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Vendredi 26 juin 2009
Little Bird, publié par les éditions Gallmeister est le premier roman de Craig Johnson traduit en France. C’est également la première enquête du shérif Walt Longmire.


Résumé

Cody Pritchard est retrouvé mort en pleine nature, près de la réserve cheyenne. Nombreuses sont les personnes à détester le jeune homme après qu’il a abusé de Melissa Little Bird. Surtout depuis qu’un jury composé de blancs lui a permis de retrouver sa liberté malgré le viol de la jeune indienne.
Un accident de chasse ? Une vengeance ? C’est ce que l’enquête devra révéler. Celle-ci est conduite par celui qui représente la loi sur le comté d’Absaroka :  l’atypique shérif Walt Longmire, qui n’attendait plus que la retraite après un quart de siècle de bons et loyaux services.


Mon avis

« Les moutons s’en étaient donné à cœur joie. La veste orange était déchirée à l’endroit  où ils avaient essayé de la bouffer, les manches de sa chemise de flanelle étaient en loques, et même ses bottes donnaient l’impression d’avoir été grignotées. Ils avaient dormis couchés sur lui, récupérant les dernières parcelles d’énergie de feu Cody Pritchard à mesure que son corps refroidissait. Enfin, au grand dam des types du labo, ils avaient chié sur le cadavre.
Je tendis le bras vers les moutons au pied de la colline.
-    J’imagine que tu va vouloir interroger les témoins. »


L’intrigue est assez classique mais captivante, Craig Johnson distillant indices contradictoires et rebondissements de manière à ne pas laisser d’autre choix au lecteur que de poursuivre jusqu’à un dénouement émouvant et inattendu.

« Son ton était hésitant et j’étais certain qu’il y avait quelque chose à creuser, là. Alors, j’avais utilisé un de mes vieux trucs de flic et je lui avais demandé s’il n’y avait pas quelque chose qu’elle voulait me dire. Elle avait utilisé un de ses vieux trucs de mère et m’avait répondu non. Les trucs de flics ne font pas le poids devant les trucs de mère. »

Si l’intrigue n’est pas aussi secondaire que dans bien des romans noirs, je pense que la réussite de l’auteur vient surtout de son talent dans l’écriture.
Les personnages – qu’ils aient d’ailleurs un rôle important ou non – sont exceptionnels. En tête de ce casting figurent Walt Longmire, un shérif de 118 kg se laissant aller depuis la mort de sa femme ; Henry Standing Bear, son ami indien gérant de bar ; Vic, sa collègue au caractère bien trempé, et tous les autres… Bref, de vrais bons personnages, comme j’aimerais en voir plus souvent. L’humour est également très présent, particulièrement dans des dialogues parfois à mourir de rire.

« Je regardai les traînées de nuages reflétées par la lune. Il avait l’air de faire froid dans la montagne. Nous étions dans la cinquième année d’un cycle de sécheresse et les ranchers se réjouiraient de voir l’humidité s’accumuler là-haut. Au printemps, l’eau porteuse de vie descendrait le long des précipices, faisant pousser l’herbe, nourrissant les vaches, pour qu’on ait des hamburgers et que le shérif soit payé. C’était dans l’ordre naturel des choses, ou du moins, c’était ce que les ranchers me disaient et me répétaient »

Enfin, Craig Johnson n’a pas son pareil pour nous faire aimer sa région, le Wyoming. Les Big Horn Mountains, la réserve indienne, jusqu’aux méditations de Walt devant le vol des oies sauvages : les descriptions de la nature sont sublimes et teintées de poésie.
Bien qu’on voyage déjà à la lecture, c’est clairement le type de roman qui me donne envie de voir le vaste monde.

« Il grimaça et bougea un peu.
-    Une douleur ?
-    Non, j’ai ce qu’il faut, merci.
J’avais envie de lui mettre mon poing sur la figure. »


Bravo et merci à Gallmeister de nous permettre de découvrir cet auteur de talent qu’est Craig Johnson en proposant ce premier volet des enquêtes de Walt Longmire – les autres vont suivre et cinq sont déjà paru outre-Atlantique.
Little Bird est une véritable réussite qui ne donne qu’une seule envie : retrouver rapidement Walt, Henry, Vic et les autres pour de nouvelles aventures dans les grands espaces du  Wyoming.

Une lecture que je vous conseille très vivement. Mon coup de cœur de l’année pour l’instant.



