RésuméSuite à la découverte de nouvelles de Charles Beaumont et Davis Grubb, Jean-Paul Gratias, passionné de jazz et grand traducteur de romans noirs – il a traduit Ellroy, John Harvey ou encore Robin Cook – nous propose cette anthologie.
Jazz me blues, c’est donc 14 histoires inédites où la musique jazz ou blues a une place prépondérante. On retrouve en plus des nouvelles des premiers cités des textes écrits pour l’occasion, aussi bien par des Américains que par des Français, qu’ils soient simplement amateurs de musique mais aussi parfois pratiquants – Bob Garcia est contrebassiste, Laurent De Wilde pianiste.
Mon avis
Les recueils de ce type sont souvent assez inégaux, certaines nouvelles volant la vedette aux autres. Ici le tout est assez homogène même si quelques textes, de par leur propos ou de par leur intrigue vont peut-être davantage marquer les esprits.
« Ce n’était pas seulement du jazz, mais le cœur du jazz, ses tripes, arrachées avec les racines et à la vue de tout le monde. C’était du blues qui racontait l’histoire des types esseulés et de toutes les prostituées laides de ce monde, le blues du paumé qui chopait les rayons du soleil à travers les barreaux et de tous les junkies qui planent, accros, des clodos, et des tueurs, des péquenauds dans leurs cabanes de Géorgie et des jeunes métisses des ghettos de Chicago, et celui des cireurs de chaussures au coin des rues, et celui des pédés de La Nouvelle-Orléans, le blues de tous les déprimés qui sont seuls, tristes et inquiets et qui ne pourront jamais dire leur malheur…»
(Charles Beaumont, Black Country)
Les auteurs sont des passionnés de jazz/blues et cela se sent, certains passages musicaux étant magnifiquement écrits. Si la musique domine incontestablement ce recueil on y retrouve d’autres sujets fort bien traités. La haine raciale dans Dog Thunder Blues, mais aussi plus largement la drogue ou encore les rivalités, qu’elles soient musicales ou amoureuses.
« Celle qui m'a vraiment accroché, c'est la chanteuse. Son nom, je m'en souviens comme si c'était hier. Billie Holiday. Elle prenait un malin plaisir à me rendre fou. Elle chantait aux Trois Diables, un petit club. Pour y obtenir une table, il fallait soudoyer grassement le serveur, mais bon sang, ça en valait la peine. Je serais incapable de vous décrire l'émotion que sa voix me procurait. C'était un peu comme une érection, mais tout en douceur. Une érection du cœur, pour ainsi dire. »
(Davis Grubb, Un fruit encore plus étrange)
Le ton de ces nouvelles est assez éclectique. Le magnifique Black Country de Charles Beaumont est sérieux et émouvant tout comme le très réussi Tous les chemins que j’ai parcourus de Davis Grubb. A l’inverse, les dernières nouvelles, signées Bob Garcia et Laurent De Wilde mettant respectivement en scène un batteur looser et un orchestre en route vers les Vosges pour animer un mariage sont bien déjantées et prêtent surtout à sourire bien que la noirceur soit également au rendez-vous.
Au final Jazz me blues est un très bon recueil de nouvelles qui plaira aux passionnés de roman noir tout comme aux amateurs de jazz.
A lire en musique, bien sûr, avec Billie Holliday, Charlie Parker, et les autres…
Jazz me blues, anthologie dirigée par Jean-Paul Gratias, Moisson Rouge (2009), 380 pages.
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