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22 mai 2013 3 22 /05 /mai /2013 13:30

L'évasion, publié le mois dernier à la Série Noire (Gallimard) est le neuvième roman de Dominique Manotti.


Résumé

Rome, 1987.
Filippo Zuliani, derrière les barreaux, fait la connaissance de Carlo Fedeli, un célèbre prisonnier politique italien membre des Brigades Rouges, qu'il admire assez vite. Lorsque l'occasion se présente pour le jeune délinquant de s'évader avec cette pointure, il ne la laisse pas passer. Seulement, les choses ne se passent pas vraiment comme prévu et Filippo est obligé de s'exiler en France pour avoir une chance de rester en vie. Devant mener une vie discrète à Paris, il trouve son temps long et la solitude lui pèse. Il se met à écrire.


Mon avis

On ne présente plus Dominique Manotti auteur de nombreux romans noirs à succès comme Nos fantastiques années fric, adapté sur grand écran sous le titre Une affaire d’État, ou L'honorable société, écrit à quatre mains avec DOA et lauréat du Grand Prix de littérature policière en 2011. L'historienne de formation s'était jusqu'à présent contentée du présent et du passé de la France comme cadre de ses romans. Cette fois-ci, nouveau décor : elle franchit les Alpes pour nous raconter les « années de plomb », ce temps où la police italienne menait la vie dure aux groupuscules d'extrême gauche (et inversement) et où les attentats étaient monnaie courante.

A travers les personnages de Filippo, de Carlo et de sa compagne Lisa, on en apprend beaucoup sur cette période violente de l'histoire récente de l'Italie ainsi que sur le quotidien des réfugiés politiques. Filippo a beau être un protagoniste intéressant, on peine à s'y attacher, mais peut-être est-ce fait exprès ? Finalement, c'est peut-être Lisa qui émouvra le plus le lecteur, elle qui n'aura de cesse de chercher à découvrir la vérité quant à la mort de l'homme de sa vie. Connaissant Carlo comme personne, elle n'est guère convaincue par la thèse officielle, celle du braquage raté. Mais faut-il pour autant voir la main des services secrets italiens derrière ce bain de sang ?

Pas vraiment d'intrigue policière dans ce court roman – deux cents pages – qui se lit néanmoins très bien tant l'écriture de Dominique Manotti sert efficacement le récit. Comme d'habitude, l'auteur utilise le présent, privilégie les phrases courtes et ne s'embarrasse pas de superflu. Sans surprise, il s'agit de l'histoire d'une évasion et de ses conséquences, « L'évasion » étant aussi le titre du roman qu'écrit Filippo pour tenter d'aller de l'avant.

Ce dernier opus de Dominique Manotti n'est sans doute pas le plus réussi, ou tout au moins pas le plus à même de plaire à un large public. Dans la veine historique, on préférera Le corps noir, et côté politique, Nos fantastiques années fric ou Lorraine Connection. À défaut d'être véritablement passionnant, L'évasion n'en demeure pas moins un roman noir efficace, intéressant et sans concession, comme peu d'auteurs savent en écrire.




L'évasion, de Dominique Manotti, Gallimard/Série Noire (2013), 224 pages.

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13 mai 2013 1 13 /05 /mai /2013 18:33

Road Tripes, qui vient de paraître, est un roman de Sébastien Gendron, le premier de l'auteur bordelais publié chez Albin Michel.


Résumé

Vincent aurait pu être pianiste professionnel. Il aurait aussi pu reprendre le cabinet dentaire de son père. Il aurait pu être heureux. Sa femme et sa fille auraient pu rester avec lui. Mais le destin en a décidé autrement et il se retrouve seul, déprimé, à glisser des prospectus dans des boîtes à lettres. C'est comme ça qu'il rencontre Carell, aussi sympa d'apparence qu'il paraît bête. Le jeune homme le convainc de tout laisser tomber le temps d'une virée en voiture.

Mon avis


« Aujourd'hui encore, je ne sais pas pourquoi je suis monté dans cette voiture. Sans doute parce qu'un autre que moi en avait décidé ainsi. Je sais juste que la portière s'est ouverte, la portière s'est refermée. Entre les deux, j'ai eu le temps de m'asseoir et de boucler ma ceinture. »

Encore peu connu du grand public, Sébastien Gendron n'en est pas pour autant à son coup d'essai. Après avoir publié une demi-douzaine de polars chez Baleine et quelques autres petits éditeurs, le Bordelais débarque chez Albin Michel avec Road tripes.


On y retrouve la patte de l'auteur : l'humour, les personnages déjantés et les situations loufoques.

Les protagonistes, Vincent et Carell, deux pauvres types paumés à souhait, forment un duo qui fonctionne bien. L'intellectuel et le demeuré, l'indécis et l'impulsif, le calme et le bestial : ils forment une drôle de paire, plutôt complémentaire. Ensemble, entraînés l'un par l'autre dans leur délire auto et destructeur, ils vont rallier Bordeaux à Montélimar en semant le chaos sur leur passage. Pas d'intrigue à proprement parler, juste un départ, et tout plein d'embûches avant d'éventuellement rallier l'arrivée.

« Le jour serait levé d'ici une heure. L'horizon commençait déjà à rosir. Avec la fatigue accumulée, je sentais revenir l'angoisse, la colère, le manque, la frustration. J'en voulais à Marie de m'avoir viré de chez nous, ça au moins c'était simple. Mais j'en voulais aussi à ma mère et à mon père pour toutes les bonnes choses qu'ils avaient faites pour moi, alors qu'au bout du compte je n'en valais pas le coup. J'en voulais à Carell, sans doute de m'avoir sauvé des eaux, ça aussi, ça coulait de source. Mais plus bizarrement, j'en voulais aussi à ma fille, peut-être d'avoir été conçue par un type qui n'a jamais su ce qu'il voulait. »

L'humour est bien présent, dans les situations « abracadabrantesques » dans lesquelles l'auteur prend un malin plaisir à fourrer ses personnages (le collectionneur de voitures, la secte, etc.), mais aussi dans les dialogues, pas piqué des vers et généralement efficaces.