Little Bird (The Cold Dish, 2006) de Craig Johnson, Gallmeister (2009). Traduit de l’anglais (États-Unis) par Sophie Aslanides (424 pages).
Par Hannibal - Publié dans : Polar américain
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Mercredi 24 juin 2009
Le tueur de la Somme est le second roman de Johann Moulin, paru dans l'excellente collection Polars en Nord de Ravet-Anceau.


Résumé


Thierry et Erwan sont les meilleurs amis du monde. Les deux ados partagent tout, font les quatre cent coups ensemble… Lors d’une de leur virées nocturnes – ils font le mur pour quitter l’internat – Erwan propose à son complice de tout quitter pour partir à l’aventure. Thierry décline l’offre, ce qui n’empêche pas Erwan de disparaître.
Seize ans plus tard, alors que Thierry n’a jamais eu de nouvelles de son ami depuis cette fameuse nuit, Erwan semble refaire surface, et ce dans de bien étranges circonstances…


Mon avis

Le tueur de la Somme surprend agréablement de par son style. Johann Moulin a choisi de combiner à l’utilisation – assez  fréquente dans le polar – de la première personne le choix plus original du présent. A cela s’ajoute une écriture très proche du langage parlé rendant le tout très vivant et agréable à la lecture.

Allez dire à des gens que vous avez décidé du sens à donner à votre vie, allez leur dire que vous coupez les ponts avec une société en roue libre qui ne demande qu’à se prendre un mur pour voir la réalité des choses et on vous regarde d’un drôle d’air. Pour ces gens, c’est anormal de ne pas travailler, de ne pas payer des impôts, de ne pas vivre dans une maison apyée par un crédit qui court sur vingt années, c’est anormal de profiter de l’instant et de se dire, alors que vous n’êtes qu’un gosse qui a besoin de repères, que vous avez choisi de vivre comme ça. Ouais, tout ça c’est anormal.

Ces choix narratifs permettent au lecteur une identification facile au personnage principal, Erwan, un anti-héros complètement dépassé par les évènements. Sa vie ne ressemble à rien, ses relations sociales sont proches du zéro absolu, il se laisse aller de plus en plus…
Les Picards prendront certainement plaisir à voir ce "looser" errer dans les rues d’Amiens en quête de réponses.

L’intrigue, quant à elle, a ceci de suffisamment intriguant pour maintenir le lecteur en haleine. Elle demeure cependant simple dans sa trame et certains éléments manquent un peu de crédibilité pour qu’on y adhère totalement.
Si la psychologie des personnages principaux est bien travaillée certains éléments de l’intrigue, un peu trop vite mis de côté, auraient sûrement gagnés à être davantage développés.

Plus convaincant sur la forme que sur le fond, Le tueur de la Somme est au final un assez bon polar. Assez bon en tout cas pour me donner envie de lire Psukhê Pathos, le premier roman de Johann Moulin… en attendant les prochains !



Le tueur de la Somme de Johann Moulin, Ravet-Anceau / Polars en Nord (2009), 192 pages.
Par Hannibal - Publié dans : Polar français
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Mardi 16 juin 2009
Une tombe accueillante est le troisième roman du jeune romancier américain Michael Koryta (il est né en 1983).
C'est le troisième roman mettant en scène le détective Lincoln Perry, après


Résumé

Lincoln Perry est un ancien policier devenu détective à son compte. Il est contacté par son ex, Karen, pour retrouver Mathew, le fils de son mari. Ce dernier, un avocat du nom d’Alex Jefferson, vient d’être assassiné, et le fils, qui a rompu les liens, doit toucher un beau pactole en guise d’héritage.
La mission paraît simple, mais ne va pas sans problèmes. Le fils semble introuvable tandis que Lincoln se voit rapidement mettre des bâtons dans les roues par la police, qui voit en lui le coupable idéal dans le cadre de l’assassinat de l’avocat.


Mon avis

Merci au Seuil et à Chez-les-filles.com de m’avoir fait découvrir cet auteur américain ma foi très efficace.

