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Lundi 28 mars 2011 1 28 /03 /Mars /2011 21:57

(Je suis en ce moment en plein dans la préparation de plusieurs concours de la fonction publique (pour bosser en bibliothèque), ce qui explique en partie (avec le beau temps aussi) que j'ai du mal à trouver du temps pour chroniquer.)

 

En attendant des chroniques plus conséquentes, je vous parle de deux nouvelles de Donald Westlake, inédites en français jusqu'aujourd'hui.

 

J'ai fait au salon du livre de Paris l'acquisition de Pauvres zhéros, que m'a gentiment dédicacé Pierre Pelot. Grâce à cet achat, je me suis fait offrir le fameux recueil.

Ce Rivages/Noir est « hors-commerce » et ne peut donc pas être acheté (en principe). Il peut par contre vous être offert par votre libraire préféré. Renseignez-vous !

 

 

fille-de-mes-reves.jpg La fille de mes rêves

 

The Girl of My Dreams a initialement été publié en 1979 dans la célèbre revue Ellery Queen's Mystery Magazine.

 

« Hier, j'ai acheté un revolver.

Je ne sais plus où j'en suis ; je ne sais vraiment pas quoi faire.

J'ai toujours été un jeune homme doux, timide, conventionnel et honnête. Depuis maintenant cinq ans – depuis que j'ai quitté l'université faute de moyens, à dix-neuf ans – je suis employé au rayon des chemises de Willis & DeKalb, Vêtements pour Hommes, Succursales dans les Principales Villes, et je dois dire que d'une façon générale je m'estime satisfait de mon sort. Même si, dernièrement, le nouveau directeur, M. Miller, m'a paru quelque peu crispant – le mot n'est pas trop fort –, le travail lui-même a toujours été agréable, et je me voyais bien continuant à mener une petite vie paisible à cette même place. »

 

Ronald Grady, le narrateur, rencontre dans ses rêves la somptueuse Delia.

Dans la (triste) réalité, ce vendeur de chemises est contrarié par le remplacement de son ancien directeur par le terrible M. Miller. Les journées sont longues et il lui tarde de s'endormir pour retrouver Delia dans ses songes.

Une nouvelle intelligente, très originale, qui nous montre qu'entre rêve et réalité, la frontière est parfois ténue.

 

 

Intrigue conjugale

 

Domestic Intrigue a pour sa part été publié pour la première fois dans le magazine The Saint Detective Magazine, en 1966.

 

« Si seulement c'était William qui était riche, plutôt que Robert. Mais William était pauvre, et, comme il était poète, il n'y avait guère d'espoir qu'il fît fortune un jour. En ce qui me concerne, je reconnais que je suis une enfant gâtée, que l'idée de renoncer au confort et au luxe que m'apportait l'argent de Robert était de nature à me rendre blême, tout comme celle de renoncer à William. J'avais un besoin impérieux de l'un et de l'autre, de l'amour de William et de l'argent de Robert. »

 

Un homme parvient à entrer au domicile de la narratrice en se faisant passer pour un employé d'une société de sondage. Rapidement, Madame Carroll se rend compte que ce « vilain bonhomme » en sait beaucoup trop sur sa vie privée.

Selon sa mère, tous les hommes sont des salauds. Mais qu'en est-il vraiment ? Tiraillée entre son amant et son mari, Madame Carroll n'est pas au bout de ses surprises.

Utilisant le fameux triangle amoureux, point de départ d'une innombrable quantité d'œuvres – on pense notamment au grand classique de James M. Cain, Le facteur sonne toujours deux fois, et à ses adaptations sur grand écran – Westlake nous propose une nouvelle efficace, riche en suspense.


 

Les deux nouvelles sont suivies d'un « catalogue raisonné » présentant un certain nombre d'auteurs de la collection, plusieurs listes de livres à lire à tout prix (les « 10 titres indispensables », les « 10 titres à découvrir »...) et l'intégralité du catalogue Rivages/Noir.

 

Puisqu'on parle de Westlake, signalons que ses fans vont être gâtés cette année. Rivages va mettre le paquet, avec la parution en juin de quatre titres (rien que ça !).