« Carell était juste un connard quand moi j'étais un con. Carell était bas du front quand j'étais diplômé, cultivé, enfin un type normal qui menait sa barque comme il le pouvait. Carell ne réfléchissait pas, il avançait, et j'avais suivi parce que j'avais toujours été incapable de faire des choix et que je me sentais en sécurité dans le sillage de quelqu'un qui prenait les décisions à ma place. Tout ce que je devais à ce type, c'était d'avoir ajouté à mes propres problèmes une quantité astronomique d'emmerdements qui relevaient désormais des assises. »

La musique, via l'auto-radio, est assez présente, et une playlist récapitulant les titres écoutés figure en fin d'ouvrage. C'est éclectique, allant des pianistes jazz (Dave Brubeck, Bill Evans) au classique (Chopin, Liszt) en passant par la variété française. A signaler, une scène assez exquise où Vincent et Carell s'écharpent quant au talent (ou pas) de Johnny Hallyday.

« Déclencher un incendie, je n'avais jamais fait. Agresser un motard, non plus. Provoquer un accident de voiture, encore moins. La course-poursuite avec la maréchaussée, en toute logique, était elle aussi une première. Je découvrais un monde, celui de la route, où tout devenait possible. On prenait le volant et tout pouvait commencer. J'étais en train de comprendre ce grand sentiment de liberté qui suintait des road movies américains. Carell et moi, on était Peter Fonda, Dennis Hopper, James Taylor, Warren Oates, Robert Blake, Barry Newman : les aigles du bitume, les seigneurs de la ligne discontinue, les princes du pot d'échappement. »

S'il ne s'agit peut-être pas du meilleur Gendron à ce jour, ce Road tripes a le mérite de faire passer un bon moment. A bord du bolide, on ne voit pas passer les 282 pages (ou 4006 km, la numérotation des chapitres correspondant au kilométrage effectué par les compères), qui défilent comme le paysage, à grande vitesse.
Une bonne entrée dans l'univers déjanté de cette voix singulière du polar français qu'est Sébastien Gendron. À poursuivre avec son excellent Poulpe Mort à Denise ou sa parodie de roman d'espionnage Taxi, take off & landing, à moins que vous n'ayez déjà prévu Quelque chose pour le week-end.

Road tripes, de Sébastien Gendron, Albin Michel (2013), 282 pages.

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26 avril 2013 5 26 /04 /avril /2013 01:43

L'île des chasseurs d'oiseaux (The Blackhouse) est un livre de Peter May, un romancier et scénariste écossais installé en France depuis des années.

Ce roman, le premier d'une série mettant en scène Fin McLeod et l'île de Lewis, est paru aux éditions du Rouergue en 2009.

 

 

Résumé

 

Île de Lewis, au nord de l'archipel écossais des Hébrides.

Un jeune couple découvre dans un hangar à bateaux un homme fraîchement pendu et éventré. Il ne fait aucun doute qu'il s'agit d'un meurtre et il semblerait que le modus operandi soit le même que celui employé pour un autre meurtre, perpétré à Édimbourg. C'est pourquoi la police locale fait appel à Fin McLeod, qui a enquêté là-bas sur ce premier meurtre. Pour Fin, retrouver Lewis n'est pas anodin. C'est sur cette île qu'il est né et qu'il a grandi, avant de faire le choix de la quitter.

 

 

Mon avis


« Les gens nés dans les années cinquante décrivent parfois leur enfance en évoquant des tons bruns. Un monde sépia. J'ai grandi dans les années soixante-dix et mon enfance fut violette.
Nous vivions dans ce que l'on appelle une whitehouse, à un peu moins d'un kilomètre du village de Crobost. Ce village faisait partie de la commune de Ness, située sur la pointe la plus au nord de l'île de Lewis, qui était elle-même l'île la plus au nord de l'archipel écossais des Hébrides extérieures. Les whitouses dataient des années vingt. Les murs étaient faits avec de la pierre et de la chaux ou avec des blocs de béton, et les toits étaient couverts d'ardoise, de tôle ondulée ou de feutre bitumé. Elles avaient été construites pour remplacer les anciennes blackhouses, qui étaient consituées de murs de pierres sèches et d'un toit de chaume, et dans lesquelles s'abritaient hommes et bêtes. Un feu de tourbe brûlait nuit et jour dans la pièce principale. Il n'y avait pas de cheminée et la fumée était censée s'évacuer par un trou pratiqué dans le plafond. Bien sûr, ce n'était pas très efficace. Les maisons étaient toujours enfumées et l'espérance de vie assez courte.
»

Peter May est un romancier et scénariste écossais installé en France depuis des années. Certains le connaissent pour sa série se déroulant essentiellement à Pékin. Avec L'île des chasseurs d'oiseaux, il délaisse la Chine pour son pays, l’Écosse, et plus particulièrement Lewis, la plus septentrionale des îles des Hébrides. Paysages, traditions, habitants, etc. Il décrit l'endroit à merveille et avec une certaine chaleur qui ne laisse pas le lecteur indifférent.

« Sans un mot, Artair recula sa chaise et se dirigea vers le bar pour y faire remplir son verre. Fin restait assis, regardant fixement la table. Il n'y avait pas de mots pour décrire la tristesse qu'il éprouvait à voir son ami d'enfance aussi amer. La vie passait en un éclair, comme un bus pendant une nuit pluvieuse à Ness. Il fallait s'assurer d'être vu pour qu'il s'arrête et que vous puissiez y monter, sans quoi il partait sans vous, et vous vous retrouviez obligé de rentrer chez vous à pied, dans le vent et sous la pluie. Il se disait qu'à sa manière, il était comme Artair, poursuivi par l'idée de ce qui aurait pu être, d'avoir raté ce bus. Rendu amer par ses échecs. Le regarder lui renvoyait sa propre image, et il n'aimait pas ce qu'il voyait. »

À l'instar du marshal Raylan Givens, héros de la série télévisée Justified, Fin McLeod est ramené pour les besoins d'une enquête dans le seul endroit où il ne voulait retourner pour rien au monde : chez lui. À un moment de sa vie, il a eu du mal à faire le choix salutaire de quitter son île natale, alors la retrouver n'est pas chose aisée. En pas loin de vingt ans, peu de choses ont changé finalement, sinon que les gens ont vieilli. Le policier retrouve son meilleur ami d'enfance, Artair, lequel s'est marié depuis avec Marsaili, le premier amour de Fin, avec qui il a eu un fils, Fionnlagh.