"Quand Karen m’avait demandé de rechercher le fils de son mari défunt, il ne m’avait pas semblé imprudent d’accepter. Tout cet argent pour un boulot de simple routine. Bien sûr, je figurais sur la liste des suspects, même si c’était tout à la fin. Mais j’avais ignoré ce fait en vertu  d’un principe que je serinais à tout le monde du temps où j’étais flic : quand on n’a rien à se reprocher, on n’a rien à craindre.
Je n’avais toujours rien à me reprocher, mais j’avais de plus en plus clairement l’impression d’avoir quelque chose à craindre.
"

Une tombe accueillante démarre de manière assez classique puis se complexifie peu à peu sans jamais pour autant perdre de son intérêt. Les rebondissements sont nombreux et l’identité du meurtrier très incertaine, faisant de ce thriller une espèce de whodunit.
L’intrigue est un modèle d’efficacité et Koryta parvient à mener une sorte de double enquête passionnante qui donne tout son piment au roman. Plus Perry progresse dans son enquête, plus la police est persuadé de sa culpabilité dans la mort de l’avocat.

"Je revins à la fenêtre pour voir si l’on me surveillait toujours. La voiture y était et la pluie dansait sur son toit. Avec la lumière éteinte, ils ne pouvaient probablement pas me voir, mais je leur fis un bras d’honneur quand même, au cas où, avant de m’endormir."


Tout en conservant un rythme assez soutenu, Koryta parvient à nous offrir des descriptions réussies. S’il nous donne à voir quelques belles images de l’Indiana, il excelle particulièrement dans le traitement des personnages.
Le narrateur n’est autre que Lincoln Perry, détective au caractère bien trempé. Celui-ci est bourru, têtu, mais devient aussi rapidement attachant pour le plus grand plaisir du lecteur.
J’ai également apprécié la relation qu’il entretient avec Joe, son collègue mais néanmoins ami. Ce dernier a été contraint de faire une pause suite à un accident et à du mal à se convaincre de reprendre son poste auprès de Lincoln, lequel se voit mal travailler sans l’autre membre de leur binôme si performant.

Avec Une tombe accueillante, Michael Koryta signe un polar très réussi, confirmant le talent que certains avaient vu en lui à l’occasion de ses précédents romans. Un américain de plus à suivre donc…


A noter : Pour les anglophones fans de Koryta , un quatrième roman existe, Envy the night. Encore non traduit en France à ce jour, il s'agit d'un roman indépendant (sans Perry donc).



Une tombe accueillante (A Welcome Grave, 2007) de Michael Koryta, Seuil Policier (2009). Traduit de l’anglais (États-Unis) par Mireille Vignol (350 pages).
Par Hannibal - Publié dans : Polar américain
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Jeudi 11 juin 2009
Thrillermania, projet monté par Pocket et Evene.fr et est en quelque sorte la Star Ac’ du thriller.
Les parrains de cette première édition sont messieurs Chattam et Thilliez – rien que ça ! – ce qui a eu le don de m’intriguer.
Le concept est on ne peut plus simple.
Toute personne ayant écrit un thriller et n’ayant jamais été éditée peut déposer un manuscrit.
Tout se fait ensuite en plusieurs étapes, par élimination, selon le bon vouloir des internautes. Ces derniers sont seuls habilités à voter – le jury de professionnels est seulement consultatif – pour leur roman préféré, après une simple inscription.
Le vainqueur – puisque comme souvent, il n’en restera qu’un – verra son thriller être publié par Pocket.

Après une première sélection de dix romans par l’organisateur, les internautes ont pu voter (jusqu’au 8 juin) pour leur roman préféré en se fondant sur le premier chapitre.
Reste actuellement cinq thrillers en course parmi lesquels on peut voter (jusqu’au 17 juin) pour son favori sur la base des trois premiers chapitres.
Resteront ensuite aux participants à favoriser (avant le 29 juin) l’un des trois romans restants en course après avoir lu les six premiers chapitres de ceux-ci.
Le nom du grand vainqueur sera alors dévoilé.

Bien que j’ai eu un moment de doute (me semble-t-il tout naturel) avant de me décider à participer – je ne porte pas bien haut les Star Ac’ et autres Nouvelle Star dans mon estime – je dois avouer qu’il y a de la qualité parmi les textes encore en course.
Je suis agréablement surpris par le niveau, à tel point qu’il est même bien difficile de ne choisir qu’un seul texte – il y en a déjà plusieurs que je souhaiterais continuer !