Monstre sacré va paraître en Rivages/Thriller (grand format).

Le Paquet, paru dans les années 1980 et difficilement trouvable depuis, va être réédité en Rivages/Noir sous un nouveau titre : Comment voler une banque.

Ceux qui préfèrent Westlake dans la forme courte vont pouvoir apprécier 11 nouvelles mettant en scène Dortmunder dans Voleurs à la douzaine.

Enfin, Breakout (un Richard Stark, mais c'est pareil), déjà sorti en grand format va paraître en Rivages/Noir.

 

Pour ma part, je dois avouer que ma connaissance de l'œuvre de Westlake se limite pour l'instant au Couperet (quel livre ! Un de mes préférés !), à Ordo (pas mal du tout non plus), et désormais à ce recueil. Oui, avant d'avoir lu tout Westlake, j'ai du pain sur la planche !

 

Ce week-end, j'ai acheté tout plein de vieux polars dans une brocante, même des vieux Série Noire jaune et noir des années 1950.

Pourquoi je vous dis ça ? Parmi mes achats, je vous le donne en mille, deux Westlake : Festival de crêpe, SN n°979 (Pity Him Afterwards, 1964) et Les cordons du poêle, SN n°1068 (The Busy Body, 1966, apparemment réédité sous le titre La mouche du coche). Raté, ce sont des one-shot. Du coup, c'est pas encore avec ces romans que je vais découvrir Dortmunder ou Parker.

D'ailleurs, question aux connaisseurs, ces fameuses séries, vaut mieux les commencer par le premier ou bien cela importe-t-il peu ?

 


 

La fille de mes rêves (The Girl of My Dreams, 1979) & Intrigue conjugale (Domestic Intrigue, 1966), de Donald Westlake, Rivages/Noir (2011). Nouvelles respectivement traduites de l'anglais (États-Unis) par Gérard de Chergé et Jean-Paul Gratias, 65 pages + catalogue raisonné.

Par Hannibal - Publié dans : Nouvelles noires
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Jeudi 9 décembre 2010 4 09 /12 /Déc /2010 08:59

La 3e enquête de Walt Longmire (après Little Bird et Le camp des morts), le fameux shérif imaginé par Craig Johnson, est intitulée L'indien blanc et paraîtra chez Gallmeister en avril prochain.
Il s'agit de la traduction de Kindness Goes Unpunished, paru aux États-Unis en 2007.

En attendant, pour Noël et parce qu'on a été sages, Craig Johnson et les éditions Gallmeister nous proposent une nouvelle inédite.
Elle s'appelle Un vieux truc indien et est susceptible de vous être offerte par votre libraire préféré.
Il est également possible de la lire directement en PDF et/ou de la télécharger, à cette adresse.


http://www.gallmeister.fr/images/medias/Johnson_Un_vieux_truc.jpgPubliée en 2006 dans le magazine Cowboys & Indians (sous le titre Old Indian Trick), elle a remporté le Tony Hillerman Short Story Award.

Walt Longmire conduit son ami indien Lonnie Little Bird à l'hôpital, où il doit contrôler son diabète. Sur la route, ils décident de faire un arrêt au Blue Cow Cafe, pour y casser la croûte.

« Le Blue Cow, qui avait été quelque temps un casino, était devenu depuis longtemps déjà un restaurant ; son Montana Breakfast ! Servi du matin au soir ! La recette du Reader’s Digest ! consistait en une demi-livre de bacon, quatre gros œufs, douze pancakes, trois quarts de livre de patates sautées, une pinte de jus d’orange et du café à volonté ; toute une épopée, célèbre d’un bout à l’autre des Hautes Plaines. »

En entrant, ils apprennent que l'établissement vient d'être visité, la jeune Wanda ayant été sommée par un inconnu de lui donner le contenu de la caisse, le tout sous la menace d'un calibre .22.
La police envoie sur place un débutant qui ne se débrouille pas encore très bien tout seul. Du coup, Walt et Lonnie décident de les aider à mener l'enquête, chacun à sa façon...