 

Au gré des chapitres et fort habilement, Peter May entremêle les époques, les événements passés venant faire écho au présent des protagonistes. Fin se rappelle avec nostalgie de son enfance, des quatre-cent coups qu'il a pu faire avec ses camarades d'école, des premières ivresses et du temps où Marsaili et lui étaient inséparables. Chômage, alcoolisme, obésité, dépression...Voir ce que sont devenues ces personnes lui fait mal au cœur. Fin se souvient aussi de son périple sur An Sgeir, un rocher perdu au milieu de l'Atlantique Nord où les hommes de son village vont une fois par an chasser le guga (terme gaélique désignant un jeune fou de Bassan) comme on va en pèlerinage. Cette tradition séculaire et périlleuse se poursuit malgré l'activisme des défenseurs des animaux, et Fionnlagh va à son tour se rendre sur l'île des chasseurs d'oiseaux pour la première fois.

 

« Voilà bien une chose à laquelle il n'avait pas pensé depuis des années. Guga était le terme gaélique pour désigner un jeune fou de Bassan, un oiseau que les hommes de Crobost chassaient lors d'un voyage de deux semaines qui avait lieu chaque mois d'août et qui les menait sur un caillou, à une centaine de kilomètres au nord-ouest de la pointe de Lewis. Ils l'appelaient An Sgeir. « Le rocher », tout simplement. Des falaises de cent mètres, battues par les tempêtes, qui émergeaient de l’océan. Chaque année, à cette période, elles étaient envahies par des fous de Bassan, venus nidifier, et leur petits. C'était l'une des plus importantes colonies de fous de Bassan au monde et, depuis plus de quatre siècles, les hommes de Ness y faisaient un pèlerinage, affrontant les mers déchaînées sur des barques, afin de ramener leurs prises. Maintenant, il s'y rendaient à bord d'un chalutier. Douze hommes de Crobost, le dernier village de Ness à perpétuer la tradition. Ils passaient quatorze jours sur le rocher, à la dure, escaladant les falaises par tous les temps, au risque de leur vie, pour piéger puis tuer les oisillons dans leurs nids. À l'origine, le voyage était motivé par la nécessité de nourrir les villageois restés à terre. Désormais, le guga était surtout un mets de choix, très recherché sur l'île. La loi limitait les prises à deux mille oisillons, une exception inscrite dans la loi pour la protection des oiseaux qui avait été votée par la Chambre des communes à Londres, en 1954. Pour qu'une famille puisse espérer manger du guga, il fallait donc qu'elle ait de la chance, ou d'excellentes relations. »


L'enquête est volontairement lente, elle piétine, avance par à-coups, avant que tout ne s'accélère dans les dernières pages. Les rebondissements y sont nombreux, spectaculaires et imprévisibles, même si certaines révélations peineront peut-être à convaincre les lecteurs les plus sceptiques.

Avec L'île des chasseurs d'oiseaux, Peter May signe à la fois un roman policier efficace et une superbe déclaration d'amour à l'île de Lewis, qu'il semble connaître mieux que personne. Les lecteurs emballés par cette virée dans les Hébrides pourront retrouver Fin McLeod dans d'autres enquêtes, L'homme de Lewis et Le braconnier du lac perdu.

 

 

 

L'île des chasseurs d'oiseaux (The Blackhouse, 2009), de Peter May, éditions du Rouergue (2009), Traduit de l'anglais (Écosse) par Jean-René Dastugue, 374 pages.

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11 avril 2013 4 11 /04 /avril /2013 16:31

Back Up est un roman du Belge Paul Colize publié par La Manufacture des livres en février 2012.

Il est récemment paru en poche en Folio Policier.
Il faisait partie des finalistes du Prix Polars Pourpres 2012.

 

 

http://www.lamanufacturedelivres.com/le_site/Back_up_files/droppedImage.jpgRésumé

 

Berlin, 1967.
Les membres du groupe de rock Pearl Harbor décèdent les uns après les autres à différents endroits et dans différentes circonstances. A priori, rien de suspect. Ce n'est pas l'avis du batteur remplaçant du groupe, qui sait que les quatre musiciens venaient de terminer un enregistrement, dont il ne reste d'ailleurs aucune trace, et qu'ils étaient partis en vacances chacun de leur côté avec une grosse somme d'argent.
Bruxelles, 2010.
Un colosse est renversé par une voiture. L'homme ne meurt pas mais sombre dans le coma. Problème : il n'a aucun papier sur lui et sa disparition n'a pas été signalé. Personne ne sait qui il est.

 

 

Mon avis

 

Autant le dire de suite, Back Up m'a beaucoup plu. Mais sans doute plus pour la part qu'y occupe la musique, pour la plongée dans les années 1960, et pour ses personnages que pour l’intrigue policière elle-même.

« Nous sommes rentrés à la maison avec le disque de Chuck Berry. Ma mère a déclaré qu'elle n'allait rien rapporter à mon père, qu'elle lui raconterait que j'étais invité chez un copain samedi après-midi et que nous écouterions le disque le jeudi suivant.

Je n'étais pas conscient du risque qu'elle prenait en taisant mes mésaventures à mon père.

[…]

Le jeudi suivant nous avons sorti le disque de sa cachette. Nous sommes allés dans le salon, ma mère et moi, et avons ouvert le tourne-disque.

C'était un meuble monumental qui combinait une radio et un tourne-disque. Il sentait le bois frais et la cire d'abeille. La platine était équipée d'un système qui permettait de déposer plusieurs 45 tours l'un sur l'autre pour éviter de devoir faire des allées et venues. Un écusson métallique était fixée sur le couvercle, avec un chien-assis devant un vieux phonographe.

Nous avons déposé le disque et enclenché le mécanisme.

Dès les premiers accords, un fourmillement a parcouru mon corps. J'ai ressenti une irrésistible envie de me lever, de bouger, de gesticuler, de remuer mon cul et tout ce qu'il y avait moyen de remuer. Je ne comprenais pas pourquoi ces quelques notes provoquaient un tel effet.

C'était ça le rock'n'roll.

J'ai monté le volume. La guitare de Chuck m'emportait.

Ma mère s'est mise, elle aussi, à remuer le derrière. Mon frère est arrivé, l'air ébahi, en se demandant ce qui se passait. Il s'en est mêlé.

Nous nous sommes retrouvés tous les trois au milieu du salon, à danser comme des sauvages. Nous avons poussé le volume au maximum. Nous riions, nous criions, nous en avions mal au ventre.

Ce jour-là, le rock est entré dans ma vie pour ne plus en sortir.