Si ce concours original vous intéresse, n’hésitez pas à vous inscrire.
Pour participer, une seule adresse : www.thrillermania.fr
Bonnes lectures !
Par Hannibal
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Mercredi 10 juin 2009
Après une longue pause du blog due à des échéances universitaires (examens et autres dossiers, mais surtout écriture puis soutenance d’un mémoire) me voici enfin de retour.
Si j’ai parfois trouvé un petit peu de temps pour lire, je n’en ai pas trouvé pour écrire. Ayant désormais plus de temps pour ce faire, quelques avis vont suivre dans les prochains jours.
J’ai également une pile de livres à lire plus longue que jamais et donc de nombreuses heures de lecture en perspective.

Je profite de ce billet pour vous informer de la tenue de deux concours simultanés sur Polars Pourpres.



Il vous reste quelques jours pour tenter de remporter un des exemplaires de Souper mortel aux étuves de Michèle Barrière.
Pour ce faire, il vous suffit de nous écrire votre recette personnelle du bon polar (1000 caractères maximum). Quels ingrédients sont nécessaires ? Quels sont vos goûts en la matière ? Qui sont les meilleurs cuistots ?
Les textes sont anonymes lors de leur lecture par le jury et les cinq meilleurs participants se verront offrir ce roman policier gastronomique.
Ca se passe sur cette page et vous avez jusqu'au 14 juin à 23h59 !


Autre concours, plus traditionnel dans sa forme cette fois, celui consacré au dernier roman de Marin Ledun.
Pour gagner l'un des cinq exemplaires du Cinquième clandestin mis en jeu, rien de plus simple. Répondez sur cette page à trois questions ma foi assez simples puis à la fameuse question subsidiaire. Vous avez cette fois-ci jusq'au 28 juin.

A vos claviers et bonne chance !

Je reviens très vite vous parler de Thrillermania, opération assez originale à laquelle je vous invite également à participer.

Par Hannibal - Publié dans : Jeux-concours
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Mercredi 13 mai 2009

Au-delà du mal (By Reasons of Insanity) est un roman policier, écrit en 1979 par Shane Stevens, pseudonyme d’un auteur américain dont on ne sait pas grand chose.


Résumé

A l’âge de dix ans, Thomas Bishop assassine sa mère. Quinze ans plus tard, il s’échappe de l’établissement psychiatrique où on l’avait enfermé. Pour lui, les femmes sont des démons et il n’a plus qu’un seul objectif : les éliminer toutes, de la première à la dernière.
Commence alors une chasse à l’homme comme l’Amérique n’en a jamais connu, derrière un tueur faisant preuve d’une intelligence hors-normes, ayant toujours un coup d’avance, bref, insaisissable.



Mon avis

« Pour le bien de la société, un monstre de son acabit devait absolument être capturé ou détruit. Le salut de l’espèce l’exigeait. De même qu’un organe défectueux se doit d’être retiré pour la survie du corps, un individu défectueux se doit de l’être pour la survie du groupe. Et Vincent Mungo (un des nombreux alias de Bishop) était défectueux. Il tuait ses semblables. Une vraie métastase. »

Thomas Bishop, doté d’une intelligence à toute épreuve, a eu quinze ans pour préparer sa vengeance. Après son évasion spectaculaire, il sème la mort sans répit, changeant d’identité comme de chemise, laissant tout au long de son périple plus de cadavres que d’indices. A côté de lui, Hannibal Lecter et consorts font figure de petits joueurs.
L’aspect psychologique du personnage est si réussi qu’il met mal à l’aise. Stevens nous met dans la tête de ce meurtrier sans pitié et l’on n’a alors d’autre choix que d’essayer de comprendre la raison de ses actes insensés.


« D’un autre côté, il devait bien reconnaître que ce Kenton était très fort, comme un reporter qui aurait eu les compétences d’un flic. Malheureusement, ce dont il avait le plus besoin en ce moment, lui, c’étaient de quelques flics qui ayant les compétences des flics. »

Si le personnage de Bishop est exceptionnel – peut-être le personnage de serial killer le plus abouti de la littérature policière ? – le travail de Stevens sur les personnages secondaires est tout aussi remarquable.
Autour du tueur en série gravitent une galerie de personnages hauts en couleurs, dont le roman suit le destin en parallèle – ce qui soit dit en passant pourrait exaspérer les lecteurs amateurs d’une intrigue simple.
On suit ainsi de nombreux protagonistes :
- plusieurs hommes de médias dont Adam Kenton, le journaliste chargé de retrouver Bishop avant la police
- plusieurs policiers : l’intuitif lieutenant Spanner, un des premiers à s’être lancé à la poursuite du tueur, mais aussi le shérif Oates ou l’inspecteur Dimitri
- Stoner, un politicien à l’ambition démesurée, bien décidé à réussir par tous les moyens
- Finch, un criminologue passionné par les tueurs en série, rêvant de percer le mystère Bishop pour écrire un livre
- Le père d’une des victimes du monstre, bien décidé à se venger en faisant appel à la pègre …

