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Hannibal le lecteur

La vie est un tango / Lorenzo Lunar

23 Septembre 2013 , Rédigé par Hannibal Publié dans #Polar sud-américain, #polar cubain

La vie est un tango / Lorenzo Lunar

La vie est un tango (La vida es un tango) est un roman du Cubain Lorenzo Lunar initialement paru en 2005.
Sa version française est sortie en juin dernier chez l'excellent éditeur Asphalte (traduction est de Morgane Le Roy).

Résumé


Léo Martin, est commissaire du quartier d'El Condado, à Santa Clara, Cuba. Peu de grandes affaires, juste les histoires du quotidien à régler. Et puis un jeune homme se fait assassiner, peu ou prou au moment où Léo entend parler d'un trafic de lunettes de soleil. Il trouve cela étrange. On ne tue pas des gens pour si peu, si ? Le commissaire veut en avoir le cœur net. Mais pas facile d'enquêter dans le quartier où l'on a grandi, où tout le monde vous connaît, et ne veut plus forcément vous parler depuis que vous êtes passé du côté de la police.


Mon avis

« La vie est un tango, je me suis dit en la regardant, plantée là devant moi.
« La vie est un tango », disait le vieux Cundo chaque fois qu'il se saoulait la gueule.
La vie est un tango, et il nous chantait « Las Cuarenta », « Cuesta Abajo », « Uno » et « Volver »... Il nous emmenait au bar La Concha pour mettre des pièces dans le juke-box et sélectionnait des tangos, toujours plus de tangos.
La vie est un
tango. »

Avec La vie est un tango – joli titre d'ailleurs – Lorenzo Lunar nous plonge au cœur de Santa Clara, qui est d'ailleurs, davantage que Léo, le personnage principal du roman. Immersion totale dans ce quartier populaire cubain où l'on voit évoluer toutes sortes de personnes, des gens tout ce qu'il y a de plus normaux comme certains seconds rôles plus hauts en couleur. Léo, qui fait son retour au quartier après avoir travaillé des années à la capitale, retrouve avec une certaine nostalgie les lieux de sa jeunesse. Il revoit certains avec plaisir, d'autres moins. Malgré la pauvreté, le chômage, les coupures d'électricité, tout le monde essaie de poursuivre son bonhomme de chemin. Mais pour s'en sortir, il n'y a parfois pas trop d'autres choix que de prendre des voies pas tout à fait légales : prostitution occasionnelle, petits trafics en tous genres... Léo, bien conscient de la situation, ferme parfois les yeux. Mais quand il y a mort d'homme, pas question de laisser le crime impuni.

« Aujourd'hui, c'est dimanche.
Il y a on va dire un certain temps, quand j'étais encore môme, les dimanches avaient un autre parfum. Peut-être parce qu'alors je me levais plus tard, quand le soleil était déjà bien haut. Ou simplement parce que c'était diman
che. […]
Mais y a plus de dimanche.
Y'a plus qu'un jour insupportable qui suit un samedi de galères en tout genre et qui précède toujours un détestable lundi. Un jour de scandales et de bagarres dans le quartier. De musique dansante, volume à fond, qui t'explose les tympans, tout ça parce que tu ne peux pas bouger de ton poste à côté du fut de bière et qu'ils t'ont mis les enceintes juste au-dessus de la tête. Torture chinoise.
Jour de cuites, de crises de nerf, de coups de couteau.
Jour de promenade et de détente pour ceux qui peuvent s'offrir ce luxe.
Pour moi, le plus pourri des jours de boulot. […]
C'est dimanche et j'ai comme l'impression que cette journée, je vais jamais en voir le bout.
C'est dimanche. Il est trois heures de l'après-midi, l'heure à laquelle ils ont dézingué Lola, l'heure où les enfants sont trop lourds à porter, l'heure où t'arrives à rien. Il est trois heures de l'après-midi : la pire heure, le dimanch
e. [...]
Il fait chaud et je demande à Dieu que, s'il vous plaît, il ne se passe rien, que tout reste calme, que personne ne vienne raconter à Franck le Porc que sa femme le trompe.
Que Lobo ne s'envoie pas un pétard de marijuana et ne se défoule pas sur le premier clampin venu.
Que Gordillo paye les vingt pesos qu'il doit à Felipe le Gro
s Cul...
Qu'il ne se passe rien, bordel.
C'est dimanche, je crève de soif, de chaud, j'ai une sale gueule et j'ai envie de tout envoyer chier, et de préférence le jour où je suis entré dans la police. »

Bien que ce roman n'ait pas les caractéristiques d'un page-turner, on ne s'ennuie pas, pour peu qu'on accepte de se laisser embarquer. Au rythme de Santa Clara, entouré de ses paysages, ses bruits, ses odeurs, on suit Léo et son enquête, laquelle va l'amener à découvrir des vérités que d'aucuns avaient tout intérêt à garder secrètes.


A mille lieues du thriller effréné, Lorenzo Lunar nous offre avec La vie est un tango un agréable séjour à Cuba, et un fort beau roman. Une plume à suivre.


La vie est un tango (La vida es un tango, 2005), de Lorenzo Lunar, Asphalte (2013). Traduit de l'espagnol (Cuba) par Morgane Le Roy, 176 pages.

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