De cet après-midi-là, je garde l'un des plus beaux souvenirs de ma vie. Maman dans sa si jolie robe jaune qui dansait le rock'n'roll en riant aux éclats. »

La musique, et en particulier le bon vieux rock'n'roll, est omniprésente au fil des pages, et ce pour notre plus grand plaisir. En plus, elle est loin d'être accessoire : le narrateur est batteur de rock, sa copine est chanteuse, et surtout, l'intrigue ne serait rien sans la musique, mais chut... n'en disons pas trop. Paul Colize aime cette musique, cela se sent, et il ne manque pas de nous délivrer de nombreuses références musicales au passage, que l'on retrouve compilées en fin d'ouvrage.

 

Avec les personnages musiciens et leur entourage, on (re)vit les nuits folles des années 1960, notamment celles de Berlin. Au programme : sexe, drogue, rock'n'roll, ainsi qu'une pincée de nostalgie pas déplaisante.

« La période la plus mouvementée de ma vie a commencé ce soir-là pour se terminer quelques semaines plus tard avec l'entrée de Mary dans ma vie.

Ce furent des semaines de folie. Nous passions notre temps à courir comme des dératés, à dépenser en une heure l'argent que nous gagnions en une semaine, à suivre des concerts et à nous précipiter dans la cave pour rejouer ce que nous avions entendus.

Nous passions notre temps à faire du rock, à parler de rock, à boire, à fumer et à avaler des centaines de pilules.

C'était futile et destructeur. Avec le recul je garde pourtant de cette période la sensation que j'étais devenu moi-même.

Birkin et moi formions une paire déjantée, dépareillée et indestructible. Il a été l'un des rares cadeaux que le ciel m'a offerts. Il m'a appris la beauté et la richesse de l'amitié. […] Quand je pense à lui, mon regard se trouble et mon cœur s'emballe. »

 

L'intrigue n'est pas forcément exceptionnelle d'originalité et certains rebondissements peineront sans doute à convaincre les lecteurs les plus difficiles. Pour autant l'ensemble est rendu très prenant par Paul Colize, notamment par l'utilisation d'une construction intéressante alternant astucieusement les différents points de vue et les époques (passé et présent).

Back Up offre donc au final un très bon moment de lecture, parfois émouvant. Paul Colize réussit à faire d'une pierre deux coups : un bon polar et un superbe hommage à la musique des sixties, à l'âge d'or du rock'n'roll.

 


 

Back Up, de Paul Colize, La Manufacture des livres (2012), 425 pages.

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28 mars 2013 4 28 /03 /mars /2013 18:54

Grrr... je me rends compte que j'ai encore réussi à ne rien poster ici pendant plus de deux semaines ! Ça ne va pas du tout, il va falloir se ressaisir !

 

Miséricorde (Kvinden I Buret, 2007), est le premier roman du Danois Jussi Adler-Olsen a avoir été traduit en français. Publiée initialement chez Albin Michel en 2011, cette première enquête de Carl Mørck (et du Département V.) est depuis parue au Livre de poche.
Le roman faisait partie des finalistes du Prix Découverte Polars Pourpres.


http://polars.pourpres.net/img/?http://multimedia.fnac.com/multimedia/FR/images_produits/FR/Fnac.com/ZoomPE/9/3/9/9782226229939.jpgRésumé

 

Il y a de cela cinq ans, Merete Lyyngaard, l'une des femmes politiques les plus en vue du Danemark, jolie et promise a une belle carrière – la presse l'évoquait même comme possible Premier ministre – a disparu du jour au lendemain sans laisser la moindre trace. La dernière fois qu'elle a été aperçue, c'était sur un bateau. Alors à défaut de véritable piste on a parlé de fuite à l'étranger ou de suicide dans la mer. L'affaire a d'abord fait couler beaucoup d'encre, avant d'être reléguée au second plan puis quasiment oubliée.
Lorsque l'on impose à Carl Mørck de travailler dans une nouvelle unité chargée d'enquêter sur des affaires délaissées, il choisit d'emblée de se replonger dans ce dossier médiatique. Il se rend compte que l'enquête de l'époque à été un peu bâclée et découvre de nouveaux éléments.


Mon avis

Disons le tout de go. Si ce roman n'avait pas été au nombre des finalistes du Prix Découverte Polars Pourpres, je pense bien que je ne l'aurais jamais ouvert. Si j'en avais entendu parler, ce n'était pas une de mes priorités. Et il y a déjà tellement à lire...
Toujours est-il que je l'ai lu et que si je ne vais pas crier au chef-d'œuvre, loin de là, je dois bien dire qu'il ne m'a pas déplu. Tant mieux.


L'intrigue n'est pas des plus exceptionnelles. Elle sent même le déjà lu/vu. La personne disparue depuis longtemps qui est en faite bien vivante mais retenue prisonnière et torturée, c'est pas d'une originalité folle. Non, ne criez pas au spoiler, on le sait dès le début et l'éditeur l'explique même en quatrième de couverture. Le suspense n'est pas non plus à couper le souffle mais l'on se prend quand même au jeu d'essayer de comprendre comment Merete, qui nous est présentée comme une quasi sainte, à réussi à se mettre quelqu'un à dos à tel point qu'il ne semble rien attendre d'autre de la vie que le plaisir de la voir souffrir.

 

« Malgré ses prévisions pessimistes, la faible lueur persista. Elle distinguait les contours de la pièce et le lent amaigrissement de ses membres. Cette situation, qui pouvait rappeler le noir diffus d'un hiver, dura près de quinze mois, après quoi, tout changea radicalement de nouveau.

Ce fut le jour où elle vit pour la première fois des ombres derrière les vitres des miroirs.

Elle était en train de penser à des livres. Elle y pensait souvent pour éviter d'imaginer la vie qu'elle aurait pu avoir, si seulement elle avait fait des choix différents pour son existence. Penser aux livres la transportait dans un autre monde. Le seul fait de se représenter la sécheresse et la douce texture du papier allumait en elle une flamme de nostalgie. Elle retrouvait l'odeur de la cellulose et de l'encre d'imprimerie évaporée. Mille fois, elle s'était réfugiée en pensée dans sa bibliothèque imaginaire, pour en sortir le seul de tous les livres au monde dont elle était certaine de se souvenir parfaitement et dont elle n'avait pas besoin d'inventer la fin. Ce n'était pas le livre dont elle avait le plus envie de se souvenir, ni celui qui lui avait fait la plus grande impression, mais c'était le seul qui restait intacte dans sa mémoire martyrisée, grâce à des souvenirs bénis de rires sans contrainte.