« Le soir, il se gobergea jusqu’à l’épuisement et s’endormit devant une émission de télévision où il était question d’un double viol commis par une bande de voyous, d’un cadavre, gisant dans son sang, et filmé à grand renfort de plans serrés, d’un enfant balancé du quatrième étage par un de ses parents et d’une fusillade entre la police et un preneur d’otages – le tout en moins d’un quart d’heure. L’émission s’intitulait Le journal télévisé du soir. »

Aux nombreux personnages peuplant ce riche roman vient s’ajouter en toile de fond une critique féroce de l’Amérique contemporaine et de ses dérives.
Shane Stevens nous plonge tout au long de ce roman fleuve dans les Etats-Unis de la seconde moitité du XXe siècle, du quotidien des gens simples aux rouages politiques du sommet de l’Etat.

Malgré quelque 750 pages et des descriptions fouillées, l’intrigue demeure très intense du début à la fin. Si l’on ressort de ce livre éprouvé par la carrière de Bishop, on a bien du mal à le lâcher avant d’en connaître le dénouement.

Après avoir profondément influencé la crème du polar américain (Ellroy, King ou encore Connolly ne cachent pas leur admiration pour ce livre), Au-delà du mal, énorme roman de serial killer (mais pas seulement, ce serait réducteur) devrait enfin connaître en France le succès qu’il mérite.


 

Au-delà du mal (By Reasons of Insanity, 1979), Shane Stevens, Sonatine Editions (2009). Traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Clément Baude (759 pages).

Par Hannibal - Publié dans : Polar américain
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Jeudi 23 avril 2009
Le Montespan est le dernier roman de Jean Teulé.
Il a reçu plusieurs prix comme le Grand prix Palatine du roman historique et le prix Maison de la Presse 2008.

Résumé

En 1663, Louis-Henri de Montespan, jeune marquis désargenté, épouse la somptueuse Françoise « Athénaïs » de Rochechouart. Lorsque cette dernière accède à la charge de dame de compagnie de la reine, ses charmes ne tardent pas à éblouir le monarque – à qui nulle femme ne saurait résister. D’époux comblé, le Montespan devient alors la risée des courtisans. Désormais, et jusqu’à la fin de ses jours, il n’aura de cesse de braver l’autorité de Louis XIV et d’exiger de lui qu’il lui rende sa femme.
Lorsqu’il apprend son infortune conjugale, le marquis fait repeindre son carrosse en noir et orner le toit du véhicule d’énormes ramures de cerf. La provocation fait scandale mais ne s’arrête pas là. Le roi lui a pris sa femme, qu’à cela ne tienne : il séduira la sienne. Une fois introduit dans la chambre de la reine, seule la laideur repoussante de celle-ci le fera renoncer à ses plans. À force d’impertinences répétées, l’atypique, facétieux et très amoureux marquis échappera de justesse à une tentative d’assassinat, puis sera exilé sur ses terres jusqu’à sa mort. En ayant porté haut son indignation, y compris auprès du pape, le marquis de Montespan fut l’une des premières figures historiques à oser contester la légitimité de la monarchie absolue de droit divin. Il incarne à lui seul l’esprit révolutionnaire qui renversera un siècle plus tard l’Ancien Régime.


Mon avis

Ce livre me tentait déjà depuis un moment puisqu’on m’en avait plusieurs fois dit du bien. Je me suis finalement décidé voyant qu’il faisait partie de la sélection à lire pour décerner le Prix des lecteurs du Télégramme, auquel je participe depuis quelques années.

« Il n’a qu’un défaut : l’amour tenace »

Le Montespan est indéniablement un roman historique mais à aucun moment les aspects historiques ne passent avant l’histoire. Teulé a su ne pas tomber dans le travers assez commun de ce genre qui est d’ennuyer son lecteur à trop vouloir étaler ses connaissances historiques.
L’ensemble est très bien écrit et les descriptions sont agréables à lire. J’ai beaucoup aimé celles des rues parisiennes, avec cette populace…
Bien sûr on peut penser qu’avec une histoire telle que celle du Montespan, il était difficile de faire un mauvais roman. En effet, ce personnage peu connu du grand public, que sa femme a quitté pour le Roi – Louis XIV – à son grand désarroi, est vraiment haut en couleur.

