille, intrigue jamais mise de côté pour autant, qui connaît un départ aussi surprenant qu’osé et comporte quelques rebondissements bien pensés. Affaire que feront tout pour résoudre le capitaine Duparc et son greffier, le caporal Bohman – détective dans le civil – et ce malgré la mauvaise volonté évidente des supérieurs de voir éclater la vérité.

Tranchecaille est au final un excellent roman où Patrick Pécherot parvient à nous transmettre brillamment sa passion pour l’Histoire et les gens simples. Sûrement son meilleur roman à ce jour.

Pour découvrir cet auteur, une belle interview réalisée par l'ami Jeanjean est disponible sur son blog.



Tranchecaille de Patrick Pécherot, Gallimard/Série Noire (2008), 294 pages.
Par Hannibal - Publié dans : Polar français
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Lundi 12 octobre 2009
Narcose est un roman de Jacques Barbéry, initialement paru en 1989 chez Denoël (collection "Présence du futur").
En 2008, il est réédité dans une version augmentée par les éditions La Volte, avec un CD  de la bande originale du livre (intitulé Une soirée au Lemno’s Club), également signé Jacques Barbéri.
Narcose est le premier roman d’un triptyque : suivent La mémoire du crime (paru en février) et Le tueur venu du Centaure (à paraître en 2010).


Résumé

Narcose, ville-rêve… Anton Orosco, artiste de la magouille, doit fuir. Son salut passe par l’extrados, la zone urbaine des marginaux peuplée par une faune étrange, décalée, où les lolitrans croisent des humains à tête d’animal. Mais se cacher est inutile. Autant changer de corps. En s’embarquant dans une course à la chirurgie plastique, Anton ne pensait pas finir dans la peau d’un lapin. Ni rencontrer Célia, l’adolescente mystérieuse capable de franchir l’envers du décor. Bourré d’amphécafé et de scotch-benzédrine, Anton traverse à toute allure un univers grouillant et instable. En quête d’une issue. D’un plancher tangible. Car à Narcose, lorsqu’on tombe, c’est peut-être le sol qui monte.


Mon avis

Comme certains d’entre vous ont peut-être pu le deviner d’après le grand nombre de chroniques se trouvant dans la rubrique SF, je ne suis pas très attiré par ce genre.
Si j’ai lu Wells, Bradbury, Orwell ou encore Huxley (quand même, faut pas pousser non plus !), ma culture SF – peut-être devrais-je dire mon inculture ? – s’arrête à peu près là (pour ce que j’ai lu en tout cas).
De temps en temps, sur conseil, il m’arrive d’en lire, et aussi paradoxal que cela puisse paraître, je suis rarement déçu.

C’est donc suite à l’excellent article de Laurent Leleu (merci à lui pour le conseil) paru dans le dernier numéro du non moins excellent L’indic (merci à eux) que j’ai découvert Jacques Barbéri.

« Il malaxe nerveusement un écran-mouchoir, qu’il étale brutalement devant lui… Encore vint minutes. Vint interminables minutes avant de savoir s’il va faire l’objet d’une mise en examen… Il repense au visage cadavérique du juge d’instruction, les veines probablement récurées au Chupabomber ou à la mélasse lysergique. Un accro de première bourre, friand de dessous de table qu’il n’a lui-même pas su honorer. Son avocat a fait des pieds et des mains – bien qu’il en soit dépourvu, en tant que membre de la congrégation des stigmatisés – pour obtenir un non-lieu anticipé, sans succès. Pour rester dans les formules douteuses, il n’a pas eu le bras assez long. Et maintenant son devenir ne tient plus qu’à un fil. Il soupire en avalant cul sec une éprouvette d’Amphécafé, la dixième de la matinée[…] »


Narcose, c’est un concentré d’inventions en tout genres, au niveau des êtres vivants, des moyens de transport, des objets, de la ville, bref, d’un univers tout entier.
C’est souvent ce qui me fait perdre pied en SF : quand il y a trop d’inventions à ingurgiter, je n’assimile pas, c’est indigeste (suivent alors ballonnements voire nausées). Et pourtant, ici, malgré les délires permanents de l’auteur (y a qu’à voir le concert de rodéomethatrombix du musicien Cornélicius en fin de roman) j’ai vraiment accroché.