Sa mère le lui avait lu et Merete l'avait lu à Oluf, et à présent, dans le noir, elle se le relisait toute seule. »

De fait, le point fort de ce roman est plutôt à aller chercher du côté de ses personnages. En plus de Merete, la jeune femme politique enfermée pour de sombres raisons donc, Jussi Adler-Olsen parvient à donner vie à un certain nombre de protagonistes pas inintéressants. Merete n'a pas de vie sentimentale et se consacre entièrement à la politique et à Oluf, son petit frère handicapé mental, qui n'a plus qu'elle depuis la mort de leurs parents dans un accident de voiture.
Du côté des enquêteurs, nous faisons la connaissance de Carl Mørck, qui a été un bon policier mais qui est complètement détruit, en dépression, depuis l'opération policière qui a débouché sur la mort d'un de ses coéquipiers et la paralysie de son binôme, Hardy. Mørck, qui n'y pouvait pas forcément grand chose, ne peut se défaire d'un sentiment de culpabilité profond envers son collègue, coincé dans un lit d'hôpital car atteint du « locked-in syndrom ». Il se rend donc souvent voir Hardy et souffre de voir son ami se laisser mourir...

Le personnage d'Hafez el Assad est lui aussi intéressant. Ne pouvant faire face seul à la charge de travail que lui demande ses supérieurs dans le cadre de l'ouverture du nouveau Département V., Mørck demande de l'aide. On lui met donc dans les pattes ce réfugié syrien à peine bilingue qui doit initialement passer le balai, lui faire du café et l'aider à ranger ses dossiers. Hafez se révèle vite très intelligent, ce que ne manque pas de constater Mørck, qui lui confie peu à peu des tâches de police digne d'un véritable adjoint. De nombreuses zones d'ombre existent quant au passé d'Hafez, dont il ne veut rien dire. M'est avis qu'on en saura plus dans les prochains romans. Plutôt prometteur tout ça...

 

« Dans le bureaux de l'administration, on passe plus de temps à remplir des formulaires idiots qu'à aider nos concitoyens, tu savais ça Carl ? Je voudrais bien y voir les prétentieux qui nous gouvernent. S'ils étaient obligés de remplir des formulaires pour avoir leurs dîners gratuits, leurs chauffeurs gratuits, leur logement gratuit, leurs indemnités journalières, leurs voyages gratuits, leur secrétaire gratuite et tout le tremblement, ils n'auraient le temps ni de manger, ni de dormir, ni de voyager, ni de rouler en voiture, ni de faire quoi que ce soit. Imagine un peu : si notre Premier Ministre, avant les réunions, était obligé de mettre une croix devant le sujet qu'il allait aborder avec ses ministres ! En trois exemplaires, imprimés à partir d'un ordinateur qui ne fonctionne qu'un jour sur deux. Et si on le forçait à faire valider son texte par un fonctionnaire quelconque avant d'en parler Je suis sûre qu'il en mourrait ! »

[…] Plus de la moitié des citoyens danois auraient aimé se débarrasser du Premier Ministre, et il en serait de même demain, après-demain, et jusqu'au jour où l'on aurait remédié à tous les maux qu'il avait déversé sur le pays et sur ses citoyens. Cela prendrait des décennies. »

 

Au final, si ce Miséricorde n'est pas non plus exceptionnel il n'en demeure pas moins un honorable roman de procédure policière et une agréable lecture. Lire la suite ne sera pas pour moi une priorité, mais pourquoi pas...
Pour information, il y a déjà deux autres enquêtes du Département V. parues chez Albin Michel : Profanation et Délivrance.



Miséricorde (Kvinden I Buret, 2007), de Jussi Adler-Olsen, Albin Michel (2011). Traduit du danois par Monique Christiansen, 489 pages.

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11 mars 2013 1 11 /03 /mars /2013 15:26

Flic ou caillera est un roman noir de Rachid Santaki paru il y a quelques jours aux éditions du Masque.


http://rachidsantaki.com/wp-content/uploads/2012/12/Flic-ou-caillera-Visuel.jpegRésumé

 

Octobre 2005.
Zyed et Bouna, deux ados, trouvent la mort après s'être réfugiés dans un transformateur électrique alors qu'ils étaient poursuivis par la police. Toute la banlieue s'enflamme, Clichy et Aulnay en tête.
A Saint-Denis, c'est à peine plus calme. C'est là que vit Mehdi Bassi, vingt-deux ans, employé au service courrier de l'Agence du médicament le jour, graffeur la nuit. À cause de l'un de ses frères tombé pour deal, il a des problèmes avec les Bensama, les caïds de la drogue.
Il va faire la rencontre de Najet Iker, une jeune flic beur qui n'en peut plus de ses collègues ripoux et ne souhaite rien de plus que de faire tomber le clan Bensama.


Mon avis

« Saint-Denis se divise en trois zones. La première partie, historique. Ses monuments incontestables : la basilique, son musée d'histoire, le lycée de la légion d'honneur, son stade de football, connu à travers toute la planète. Le fameux France-Brésil, vestige d'une France qui réussit, se réunit. La popularité du site est telle qu'on assimile Saint-Denis à Paris. La seconde partie, son bassin économique. La victoire de la France a fait exploser le prix du mètre carré. Les entreprises ont poussé comme des champignons, séduites par la proximité du territoire avec la capitale et ses accès aux transports. Saint-Denis et son quartier, La Plaine, sont rapidement devenus avec La Défense, Issy-les-Moulineaux, un vivier d'entreprises : Général Lee, SNCF, Damsung, DHL... Le troisième pôle d'affaires en France. Les logements neufs, en location ou en accession à la propriété, ont remplacé les vieilles habitations insalubres. La troisième zone enfin, c'est son côté obscur. La frontière invisible entre le Saint-Denis qui réussit et celui qui survit se situe à la Porte de Paris. Le boulevard Marcel Sembat vous mène tout droit dans les bas-fonds de la zermi. Ses toxs, ses drogues. Ses crasses, ses puanteurs. Chassés de Paris, réfugiés dans des squats. Les centaines d'oubliés, dépendants au dérivé de cocaïne, s'entassent, inhalent la mort pour embraser quelques minutes de bonheur. Le kiffe. Saint-Denis c'est aussi des bidonvilles. Les taudis fabriqués par les roms avec les déchets en bois, en métaux, en textile. Postés aux carrefours de la ville pour une pièce ou sur les lignes pour gratter au cœur de Paris de quoi se laver et manger. […] La misère humaine et l'argent ont en commun un code postal : 93 200. »