Le grand point fort de ce roman, c’est à mes yeux l’humour dont sait faire preuve l’auteur.
Il s’amuse avec les expressions de l’époque, parfois très imagées. Certains personnages aux rôle mineur sont excellents, comme ces six apprentis du perruquier n’ayant d’yeux que pour la Montespan.
Il se moque avec talent des us de l’époque. Des courtisanes qui copient aveuglément les nouvelles modes, fussent-elles ridicules, allant jusqu’à se rougir la joue pour ressembler à la Montespan, que son mari avait giflée ! Des pratiques liées à la défécation, qui se faisait alors volontiers en public (voir la scène du théâtre) ce que l’on a du mal à imaginer aujourd’hui.
Certaines scènes sont hilarantes, comme celle où Montespan complètement saoul prend son concierge pour sa femme.

Ce dialogue entre Montespan et le duc de Mortemart, son beau-père, résume bien à la fois l’histoire de ce roman, et le ton employé par l’auteur.
« - Louis-Henry, être cocu, c’est la chance de votre vie. Ne la ratez pas, elle ne repassera pas.
-    Comment peut-on  penser que je me tairai, m’en accommoderai ?…
-    Vous êtes fou.
-    Fou de Françoise.
-    Ah, ça le reprend ! Que d’histoires parce que le roi aime à se rôtir le balai dans ma fille. »


Au final, Le Montespan est un roman à la fois sérieux du point de vue historique et extrêmement drôle. Un roman historique comme il s’en fait peu. Une vraie réussite.



Le Montespan de Jean Teulé, Julliard (2008), 352 pages.
Par Hannibal - Publié dans : Littérature française
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Jeudi 16 avril 2009
Le jour où j’ai tué mon père est le premier roman du journaliste brésilien Mario Sabino.


Résumé

Le personnage principal de ce roman, dont on ne connaît jamais l’identité, décide un jour de tuer son père « comme on respire ». Ceci fait, il appelle la police et attend calmement qu’on vienne l’arrêter.
Il entreprend alors de raconter son histoire à sa psychiatre. Comme elle, le lecteur essaie alors de comprendre ce qui a pu pousser cet homme au parricide.


Mon avis

Ce premier roman m’a permis d’inaugurer la littérature noire d’un nouveau pays : le Brésil.

Il faut sans doute tout d’abord insister sur la forme vraiment particulière de ce roman. Il s’agit pour ainsi dire d’un monologue, puisque le lecteur ne connaît du meurtrier que ce qu’il veut bien confier à sa psychiatre. Les quelques autres personnages évoqués le sont uniquement par le narrateur et non identifiés autrement que par rapport à lui : sa femme, son père, sa mère. Seule exception à ce cadre : le roman inachevé qu’il a écrit avant de passer à l’acte et qu’il fait lire à sa thérapeute – et donc à nous. Celui-ci – qui scinde le livre en deux - met en scène d’autres personnages tout en faisant écho à la situation du narrateur.

« J’ai tué mon père comme on tue un insecte. Non, l’image n’est pas exacte, car, la plupart du temps, il y a irritation, sinon peur dans une action aussi banale. Excusez-moi, je divague. Il serait plus juste de dire que j’ai tué mon père comme on respire. D’une respiration régulière qui n’exige pas un grand effort pour attirer l’air jusqu’aux poumons. »

J’ai rarement vu un premier chapitre aussi incisif. Le moins qu’on puisse dire c’est qu’on entre tout de suite dans le vif du sujet, dans le feu de l’action. Aussi, si l’aventure vous tente plus où moins, lisez d’abord le début du roman pour faire votre choix. Vous pouvez le faire sur cette page du site de l'éditeur, Métailié pour ne pas le nommer.

J'admets par contre que dire que la suite se poursuit sur ce rythme serait mentir.
Le jour où j’ai tué mon père se résume surtout à une introspection de ce parricide, qui aborde religion, psychologie, philosophie : on est loin donc de l’action à tout va.
Le tout est cependant extrêmement bien vu de la part de l’auteur. En effet le narrateur – et Sabino derrière lui – se joue du lecteur, tantôt dit la vérité, tantôt ment. Et bien qu’on soit loin du thriller, un certain suspense est présent puisque les rebondissements existent et que petit à petit le mobile de ce parricide se fait et se défait jusqu’à la révélation finale.