« Il fait la manche en face du Jungle Beer. Recueille de quoi s’acheter un sandwich de Gmorl ou un cornet d’encornets, dort sur des cartons et pleure. Durant les longues heures d’attente et de vide, assis en tailleur sur le béton froid, bercé par le cliquetis des pièces percutant le sol, il se demande parfois comment il a pu en arriver là. Mais lorsqu’il gigote à la lisière du sommeil, le carton crissant contre son dos, la fraîcheur de la nuit picorant sa peau nue, il navigue dans son passé et constat qu’il n’y a vraiment rien à en tirer. Qu’il ne pouvait pas atterrir ailleurs qu’ici. Dans un corps d’emprunt, amoché et repoussant, sans avenir et surtout sans espoir. Il ne sait même pas s’il hait suffisamment Lion pour désirer le tuer, mais se rend bien compte que s’il pouvait répondre par la négative à cette question, il n’aurait plus qu’à se laisser mourir sur le champ.
Il entretient donc sa haine. »


Pourquoi ais-je accroché alors? L’explication me paraît assez simple. Parce que c’est bien écrit tout d’abord. Et aussi parce que Barbéri ne craint pas le mélange des genres et que ce roman (et le second plus encore apparemment) emprunte beaucoup aux codes du roman noir.
Anton Orosco, le héros de ce roman, fuit en permanence les emmerdes. Ce magouilleur invétéré a fini par se faire pincer et doit se faire discret s’il ne veut pas passer les prochaines années sur une planète qui semble avoir tout du bagne.
Ce brave Anton est véritablement accroc à l’amphécafé et tient plutôt bien le scotch-benzédrine. De plus, les femmes (ou ce qui y ressemble dans cet univers déjanté) ne sont pas sans lui faire de l’effet.
Pour se faire oublier, Anton erre dans l’extrados, sorte de ghetto de Narcose où alcool, drogue et prostitution sont facilement disponibles.
Assez rapidement vient s’ajouter une histoire de vengeance, qui ajoutée à la fuite d’Anton fournit un suspense appréciable.
Barbéri fait également des clins d’œil, que j’ai parfois pu déceler (à Alice au pays des merveilles, à Star Trek) et parfois non (à Philip K. Dick aussi apparemment, mais comme je ne l’ai pas lu – oui je sais c’est pas bien !).

La lecture de ce bon roman est rendue plus agréable encore par l’ambiance musicale fournie en complément. C’est assez expérimental (ça ne plaira pas forcément à tous) mais j’ai trouvé ça sympa et bien fait. Barbéri est aussi un bon saxophoniste (il joue dans la formation Palo Alto) et certains morceaux sont très bons (je pense à la 8e piste, nommée Gay tapant, notamment). Vous pouvez en écouter certains sur ce Myspace.

Au final, un bon moment de lecture que je conseille à ceux qui ne sont pas allergiques à la SF, ou à ceux qui comme moi essaient de se soigner.



Narcose de Jacques Barbéri, Éditions La Volte (2008), 200 pages.
Par Hannibal - Publié dans : Science-Fiction / Anticipation
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Mardi 6 octobre 2009
Le tailleur gris est un roman noir du Sicilien Andrea Camilleri, paru il y a quelques jours chez Métailié/Noir.


Résumé

Un directeur de banque italien ne sait pas comment occuper son premier jour de retraite. Adele, sa très jeune femme, installe au domicile conjugal un bel étudiant afin de la satisfaire. Amour, jalousie, etc. : le vieil homme fait défiler ses souvenirs, essayant de comprendre Adele, ce qui n’est pas chose aisée tant sa jeune épouse est contradictoire en bien des points.