Après Les anges s'habillent en caillera et Des chiffres et des litres (que j'ai raté à sa sortie), parus aux éditions Moisson Rouge, on retrouve Rachid Santaki au Masque avec ce Flic ou caillera, troisième volet de la série de romans noirs mettant en scène sa Seine-Saint-Denis. Comme dans les opus précédents, l'auteur écrit dans le langage local, mêlant de manière plus vraie que nature arabe, verlan et argot (un glossaire figure en début d'ouvrage, pour ceux qui n'entravent queud au parler du ter-ter). Si cela pourra peut-être gêner quelques lecteurs, au moins en début de lecture, ce choix judicieux et quelque peu osé apporte un vrai plus. Et puis parler des problèmes actuels du 9-3 dans une langue de Molière précieuse aurait été un peu ridicule. En effet, plus qu'un décor, Saint-Denis est ici le vrai personnage principal.

 

« Le zoo, local, lieu de vie, où je m'isole pour réaliser mes fresques. C'est un entrepôt de la SNCF, abandonné. Des drogués venaient ici. Un jour, on a décidé avec Julien de récupérer les lieux. On a chassé les toxs avec des barres de fer. Ils n'ont pas bronché, on était trop déterminés. On a passé des soirées à squatter quand on en avait marre de la cité. Je venais seul au début, mon pote m'a rejoint. Il vient ici pour ses trafics. Julien y vide parfois le contenu de ses vols. La police ne vient pas ici, c'est scred. Endroit sale. J'peins une fresque sur 93 Hardcore, son vénère de Tandem, binôme d'Aubervilliers. Au centre de ma toile, des trains, la gare avec des zombies. J'ai dessiné un bubble, lettrage arrondi. Des personnages, trois jeunes, représentant mes refrés. Ma mère, sur un quai, une pierre tombale avec le nom de mon père, Bassi. Ses dates de naissance et de décès. Je place un 93 Hardcore. Je bouge la tête sur le beat, les punchlines saignantes des deux rappeurs. Mon pinceau lèche la toile. La peinture pénètre le tissu. Je kiffe de croquer Saint-Denis, reflétant ma noire life. Le seum monte en moi. Le morceau de Mac Tyer et Mac Kregor rappent ce quotidien, ce département dur, plein de rage, rien de sage. Les parcours parlent d'eux-mêmes. Mon frère a choisi de suivre les Bensama, mon autre frère, le cinéma, Julien fait des chouarras, moi à étouffer dans cette vie, nos cités cramées. La peinture, peut-être mon issue, peut-être pas. »

 

À travers les parcours de Mehdi et Najet, Rachid Santaki nous parle de l'importance de sa famille et de ses origines. Le jeune keum peine à aider sa daronne à surmonter les épreuves de la life : un mari mort, un gamin en taule, des impayés qui s'accumulent. Quant à la seconde, née accidentellement d'un coup d'un soir entre un flic réputé et une prostituée et ayant été élevée en famille d'accueil, elle cherche sa voie, en essayant de suivre celle de ce père qu'elle n'a pour ainsi dire pas connu. Les deux protagonistes, intéressants, ont en commun de vivre dans l'incertitude et la solitude et d'être confrontés quotidiennement à la violence et à la drogue.

 

La musique, et en particulier le rap (qu'il soit français ou cainri) est très présente et l'auteur propose en fin d'ouvrage une « bande-son » pour retrouver les morceaux écoutés par les personnages au fil des pages. Signalons aussi quelques beaux passage sur la boxe thaïe, que Rachid Santaki connaît bien, et un clin d’œil à Dominique Manotti, l'une des rares autres auteurs à avoir écrit des polars réalistes sur la banlieue.

 

Avec Flic ou caillera, Rachid Santaki nous offre un nouveau roman noir, efficace et rageur, plongeant le lecteur en plein cœur de la « tess ».

 


Flic ou caillera, de Rachid Santaki, Le Masque (2013), 274 pages.

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8 mars 2013 5 08 /03 /mars /2013 18:37

En attendant de nouvelles chroniques (ça craint, c'est pendant les vacances que je trouve le moins le temps de lire et d'écrire, c'est ouf ! Y en a quand même une qui arrivera dans quelques minutes, promis...), voici les résultats de l'édition 2012 du Prix Polars Pourpres (ou plutôt des Prix Polars Pourpres puisqu'il y a désormais deux catégories, voir ici).

 

Dans la catégorie-reine, les finalistes étaient :

- Les fantômes du delta, d'Aurélien Molas (Albin Michel)
- Des fauves et des hommes, de Patrick Graham (Anne Carrière)

- Back Up, de Paul Colize (La Manufacture des livres)

 

La lutte a été acharnée et c'est finalement le seul roman que je n'ai pas encore lu pour l'heure qui l'emporte d'un cheveu. Patrick Graham égale par la même occasion Franck Thilliez, seul auteur qui avait jusque là remporté trois fois le Prix Polars Pourpres.
 

http://rivieres.pourpres.net/divers/fauves_ppp2012.jpg

 

Les finalistes de la catégorie Découverte étaient :

 

- Les larmes d'Aral, de Jérôme Delafosse (Robert Laffont)

- Miséricorde, de Jussi Adler Olsen (Albin Michel)
- La vérité sur l'affaire Harry Quebert, de Joël Dicker (Editions De Fallois / L'Âge d'Homme)

- Les talons hauts rapprochent les filles du ciel, d'Olivier Gay (Le Masque)

 

Il n'y a pas eu photo dans cette catégorie, les suffrages ayant très majoritairement désigné vainqueur le Suisse, déjà lauréat du Grand Prix du Roman de l'Académie Française et du Goncourt des Lycéens pour ce même roman, de très bonne facture, et dont je vous avais déjà parlé ici-même.

http://rivieres.pourpres.net/divers/harry_quebert_pdpp2012.jpg


De belles sélections avec des romans efficaces et/ou émouvants dont je me souviendrai pour la plupart longtemps. Les chroniques de certains d'entre eux sont déjà disponibles dans les pages de ce blog. Les autres ne sauraient tarder...

Félicitations aux lauréats mais aussi à tous les finalistes. Et un grand merci à tous les lecteurs qui ont participé et font vivre ce prix d'année en année.


Vivement l'an prochain pour une nouvelle édition !