En quelques pages, on retrouve le style de Craig Johnson et on a de nouveau envie d'aller se boire une mousse avec Walt et Lonnie. De plus, la chute de cette courte nouvelle est particulièrement ingénieuse, ce qui ne gâche rien, bien au contraire...

En bonus, Gallmeister nous offre même le premier chapitre du prochain roman. Pour tout vous dir, je n'ai même pas pris le risque de le lire car ce serait alors sans doute encore plus difficile d'attendre avril et la parution de L'indien blanc,... Rien que le résumé me donne déjà beaucoup envie, jugez plutôt.

« Walt Longmire est le shérif du comté d’Absaroka depuis près d’un quart de siècle et il n’a pas pour habitude de s’éloigner de ses terres familières du Wyoming. Quand il décide d’accompa - gner son vieil ami Henry Standing Bear à Philadelphie, où vit sa fille Cady, il ne se doute pas que son séjour va prendre une tournure tragique. Lorsque Cady se fait agresser et se retrouve dans un profond coma, elle n’est que la première victime d’une longue liste.
Entouré de ses fidèles compagnons – Henry, son adjointe Vic,qui ne tarde pas à le rejoindre, et le chien –, Walt se lance sur la piste d’un vaste réseau de trafiquants de drogue. Commence alors une longue errance urbaine sous la surveillance d’un mystérieux Indien blanc. »

Bonne lecture, et bonne attente...

 



Un vieux truc indien (Old Indian Trick, 2006) de Craig Johnson, Gallmeister (2010). Traduit de l'anglais (Etats-Unis) par Sophie Aslanides.

Par Hannibal - Publié dans : Nouvelles noires
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Vendredi 8 octobre 2010 5 08 /10 /Oct /2010 09:24

Los Angeles Noir est un recueil de dix-sept nouvelles noires ayant pour cadre la Cité des anges présenté par Denise Hamilton et publié en France par Asphalte (l'éditeur original étant Akashic Books).
Les dix-sept auteurs sont, dans l'ordre d'apparition, Michael Connelly, Naomi Hirahara, Emory Holmes II, Denise Hamilton, Janet Fitch, Patt Morrison, Christopher Rice, Héctor Tobar, Susan Straight, Jim Pascoe, Neal Pollack, Lienna Silver, Gary Phillips, Scott Phillips, Brian Ascalon Roley, Robert Ferrigno, et Diana Wagman.


losangelesnoir Résumé

Le riche conducteur d'une Porsche Carrera se tue sur Mulholland Drive après avoir fait un plongeon avec son bolide. Le PDG d'origine chinoise d'une entreprise produisant des puces de silicone est pris en otage à San Marino. Des villas de Beverly Hills se font cambrioler à la chaîne. Une jeune et jolie serveuse rêve de devenir actrice. Des ados trouvent un pistolet alors qu'ils jouent sur un chantier d'East Hollywood. Deux immigrés russes vont pêcher à Santa Monica. A Mar Vista, un ancien délinquant devenu pasteur ne peut supporter que les autres enfants prennent le fils de sa cousine pour un souffre-douleur en raison de son handicap. Voici le point de départ de quelques nouvelles de ce Los Angeles noir, qui en compte dix-sept.


Mon avis

La jeune maison d'édition Asphalte a lancé une nouvelle collection ayant pour but de faire découvrir les grandes métropoles du monde à travers une anthologie de nouvelles noires. Après nous avoir fait visiter le Paris Noir sous la direction d'Aurélien Masson (le boss de la Série Noire), la série poursuit son voyage et nous propose maintenant de voir le côté obscur de la Cité des Anges, avec pour guide principale Denise Hamilton, bien aidée par ses seize collègues auteurs, qui nous propose tous leur vision de Los Angeles.