Mon avis

J’ai découvert Camilleri cet été (mieux vaut tard que jamais !), avec Un été ardent justement, le dernier Montalbano à ce jour (chronique à venir). Que ses fans se rassurent, si le fameux commissaire sicilien est absent de ce court roman noir, le talent de Camilleri est, lui, toujours bien présent.
La langue de l’auteur est ici comme assagie (peu d’humour, pas de scènes déjantées) mais conserve cette saveur reconnaissable que sait si bien nous transmettre Quadruppani – le traducteur.

« Il se regarda de nouveau dans le miroir et cette fois, s’atrouva décidément ridicule. Il était habillé comme pour un conseil d’administration et, en réalité, la seule chose que désormais il aurait à administrer, ce serait l’énorme quantité de temps qu’il avait à disposition pour rin faire, rin de rin. »

Pas d’enquête dans ce roman, juste une plongée dans l’intimité d’un couple, des moments de vie dans le quotidien d’un néoretraité. Les nombreux flash-back nous aident à reconstituer peu à peu le parcours du vieil homme, aussi bien dans sa vie sentimentale, que sociale, au sein de la bourgeoisie italienne, ou encore professionnelle, dans le monde des affaires, où la Mafia n’est jamais très loin.

« Les membres du cercle étaient des vieilles peaux sexagénaires maquillées comme des quadragénaires, surchargées de fond de teint, de rouge à lèvres et de bijoux, affamées de séductions exotiques et de massages spéciaux ; leurs maris, directeurs généraux, entrepreneurs, députés ou simples bâtards qui avaient réussi à ramasser du fric on ne sait comment, ne leur cédaient pas sur ce terrain : tous voulaient apparaître trentenaires. Et donc, gymnastique quotidienne, promenades kilométriques sur la plage, salle de gym, sauna, massages, tortures diverses.
Il n’y participait jamais.
-    Comment est-il possible que tu n’arrives pas à socialiser ? lui demandait immanquablement Adele en lui faisant la gueule.
Rien que le verbe « socialiser » le faisait déjà profondément chier. »


On connaissait la verve d'Andrea Camilleri à travers les enquêtes de Montalbano. Avec ce Tailleur gris, une très belle histoire, toute en retenue, l’auteur sicilien nous montre une autre facette de son grand talent de conteur.

A signaler : vous pourrez voir un sujet sur Camilleri dans l'émission Metropolis, rediffusée sur Arte samedi à partir de 12h45 (merci Yann pour l'info).



Le tailleur gris (Il tailleur grigio, 2008) d'Andrea Camilleri (Métailié/Noir, 2009). Traduit de l'italien (Sicile) par Serge Quadruppani, 135 pages.
Par Hannibal - Publié dans : Polar italien
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Lundi 5 octobre 2009
Des myrtilles dans la yourte est le dernier roman de Sarah Dars, paru aux éditions Picquier. C'est le premier roman d'une série se déroulant en Mongolie et mettant en scène l'inspecteur Yesügei.

Bien que j'ai lu ce roman avant de le savoir (en juillet), il fait désormais partie de la sélection automnale du Prix SNCF du polar (j'ai eu le nez fin cette fois puisque j'ai aussi lu Les coeurs déchiquetés avant que la sélection ne soit communiquée).


Résumé

Deux touristes américains arrivent en Mongolie pour chasser l’antilope. Rapidement, ce qui devait être un safari tranquille tourne au vinaigre. L’ambiance se tend entre les visiteurs et les accompagnateurs locaux, la tempête se lève dans la steppe et l’un des deux chasseurs étrangers finit par disparaître.
L’enquête est alors confiée à Yesügei, un inspecteur pour le moins atypique et qui n'en fait qu'à sa tête. Une mise à pied pend d'ailleurs au nez de ce policier alcoolique, coureur de jupons et ayant recours à des méthodes peu orthodoxes pour mener ses enquêtes. Suivant son instinct de chasseur, ce fin limier part à la recherche du disparu, sillonnant les steppes sur sa moto Guzzi.