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21 février 2013 4 21 /02 /février /2013 18:08

Les mannequins ne sont pas des filles modèles est le troisième roman d'Olivier Gay, paru au Masque ce mois-ci. Depuis  Les talons hauts rapprochent les filles du ciel, il a en effet publié un roman de fantasy, Le Boucher, aux Éditions Midgard-Lokomodo (que je n'ai pas lu).

 

 

http://polars.pourpres.net/img/?http://sphotos-c.ak.fbcdn.net/hphotos-ak-ash3/p206x206/560688_10151232484523256_77157480_n.jpgRésumé

 

Une fois n'est pas coutume, Moussah, le pote de Fitz et Deborah, est en couple depuis quelques semaines. Avec un mannequin en plus, une ravissante métisse. Tout ça était trop beau. Alors qu'elle devait participer à un concours qui allait peut-être changer sa vie, la magnifique Cerise disparaît sans laisser de traces, et les pépins ne font que commencer pour le trio de noctambules invétérés. Puisqu'il semblerait qu'elle ne soit pas partie de son plein gré, qui pourrait bien avoir un intérêt à enlever la jeune femme ? L'une de ses concurrentes top model peut-être ?

 

Mon avis

 

« - Tu prends toute cette histoire très au sérieux, dis-moi.

- Bien sûr ! Pour toi, tout ça, c'est des paillettes, mais c'est mon job et c'est ma vie. Si je ne gagne pas cette élection, si je ne deviens pas Miss Podium, je peux faire une croix sur ce métier. C'est comme si je me faisais licencier sans indemnité. Comment est-ce que tu le vivrais, toi, si tu perdais ton boulot ?

Je dus reconnaître du bout des lèvres que ce serait ennuyeux, bien sûr. Est-ce qu'ils proposaient des ruptures conventionnelles chez les narcotrafiquants ?
J'étais en train de me demander pourquoi j'étais venu lorsqu'elle se pencha pour récupérer un dossier sous le meuble. Mes yeux se figèrent sur la toile tendue de son jean. Ah oui, voilà pourquoi. »


On retrouve donc avec entrain le personnage de John-Fitzgerald, a.k.a. « Fitz », que d'aucuns ont déjà pu apprécier dans  Les talons hauts rapprochent les filles du ciel. On ne change pas une équipe qui gagne, aussi Olivier Gay reprend dans Les mannequins ne sont pas des filles modèles les mêmes ingrédients que ceux utilisés pour son premier roman récompensé. Voici donc un nouvelle aventure rocambolesque du don Juan dealer de coke dans les soirées de la capitale. Ce coup-ci, Fitz et Deborah sont bien décidés à tout faire pour aider leur ami Moussah à retrouver sa dulcinée sans faire intervenir la police. Et ce par tous les moyens, comme l'infiltration d'une agence de mannequinat. Mais Fitz, maladroit comme pas deux, est loin d'être une taupe modèle, et notre trio n'est pas au bout de ses peines.

 

« Un rapide regard sur mon radio-réveil me confirma : minuit quarante. […]

Ce fut à ce moment-là qu'on frappa à la porte.

Je m'immobilisai à mi-chemin de la salle de bains, tout les sens au aguets.

On frappa de nouveau. Par terre, Deborah grogna et se roula en boule. Je n'attendais personne à cette heure-ci, et je ne voyais pas quelle visite pourrait me faire plaisir. Il n'y a guère que dans les films que des femmes viennent sonner en porte-jarretelles en expliquant que leur douche est en panne. Et encore, seulement certains films. »


Comme dans le premier opus, le plaisir de lecture est permanent. L'action et le suspense sont au rendez-vous, avec quelques rebondissements bien sentis au programme. Les personnages sont toujours aussi délurés et sympathiques. Plus encore, l'humour est omniprésent, et le sourire quitte rarement les lèvres du lecteur.

 

« Tu sais quoi, Mouss, les filles, c'est comme la vodka.
Il me regarda stupidement, le regard encore embrumé de sommeil.
- Quoi, c'est des patates fermentées ?
- Non, mais ça donne vraiment mal au crâne le matin. »

 

Olivier Gay ne s'interdit aucun jeu de mots et (s')amuse dès qu'il le peut (et ça ça me plaît ^^) : dans les dialogues, dans les situations « abracadabrantesques » dans lesquelles se fourrent les protagonistes, Fitz le premier, et même dans les descriptions.

 

« Un mètre quatre-vingts, un visage d'ange et des côtes saillantes ? Si elle n'était pas mannequin, elle revenait d'un séjour sportif au Darfour. »

C'est donc avec plaisir et bonne humeur que l'on renoue avec les aventures de Fitz. Ce second titre, aussi enlevé et enjoué que le précédent est un petit régal. Espérons qu'il en appelle d'autres.

 


 

Les mannequins ne sont pas des filles modèles, d'Olivier Gay, éditions du Masque (2013), 348 pages.

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14 février 2013 4 14 /02 /février /2013 14:08

Froid mortel (Sankta Psyko) est le quatrième roman du Suédois Johan Theorin.

 

 

http://polars.pourpres.net/img/uploads/51cT8799+DL.jpgRésumé

 

Valla, Suède.
Jan Hauger est embauché à La Clairière, une « maternelle » (il ne faut plus dire crèche) couplée à un centre de détention psychiatrique et destinée à accueillir les têtes blondes des patients internés. Les employés du jardin d'enfants n'ont pas le droit d'accéder à l'hôpital, et inversement, les bambins passant par une espèce de sas pour aller d'un bâtiment à l'autre visiter leur parent enfermé.
D'étranges choses se passent de l'autre côté et Jan Hauger est bien décidé à en savoir plus. Mais attention, la curiosité est un vilain défaut...

 

Mon avis


On commençait à bien connaître Johan Theorin pour sa série de romans consacrés à l'île d'Öland et mettant en scène, comme en fil rouge, le vieux Gerlof Davidsson. L'heure trouble, L'écho des morts et Le sang des pierres, trois petits bijoux de roman d'atmosphère embarquant illico le lecteur dans les brumes de la campagne scandinave, avaient fait forte impression.

 

Bien que Froid mortel se déroule aussi en Suède, changement radical d'ambiance. Le dossier de presse parle d'un « thriller sombre et machiavélique » et évoque Shutter Island et Vol au-dessus d'un nid de coucou. Forcément, avec de telles références, une attente se crée. Si l'on ne peut que saluer la volonté de l'auteur de sortir, pour une fois, de son cadre habituel, la déception est au rendez-vous.