Le Brésilien Mario Sabino signe avec Le jour où j’ai tué mon père un premier roman extrêmement original et abouti.



Le jour où j’ai tué mon père
, (O dia em que matei meu pai, 2004) de Mario Sabino, Métailié / Noir (2009). Traduit du portugais (Brésil) par Béatrice de Chavagnac (160 pages).
Par Hannibal - Publié dans : Polar sud-américain
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Vendredi 10 avril 2009
Le passé est une terre étrangère est le troisième roman noir de l’Italien Gianrico Carofiglio à paraître en France, toujours chez Rivages.


Résumé

Giorgio rencontre une femme dans un bar. Il ne la reconnaît pas tout de suite, puis les souvenirs d’une certaine période de sa vie lui reviennent en bloc.
Bari, 1989. Giorgio a alors vingt-deux ans, termine son droit et mène une vie tranquille, trop tranquille. Il rencontre alors Francesco qui lui apprend à jouer au poker, puis à gagner à tous les coups. Avec un peu d’entraînement, tricher n’est pas bien compliqué. Giorgio se prend au jeu. Les deux compères jouent de plus en plus gros et Giorgio se laisse entraîner par Francesco toujours plus loin dans l’illégalité.


Mon avis

J’avais beaucoup aimé Témoin involontaire, le premier roman de Carofiglio, et si je suis pour l’instant passé à côté du second, Les yeux fermés, je ne risquai pas grand chose à ouvrir celui-ci.

Pour commencer, je trouve le titre très beau, et qui plus est en italien – Il passato è una terra straniera. Ca sonne bien et prend tout son sens à l’aune de la lecture du roman.

« J’ai fait un signe de la tête que j’étais d’accord. Comme quelqu’un qui maîtrise bien la situation.
En réalité je ne comprenais rien à ce qu’il racontait. J’en avais une vague intuition, comme je percevais vaguement que cette nuit-là, j’étais sur le point de franchir un cap. Peut-être même que le cap était déjà franchi. »


Carofiglio a l’art et la manière de nous faire adhérer à un personnage en quelques pages. Je gardais des bons souvenirs de son avocat Guido Guerreri – à qui l’on a affaire dans les deux premiers romans. Avec Giorgio, le personnage principal de celui-ci, il fait plus fort encore, tout le roman repose sur ce personnage parfaitement réussi.
Giorgio, étudiant modèle de vingt-deux ans terminant son droit, est arrivé à un point de sa vie où il ne sait plus très bien ce qu’il veut faire lorsqu’il rencontre Francesco. Il se laisse d’abord convaincre de jouer au poker, puis de tricher, et, ne contrôlant plus rien et ne parvenant pas à dire non à son nouvel ami, se laisse entraîner de plus en plus loin dans l’illégalité.

« Si quelqu’un dit que la vie n’est pas une continuelle succession de manipulations, c’est qu’on a affaire soit à un menteur, soit à un crétin. La vraie différence n’est pas entre manipuler ou ne pas manipuler. La différence est entre manipuler volontairement et manipuler involontairement. » […]
« Les jeux de magie – ou la tricherie aux cartes – sont une métaphore de la réalité quotidienne, des rapports entre les gens. » […]
« Les gens manipulent et se font manipuler, trompent et se font tromper continuellement, sans s’en rendre compte. Ils font du mal et en reçoivent, sans s’en rendre compte. Ils refusent de s’en rendre compte parce qu’ils ne pourraient pas le supporter. La prestidigitation est une chose honnête parce qu’il est clair dès le départ que la réalité n’est pas dans ce qui se voit. »


La construction du roman m’a également beaucoup plu. Il s’ouvre aujourd’hui, par la rencontre de Giorgio avec une femme dans un bar. Lorsqu’il la reconnaît, tous ses souvenirs de 1989 lui reviennent en bloc. C’est à cette histoire qu’on est alors confronté pendant trois cent pages. La fin répond magnifiquement au début. Je ne peux rien vous dire de plus pour ne pas vous la gâcher, mais sachez qu’elle est vraiment somptueuse, à la hauteur du reste du roman d’ailleurs.

Le passé est une terre étrangère est à mes yeux un excellent roman noir. Les pages tournent toutes seules à suivre Giorgio dans sa perdition inéluctable. Gianrico Carofiglio est décidément un auteur transalpin de grand talent que je ne manquerai pas de relire.