Mon avis

« Aux âmes sensibles, il faudrait épargner l’extraction du cadavre de son linceul d’éboulis, puis son transfert en civière jusqu’à la piste,  où attendait le camion-ambulance. Aux amateurs de frissons, il faudrait livrer quelques éléments sur la couleur et l’odeur de sa peau, sur l’expression de son visage, l’aspect de ses yeux, celui de sa bouche remplie de terre. A ceux qui prisent les détails pratiques, il conviendrait de signaler le repêchage de la seconde chaussure, coincée au fond d’une cavité, avec le duvet, la torche cassée, et une gourde vide sentant fort le whisky. Ainsi que le prélèvement de plusieurs échantillons de terre, celle qui débordait de la bouche du mort, celle qui adhérait à ses semelles, celle qui couvrait le sol autour des puits. »

Après nous avoir fait voyager en Inde avec les enquêtes du brahmane Doc – huit romans à ce jour, également chez Picquier – la française Sarah Dars continue de nous faire découvrir l’Asie avec ce premier polar ayant la Mongolie pour cadre.
Le grand point fort de ce roman tient justement à son cadre géographique original, intelligemment exploité par l’auteur, qui maîtrise son sujet. Elle nous fait parcourir les vastes étendues de la Mongolie, pays assez méconnu en France : tradition, coutumes, pratiques religieuses, alimentation… Dans la veine du polar ethnographique, et à l’instar du travail d’Hillerman avec les Navajos (toute proportion gardée), Dars nous donne à voir la vie quotidienne des Mongols et nous apprend même au passage quelques mots en mongol.

« Pourtant, bien que dépourvu de noblesse par la naissance, Yesügei avait été un jeune pionnier débordant d’enthousiasme, habile aux jeux virils que sont le tir à l’arc, la lutte et la course équestre. Cavalier chevronné, il n’avait pas son pareil pour manier le lasso et lancer le couteau. Il était devenu un jeune policier plein de bonne volonté et d’illusions. Et voilà que maintenant il risquait d’être mis à pied – un comble pour un cavalier dans l’âme, qui sans cheval se sent comme un oiseau sans ailes –, en raison de plusieurs bavures dues à l’ébriété. »

Malheureusement, l’intrigue policière peine à rivaliser. Elle met du temps à démarrer et ne parvient que difficilement à vraiment intéresser le lecteur.
Concernant les personnages, c’est à peine meilleur. Si le personnage de Yesügei, qui sort de l’ordinaire, parvient à accrocher le lecteur, certains protagonistes sont maladroitement décrits. En effet, Sarah Dars manque souvent de subtilité et a tendance à forcer les traits, comme pour rendre les Américains antipathiques ou nous montrer que le jeune Gerel – l’adjoint de Yesügei – est benêt.

« Et s’il n’avait jamais voulu se mêler des affaires d’Erdenbat, c’était parce qu’il se connaissait : cela l’aurait mené trop loin. Un peu comme un chien dont les crocs restent à jamais plantés dans sa proie, jamais il ne lâchait. Pour la même raison, il n’avait pas cherché à approfondir le sort de la première femme d’Erdenbat, victime d’une noyade accidentelle. Il ne se voyait pas mener une enquête sur son frère juré. Une enquête, si on ne la commence pas, on est sûr de ne pas avoir à aller jusqu’au bout. »

Prometteur au premier abord, Des myrtilles dans la yourte déçoit quelque peu. Si l’aspect ethnographique sur la Mongolie est très réussi, ce roman pêche par une intrigue moyenne et des personnages secondaires peu convaincants. Espérons que les prochaines enquêtes de l’inspecteur Yesügei soient plus captivantes.



Des myrtilles dans la yourte
de Sarah Dars, Éditions Philippe Picquier (2009), 256 pages.
Par Hannibal - Publié dans : Polar français
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Dimanche 27 septembre 2009
Les veilleurs est le premier roman de Vincent Message, jeune auteur français de 26 ans.