 

Même avec beaucoup de bonne volonté, bien difficile de s'attacher au personnage de Jan, aussi charismatique qu'une huître morte. L'un des principes du thriller étant de faire « frissonner » le lecteur de concert avec le protagoniste, c'est déjà mal parti. Bien qu'on en apprend peu à peu sur le (trouble) passé de Jan et sur ses motivations (pas forcément toujours très avouables), le livre met de plus beaucoup de temps à s'installer. L'auteur a lu/vu des thrillers à l'américaine, cela se sent. Il essaie de reproduire le modèle – un serial killer par-ci, une lampe-torche qui s'éteint au mauvais moment faute de piles par-là – mais la sauce ne prend pas vraiment. Le suspense n'est que relatif et il faut attendre le dernier tiers du livre pour commencer à s'intéresser au sort des personnages.

Malgré quelques rebondissements bienvenus, le dénouement, en demi-teinte, achève de laisser le lecteur sur sa faim. On retiendra quand même certaines réflexions intéressantes, sur la solitude par exemple, et quelques beaux passages – Theorin a une vraie plume, c'est indéniable.


Beaucoup d'attente au départ, et une réelle déception à l'arrivée pour ce nouveau Johan Theorin. Après cette tentative de thriller psychologique guère convaincante, espérons que le Suédois revienne à ce qu'il sait faire de mieux : les romans d'atmosphère se déroulant sur l'île d'Öland (ou pas d'ailleurs). Rendez-nous Gerlof !

 


 

Froid mortel (Sankta Psyko, 2011), de Johan Theorin, Albin Michel (2013). Traduit du suédois par Rémi Cassaigne, 448 pages.

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31 janvier 2013 4 31 /01 /janvier /2013 16:21

Cherche jeunes filles à croquer est un roman de Françoise Guérin paru il y a quelques semaines aux Éditions du Masque.

 

 

http://polars.pourpres.net/img/uploads/41Mnjw9s-RL.jpgRésumé

 

Plusieurs jeunes filles ont disparu ces derniers mois dans la région de Chamonix. Les gendarmes pensent d'abord à des fugues – certaines d'entre elles sont coutumières du fait – avant de se rendre compte que les adolescentes ont toutes en commun d'avoir été soignées à un moment ou un autre dans la même clinique pour des troubles alimentaires sévères. Le commandant Éric Lanester est spécialement dépêché de la capitale pour établir s'il peut s'agir d'enlèvements en série. Seulement, aucun signe des anorexiques disparues, les indices sont maigres.

 

Mon avis


« Je marche le long de l'Arve aussi tumultueux et opaque que le flot de mes pensées. À quoi est-ce qu'on se tient, dans la vie ? À son boulot ? À son savoir ? À l'image qu'on renvoie à l'autre ? Ou bien à son histoire ? Et quand l'histoire est branlante, on fait comment ? Je songe à Carla et à sa carapace de muscles soigneusement entretenue, à Bertrand qui ne jure que par Excel, à Marc calé contre son mur, agrippé à son calepin la mine défaite. Le mur est le meilleur ami du lieutenant Bazin !

Et à moi, cramponné à mon analyste comme un nourrisson à sa mère... »

 

Quelques années après l'avoir quitté – À la vue, à la mort était paru en 2007 – voici donc le retour aux affaires du commandant Lanester, encore éprouvé par sa dernière enquête. Sujet à des angoisses chroniques, il a besoin d'être régulièrement en contact avec sa psychanalyste pour pouvoir tenir le choc. Lorsqu'on lui fait savoir qu'il doit quitter Paris pour une durée indéterminée, c'est le drame. Surtout qu'il apprend une fois arrivé dans la vallée du Mont-Blanc qu'il doit collaborer avec la gendarmerie, et que le contact ne passe pas avec le commandant Pierrefeu. Quand bien même, Lanester et ses hommes parviennent à découvrir quelques éléments qui avaient échappé à la vigilance des gendarmes. L'enquête prend forme mais risque d'être fastidieuse tant les suspects potentiels ne manquent pas.

 

« Je me plonge dans mes notes du matin. Tous mes carnets comportent deux entrées. Face A, je note les informations recueillies sur le terrain et tout ce qui concerne l'affaire en cours. La face B me sert à consigner toutes les pensées bizarres qui me passent par la tête. Au fil des ans, j'ai appris l'importance qui surgit à l'improviste, en marge de l'enquête : idées absurdes, associations étranges, mots et images sans lien apparent. Il n'est pas rare que cette collection hétéroclite contribue à l'élaboration du profil psychologique qu'on attend de moi.

Je recense les suspects possibles avant d'appeler l'Identité Judiciaire. Marion Cazeneuve, qui dirige le service depuis peu, a débuté comme stagiaire à mes côtés. Elle rit en m'entendant dicter ma trop longue liste.

- Tout ça, commandant ? C'est pour une affaire ou vous nous faites un petit coup de paranoïa ?

- À ton avis ?

- Hum... mon maître à penser, dans ce métier, répétait toujours : « Quand on a plus de trois suspects dans une enquête, c'est qu'on s'y prend comme un manche ! »

Ouais... Pourquoi c'est toujours les conneries que je dis qu'on retient pour la postérité ? »


En plus du commandant Lanester, on retrouve avec plaisir sa fine équipe, qu'il a pu amener avec lui dans les Alpes : l'efficace Carla ; Bazin, le procédurier ; et Fog, qui a du mal à suivre le rythme sauf quand il s'agit d'informatique. On renoue également avec l'écriture de Françoise Guérin, tantôt précise s'agissant de l'enquête, tantôt poétique lorsqu'il s'agit de sonder les états d'âme de ses personnages, Lanester en tête. L'humour est assez présent, dans les dialogues notamment, ce qui est appréciable, car l'histoire est très sombre par ailleurs. L'auteur, psychologue clinicienne dans le civil, met en effet à profit son expérience professionnelle pour nous décrire les terribles tourments de ces jeunes filles atteintes d'anorexie mentale.

Les ultimes rebondissements peineront peut-être à convaincre les lecteurs les plus exigeants. Nonobstant, Françoise Guérin propose avec Cherche jeunes filles à croquer un polar procédural de bonne facture, efficace et très documenté.

 


 

Cherche jeunes filles à croquer, de Françoise Guérin (2012), Éditions du Masque, 392 pages.

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