« Pour tout le monde à Rio Seco, L.A. n'était qu'une seule cité immense. Ils ignoraient que L.A. était en fait un millier de petites villes, des mondes entiers recrées parmi les arroyos, les champs de fraises et les flancs de collines. Et que Downtown avait ses canyons de verre noir et argent, le Grand Central Market, Broadway et sa propre favela.
C'est là-bas que je me rendais à présent. J'étais près du croisement de 3rd Street et Main Street. Si vous n'êtes jamais allé au Brésil, si vous n'avez jamais vu de favela, eh bien, il vous suffit de faire un tour à Skid Row. Des abris en carton, d'autres creusés sous les ponts des autoroutes, des hommes vautrés sur le trottoir en plein jour, leurs joues collés contre les grillages. »
Le Golden Gopher, de Susan Straight

Chacune des nouvelles correspond à un quartier de la ville – un plan en début de recueil permet d'ailleurs au lecteur de se situer dans la cité – et met en scène différents types de personnages. Au fil des textes, nous croisons des starlettes, des drogués, des policiers du LAPD, des familles richissimes, des has been fauchés, des travailleurs clandestins... Un simple aperçu de la diversité de cette ville, qui est avec ses alentours la deuxième agglomération la plus peuplée des Etats-Unis.

« Quand il rentra chez lui d'un pas nonchalant et qu'il alluma la minuscule télévision dans sa chambre, ce fut pour tomber sur le couple de l'affiche, dans la bande-annonce du film. « Dans les allées sombres d'une ville où règne la violence, récita une voix off, il n'y a pas de temps à perdre. » Il constata qu'on faisait l'apologie des armes à feu sur près de la moitié des chaînes cablées. On pouvait y voir des soldats portant des fusils, des méchants qui brandissaient des mitraillettes, des femmes au foyer tapies dans des placards, un calibre 22 argenté à la main, prêtes à repousser intrus et violeurs. Certaines de ces scènes avaient été filmées dans des quartiers résidentiels bordés de palmiers qui ressemblaient à s'y méprendre au sien. Les gens tiraient, accroupis derrière des murs en ciment ; ils tiraient dans des cuisines ; ils tiraient en tombant d'un avion ; ils tiraient avant de sauter dans des lacs et des fleuves ; ils tiraient dans des entrepôts, et leurs balles renvoyaient un bruit métallique lorsqu'une poutre en fer faisait dévier leur trajectoire. »
Lazare à Hollywood, d'Héctor Tobar

Les auteurs peuvent être mondialement connus, à l'instar d'un Michael Connely, mais pas nécessairement. Ils ont cependant quelques points communs : ils connaissent bien L.A. pour y avoir vécu (on le sent à la lecture) et savent ce qu'écrire une nouvelle veut dire. L'action ne manque pas, l'atmosphère est généralement sombre à souhait, on visualise bien les scènes et les chutes sont souvent de qualité. Pour achever de nous mettre dans l'ambiance, les auteurs ont concoté une playlist, que l'on retrouve en fin d'ouvrage.

« Yancy était une cause perdue. Il croyait en Dieu... en son Dieu, pas au leur. Là était le problème. Dieu ne pardonne certainement pas tout ce qu'on fait, faut pas rêver. Sinon, il serait quand même sacrément con. On passe toute sa vie à jouer les salopards et puis, à la dernière minute, on dit qu'on regrette, et les portes du paradis s'ouvriraient toutes grandes devant vous ? Des clous, ouais. Si c'était le cas, le ciel serait rempli de crapules et d'escrocs. Non, Dieu était un arbitre. Il ne faisait que compter les points. Et, à la fin, on était soit dans le positif, soit dans le négatif. Dieu n'entendait pas les « j'suis désolé ». Il se moquait bien des pleurnicheries. Il faisait les comptes, c'est tout. On lui devait le respect, à ce fils de pute. »
When the ship comes in, de Robert Ferrigno

Chaque auteur ayant une écriture propre et des préoccupations différentes, bien difficile de dire quelle est la meilleure de ces nouvelles. Personnellement, je retiendrai surtout Mulholland dive de Michael Connelly, La méthode de Janet Fitch, 90210 Morocco Junction de Patt Morrison, Lazare à Hollywood d'Héctor Tobar et Roger Crumbler de Gary Phillips. Je trouve qu'elles sortent du lot au niveau de la chute – élément primordial d'une nouvelle selon moi – ou parfois au niveau du sujet abordé.