Résumé

Oscar Nexus a tué trois personnes dans la rue, puis il s'est endormi sur les cadavres. Nexus est un marginal auquel son emploi de veilleur de nuit n'a donné qu'un ancrage très fragile dans la réalité. Interné dans une clinique, il est pris en charge par Joachim Traumfreund, un médecin atypique et brillant qui a participé dans sa jeunesse aux mouvements de réforme de la psychiatrie. C'est à lui et à Paulus Rilviero, un officier de police, qu'on confie le soin de tirer au clair les mobiles de Nexus et de déterminer s'il est responsable de ses actes. Afin de se consacrer à ce cas intriguant, Traumfreund transfère le criminel dans une annexe de la clinique, un bâtiment situé dans un coin de montagne que l'hiver isole peu à peu. Une fois sur place, nos deux enquêteurs découvrent que Nexus est un dormeur pathologique qui reprend nuit après nuit le fil du même Grand Rêve. Pour comprendre son crime, Traumfreund et Rilviero vont devoir s'immerger dans cet univers onirique où Nexus mène une véritable vie parallèle. Captivés par les récits du meurtrier, ils sont parfois rattrapés par le doute : comment être sûrs qu'ils n'ont pas affaire à un fabulateur ? A partir de ce fait divers, Les Veilleurs nous entraîne dans une exploration passionnante des territoires de la folie et du sommeil. Reprenant certains codes des grands thrillers hollywoodiens, l'auteur compose une fresque sur la place de l'imaginaire dans la société moderne, plus rationaliste qu'aucune autre, mais aussi fascinée par les mondes virtuels et les faces nocturnes de la réalité.


Mon avis

Lorsque chez-les-filles m'a proposé ce titre, je l'ai accepté en raison du pitch, qui m'a vraiment donné envie.
Depuis, j'ai lu quantité de critiques dithyrambiques au sujet de ce livre. Les critiques/journalistes semblent unanimes, et ce dans tout types de publications. J'ai rarement vu un tel concert de louanges pour un premier roman.
Un super pitch, des critiques excellentes : aucune raison de ne pas ouvrir ce livre avec enthousiasme, et c'est donc ce que j'ai fait.

Le tout début m'a beaucoup plu ainsi que le personnage de Nexus et son histoire.
Puis petit à petit, au fil des pages, mon intérêt s'est essouflé. L'auteur écrit, écrit, et l'histoire n'avance pas. On est tenté de sauter des pages pour voir s'il ne se passe pas quelque chose de plus intéressant plus loin. Et puis non, ça ne se fait pas. Je continue donc où j'étais arrivé. Lecteur habituellement rapide, je m'éternisais sur les pages, essayant d'en retirer la substantifique moelle, en vain. Pas effrayé par les pavés mais voyant qu'elles ne tournaient plus comme il fallait, je me suis mis à craindre ces centaines de pages qui restaient (635 pages en tout !). Aux alentours de la 150e, et malgré ma bonne volonté, je n'avançais plus, mes yeux relisant plusieurs fois la même phrase avant d'aller lorgner du côté des étagères où m'attendent nombre de lectures alléchantes. J'ai donc décidé d'arrêter là.

Bizarre, bizarre. J'en suis venu à me poser des questions. Comment puis-je ne pas apprécier un tel livre ? Suis-je normal ? Même les avis des collègues bloggeurs semblent majoritairement positifs (voir ici par exemple). En farfouillant, j'ai fini par dénicher des commentaire me rassurant quelque peu. D'autres que moi n'ont pas pu terminer ce roman qulifié de "trop bavard" (voir ici). Certains vont plus loin (je n'irai pas jusque là) allant jusq'à parler de "style pompier" et de "logorrhées insupportables" (voir le commentaire de Cugel).

Je n'exclus pas de revenir à ce roman par la suite puisqu'il n'est pas inintéressant (au contraire, j'aurai bien envie de connaître la fin) mais pour le moment je n'arrive vraiment pas à poursuivre.



Les veilleurs de Vincent Message, Seuil (2009), 635 pages.
Par Hannibal - Publié dans : Littérature française
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