Le passé est une terre étrangère, (Il passato è una terra straniera, 2004) de Gianrico Carofiglio, Rivages/Thriller (2009). Traduit de l’italien par Odile Rousseau (336 pages).
Par Hannibal - Publié dans : Polar italien
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Lundi 6 avril 2009
Cosa fácil est un roman noir mexicain écrit par Paco Ignacio Taibo II en 1977.


Résumé

Hector Belascoaran Shayne est détective privé à Mexico. Alors qu’il peut parfois être un moment sans affaire, il s’en voit proposer plusieurs coup sur coup. Un homme est persuadé que Zapata n’a pas été assassiné et lui demande de partir à sa recherche. Une actrice de seconde zone craint pour la vie de sa fille et voudrait bien qu’il la protège. Un ingénieur s’est fait assassiner dans une usine où la grève bat son plein et les dirigeants souhaiteraient qu’il démasque l’assassin.
Trois affaires bien différentes, et en même temps, n’est-ce pas trop ? Apparemment pas pour Hector, qui ne semble pas vouloir s’arrêter avant d’avoir tout élucidé.


Mon avis

Ayant récemment eu la chance de rencontrer Paco Ignacio Taibo II au salon du livre de Paris, je ne pouvais plus faire l’impasse sur l’œuvre de ce grand nom du polar mexicain, dont j'avais déjà entendu grand bien.

Si vous me demandez pourquoi il est détective privé, je serais bien en peine de vous répondre. Il est évident qu’à certains moments, il préférerait ne pas l’être, comme il y a des moments où je préférerais être n’importe quoi, sauf écrivain.
Raymond Chandler, cité par l’auteur en exergue du chapitre 5

Le personnage d’Hector m’a beaucoup plu.
Un privé à moitié looser, obligé de partager son bureau avec un plombier, un spécialiste des égouts et un tapissier, pour pouvoir s’en sortir financièrement. Un détective qui suit son instinct mais se laisse aller, ne dort quasiment jamais, fume comme un pompier, boit des litres de cola…
Le suivre au quotidien est un plaisir, puisque les scènes assez cocasses ne manquent pas. Hector prend des commandes de tapisserie pour son collègue, se plaint de la sévère augmentation du Pepsi, et doit en plus de ses affaires en cours gérer des problèmes d’héritage suite à la mort de sa mère. Suivre "Les heures du Corbeau" – cette émission de radio qu’Hector écoute pour tromper l’ennui et surmonter le sommeil lors de ses interminables nuits de filatures – est également très sympa.

Il s’éloigna du mur et contempla les trois photos et les trois papiers qui les accompagnaient comme si cela avait  été un tableau de Van Gogh. Un détective de roman policier se serait écrié « Eurêka ! ». Et tout se serait mis en place.
Mais les choses n’étaient pas toujours ce dont elles avaient l’air, a plus forte raison alors qu’il ne disposait que d’informations en morceaux qui se recoupaient vaguement. […]
C’était décidément le grand avantage de la vie sur la fiction : elle était sensiblement plus compliquée.


La figure du labyrinthe est évoquée par Taibo II dans le roman, et c’est effectivement ce à quoi fait penser Cosa fácil. Hector a choisi de faire face à trois affaires assez complexes en même temps, et a grand peine à s’en sortir : tant mieux.
Le rythme est lent, puisque l’accent est mis sur le quotidien d’Hector au moins autant que sur ses enquêtes à proprement parler : peu importe.
Suivre Hector dans son travail est un réel plaisir. Il n’a pas les cellules grises ni les intuitions géniales d’un Hercule Poirot, ne maîtrise pas les arts martiaux à la perfection, n’a pas le physique d’un super-héros… Il est le détective que tout le monde pourrait être – avec un peu d’entraînement – et c’est ce qui fait son charme.

Dans cette vie, mourir est facile
Mais vivre, est bien plus difficile

Vladimir Maïakovski, cité par l’auteur en exergue du roman

Au final, j’ai passé avec Cosa fácil de très bons moments en compagnie de ce détective singulier qu’est Hector et poursuivrai avec plaisir la lecture de l’œuvre de Paco Ignacio Taibo II.



Cosa fácil, (Cosa fácil, 1977) de Paco Ignacio Taibo II, Rivages/Noir (1994). Traduit de l’espagnol (Mexique) par Mara Hernandez et René Solis (244 pages).
Par Hannibal - Publié dans : Polar sud-américain
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