Gageons cependant que chacun trouvera son bonheur dans ce recueil homogène et de bon niveau.
Prochaine destination de ce tour du monde des nouvelles noires : Londres (fin octobre). Mais de nombreuses autres suivront, parmi lesquelles Rome, New Delhi, Brooklyn, ou encore Mexico.

Un grand merci à Babelio pour m'avoir permis de découvrir cette collection dont le concept me plaît beaucoup et que je suivrai dorénavant de près.

 

massecritique.jpg



Los Angeles Noir (Los Angeles Noir, 2007) présenté par Denise Hamilton, Asphalte (2010). Traduit de l'anglais (Etats-Unis) par Patricia Barbe-Girault et Adelina Zdebska, 335 pages.

Par Hannibal - Publié dans : Nouvelles noires
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Mercredi 27 janvier 2010 3 27 /01 /Jan /2010 19:15
Le pays où la mort est moins chère est un recueil de nouvelles de Thierry Marignac, auteur que j'avais découvert - outre ses traductions - avec Renegade Boxing Club. Il est paru récemment chez Moisson Rouge, où vient de paraître une nouveau roman traduit par l'auteur (du russe) dont je vous parlerai dans les prochaines semaines (Racailles de Vladimir Kozlov).


le_pays-o-_la_mort_est_moins_ch-re.jpg Résumé

De jeunes bourgeois jouant aux rebelles dans Paris, de l’amour (un peu), de la drogue (beaucoup), du sport (avec Ben Johnson à Séoul), des prostitué-e-s en tous genres, des violences urbaines, des dealers, et bien d’autres… Voilà ce que l’on peut trouver dans ce recueil de nouvelles noires, très noires.


Mon avis

Le pays où la mort est moins chère – qui est aussi le titre de l’un des textes – contient onze nouvelles, écrites par Thierry Marignac sur une vingtaine d’années.
Plutôt courts – de trois à vingt-cinq pages – ces écrits sont regroupés par « archétype polar » dans trois rubriques respectivement intitulées « Poursuites », « Règlements de comptes » et « Kamikazes ». Si l’on voyage un peu avec ce recueil, en Europe de l’Est surtout, l’essentiel des histoires se déroulent à Paris, et pas que dans les beaux quartiers évidemment.

« Le Manouche me fit signe de foutre le camp. C’était ça ou le sourire kabyle, vu que sa main droite était enfouie dans sa poche de veste et tripotait un objet allongé, et d’après moi, c’était ni une sucette, ni un stylo Mont-Blanc. Il ne me regardait même plus d’ailleurs, ce qui n’est jamais bon signe, au beau milieu d’une conversation avec ce genre de loustic.
Rod avait une gueule d’enterrement quand je suis sorti et c’était de circonstance. Moi-même, j’avais honte de le laisser là. »


Chose plus difficile à faire avec un roman, ces nouvelles sont l’occasion pour l’auteur d’innover, stylistiquement surtout. Les phrases sont souvent très courtes, sèches, réduites à l’essentiel. Les histoires ne s’embarrassent pas d’intrigues alambiquées, de rebondissements à gogo et de twists finaux. Elles vont droit au but, décrivant le côté sombre des villes et de ses habitants. Certains lecteurs seront peut-être désarçonnés par la noirceur qui se dégage des textes, et parfois, par la crudité des propos. Toujours est-il que Marignac est incontestablement à l’aise dans ces exercices de style, convaincants dans l’ensemble.

« - Les soldats fumaient l’herbe et avalaient les pilules qu’ils allaient acheter en permission à Amsterdam, à quatre heures de route. Ils passaient leur temps à fumer, prendre des cachets, renifler de la poudre. C’est en partie à cause du recrutement. Même à la sortie des prisons, on a du mal à remplir les quotas. Les soldats viennent tous du lumpen, ils veulent tirer au flanc et se défoncer. On ne peut pas les punir tous, il ne resterait plus personne, pour le service. »

Le pays où la mort est moins chère est donc un recueil bien noir, innovant et atypique au niveau du style. Il est certain que ce côté expérimental ne conviendra pas à tout le monde, mais comme le dit lui-même Thierry Marignac dans son avant-propos, « au lecteur de décider si la virée valait le coup ».



Le pays où la mort est moins chère de Thierry Marignac, Moisson Rouge (2009), 141 pages.
Par Hannibal - Publié dans : Nouvelles noires
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Mardi 7 juillet 2009 2 07 /07 /Juil /2009 11:08
Jazz me blues est un recueil de nouvelles noires ayant pour sujet principal la musique jazz/blues publiées par Moisson Rouge et réunies par Jean-Paul Gratias.


Résumé

Suite à la découverte de nouvelles de Charles Beaumont et Davis Grubb, Jean-Paul Gratias, passionné de jazz et grand traducteur de romans noirs – il a traduit Ellroy, John Harvey ou encore Robin Cook – nous propose cette anthologie.
Jazz me blues, c’est donc 14 histoires inédites où la musique jazz ou blues a une place prépondérante. On retrouve en plus des nouvelles des premiers cités des textes écrits pour l’occasion, aussi bien par des Américains que par des Français, qu’ils soient simplement amateurs de musique mais aussi parfois pratiquants – Bob Garcia est contrebassiste, Laurent De Wilde pianiste.


Mon avis

Les recueils de ce type sont souvent assez inégaux, certaines nouvelles volant la vedette aux autres. Ici le tout est assez homogène même si quelques textes, de par leur propos ou de par leur intrigue vont peut-être davantage marquer les esprits.

« Ce n’était pas seulement du jazz, mais le cœur du jazz, ses tripes, arrachées avec les racines et à la vue de tout le monde. C’était du blues qui racontait l’histoire des types esseulés et de toutes les prostituées laides de ce monde, le blues du paumé qui chopait les rayons du soleil à travers les barreaux et de tous les junkies qui planent, accros, des clodos, et des tueurs, des péquenauds dans leurs cabanes de Géorgie et des jeunes métisses des ghettos de Chicago, et celui des cireurs de chaussures au coin des rues, et celui des pédés de La Nouvelle-Orléans, le blues de tous les déprimés qui sont seuls, tristes et inquiets et qui ne pourront jamais dire leur malheur…»
(Charles Beaumont, Black Country)

Les auteurs sont des passionnés de jazz/blues et cela se sent, certains passages musicaux étant magnifiquement écrits. Si la musique domine incontestablement ce recueil on y retrouve d’autres sujets fort bien traités. La haine raciale dans Dog Thunder Blues, mais aussi plus largement la drogue ou encore les rivalités, qu’elles soient musicales ou amoureuses.

« Celle qui m'a vraiment accroché, c'est la chanteuse. Son nom, je m'en souviens comme si c'était hier. Billie Holiday. Elle prenait un malin plaisir à me rendre fou. Elle chantait aux Trois Diables, un petit club. Pour y obtenir une table, il fallait soudoyer grassement le serveur, mais bon sang, ça en valait la peine. Je serais incapable de vous décrire l'émotion que sa voix me procurait. C'était un peu comme une érection, mais tout en douceur. Une érection du cœur, pour ainsi dire. »
(Davis Grubb, Un fruit encore plus étrange)

Le ton de ces nouvelles est assez éclectique. Le magnifique Black Country de Charles Beaumont est sérieux et émouvant tout comme le très réussi Tous les chemins que j’ai parcourus de Davis Grubb. A l’inverse, les dernières nouvelles, signées Bob Garcia et Laurent De Wilde mettant respectivement en scène un batteur looser et un orchestre en route vers les Vosges pour animer un mariage sont bien déjantées et prêtent surtout à sourire bien que la noirceur soit également au rendez-vous.

Au final Jazz me blues est un très bon recueil de nouvelles qui plaira aux passionnés de roman noir tout comme aux amateurs de jazz.
A lire en musique, bien sûr, avec Billie Holliday, Charlie Parker, et les autres…



Jazz me blues, anthologie dirigée par Jean-Paul Gratias, Moisson Rouge (2009), 380 pages.
Par Hannibal - Publié dans : Nouvelles noires
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