Présentation

Je lis


Serial Kronik

Le réseau Serial Kronik fédère des chroniqueurs indépendants désireux d'informer avec passion mais objectivité sur le roman noir et le polar.

Les Serials Kronikeurs sévissent sur les sites suivants :

Action-Suspense
Actu du noir
Bibliomanu
Calibre 47
K-Libre
Moisson noire
Noir comme polar
Pol'Art Noir
Rayon Polar

Recherche

Syndication

  • Flux RSS des articles

Polar sud-américain

Jeudi 16 avril 2009
Le jour où j’ai tué mon père est le premier roman du journaliste brésilien Mario Sabino.


Résumé

Le personnage principal de ce roman, dont on ne connaît jamais l’identité, décide un jour de tuer son père « comme on respire ». Ceci fait, il appelle la police et attend calmement qu’on vienne l’arrêter.
Il entreprend alors de raconter son histoire à sa psychiatre. Comme elle, le lecteur essaie alors de comprendre ce qui a pu pousser cet homme au parricide.


Mon avis

Ce premier roman m’a permis d’inaugurer la littérature noire d’un nouveau pays : le Brésil.

Il faut sans doute tout d’abord insister sur la forme vraiment particulière de ce roman. Il s’agit pour ainsi dire d’un monologue, puisque le lecteur ne connaît du meurtrier que ce qu’il veut bien confier à sa psychiatre. Les quelques autres personnages évoqués le sont uniquement par le narrateur et non identifiés autrement que par rapport à lui : sa femme, son père, sa mère. Seule exception à ce cadre : le roman inachevé qu’il a écrit avant de passer à l’acte et qu’il fait lire à sa thérapeute – et donc à nous. Celui-ci – qui scinde le livre en deux - met en scène d’autres personnages tout en faisant écho à la situation du narrateur.

« J’ai tué mon père comme on tue un insecte. Non, l’image n’est pas exacte, car, la plupart du temps, il y a irritation, sinon peur dans une action aussi banale. Excusez-moi, je divague. Il serait plus juste de dire que j’ai tué mon père comme on respire. D’une respiration régulière qui n’exige pas un grand effort pour attirer l’air jusqu’aux poumons. »

J’ai rarement vu un premier chapitre aussi incisif. Le moins qu’on puisse dire c’est qu’on entre tout de suite dans le vif du sujet, dans le feu de l’action. Aussi, si l’aventure vous tente plus où moins, lisez d’abord le début du roman pour faire votre choix. Vous pouvez le faire sur cette page du site de l'éditeur, Métailié pour ne pas le nommer.

J'admets par contre que dire que la suite se poursuit sur ce rythme serait mentir.
Le jour où j’ai tué mon père se résume surtout à une introspection de ce parricide, qui aborde religion, psychologie, philosophie : on est loin donc de l’action à tout va.
Le tout est cependant extrêmement bien vu de la part de l’auteur. En effet le narrateur – et Sabino derrière lui – se joue du lecteur, tantôt dit la vérité, tantôt ment. Et bien qu’on soit loin du thriller, un certain suspense est présent puisque les rebondissements existent et que petit à petit le mobile de ce parricide se fait et se défait jusqu’à la révélation finale.

Le Brésilien Mario Sabino signe avec Le jour où j’ai tué mon père un premier roman extrêmement original et abouti.



Le jour où j’ai tué mon père
, (O dia em que matei meu pai, 2004) de Mario Sabino, Métailié / Noir (2009). Traduit du portugais (Brésil) par Béatrice de Chavagnac (160 pages).
Par Hannibal
Ecrire un commentaire - Voir les 3 commentaires - Recommander
Lundi 6 avril 2009
Cosa fácil est un roman noir mexicain écrit par Paco Ignacio Taibo II en 1977.


Résumé

Hector Belascoaran Shayne est détective privé à Mexico. Alors qu’il peut parfois être un moment sans affaire, il s’en voit proposer plusieurs coup sur coup. Un homme est persuadé que Zapata n’a pas été assassiné et lui demande de partir à sa recherche. Une actrice de seconde zone craint pour la vie de sa fille et voudrait bien qu’il la protège. Un ingénieur s’est fait assassiner dans une usine où la grève bat son plein et les dirigeants souhaiteraient qu’il démasque l’assassin.
Trois affaires bien différentes, et en même temps, n’est-ce pas trop ? Apparemment pas pour Hector, qui ne semble pas vouloir s’arrêter avant d’avoir tout élucidé.


Mon avis

Ayant récemment eu la chance de rencontrer Paco Ignacio Taibo II au salon du livre de Paris, je ne pouvais plus faire l’impasse sur l’œuvre de ce grand nom du polar mexicain, dont j'avais déjà entendu grand bien.

Si vous me demandez pourquoi il est détective privé, je serais bien en peine de vous répondre. Il est évident qu’à certains moments, il préférerait ne pas l’être, comme il y a des moments où je préférerais être n’importe quoi, sauf écrivain.
Raymond Chandler, cité par l’auteur en exergue du chapitre 5

Le personnage d’Hector m’a beaucoup plu.
Un privé à moitié looser, obligé de partager son bureau avec un plombier, un spécialiste des égouts et un tapissier, pour pouvoir s’en sortir financièrement. Un détective qui suit son instinct mais se laisse aller, ne dort quasiment jamais, fume comme un pompier, boit des litres de cola…
Le suivre au quotidien est un plaisir, puisque les scènes assez cocasses ne manquent pas. Hector prend des commandes de tapisserie pour son collègue, se plaint de la sévère augmentation du Pepsi, et doit en plus de ses affaires en cours gérer des problèmes d’héritage suite à la mort de sa mère. Suivre "Les heures du Corbeau" – cette émission de radio qu’Hector écoute pour tromper l’ennui et surmonter le sommeil lors de ses interminables nuits de filatures – est également très sympa.

Il s’éloigna du mur et contempla les trois photos et les trois papiers qui les accompagnaient comme si cela avait  été un tableau de Van Gogh. Un détective de roman policier se serait écrié « Eurêka ! ». Et tout se serait mis en place.
Mais les choses n’étaient pas toujours ce dont elles avaient l’air, a plus forte raison alors qu’il ne disposait que d’informations en morceaux qui se recoupaient vaguement. […]
C’était décidément le grand avantage de la vie sur la fiction : elle était sensiblement plus compliquée.


La figure du labyrinthe est évoquée par Taibo II dans le roman, et c’est effectivement ce à quoi fait penser Cosa fácil. Hector a choisi de faire face à trois affaires assez complexes en même temps, et a grand peine à s’en sortir : tant mieux.
Le rythme est lent, puisque l’accent est mis sur le quotidien d’Hector au moins autant que sur ses enquêtes à proprement parler : peu importe.
Suivre Hector dans son travail est un réel plaisir. Il n’a pas les cellules grises ni les intuitions géniales d’un Hercule Poirot, ne maîtrise pas les arts martiaux à la perfection, n’a pas le physique d’un super-héros… Il est le détective que tout le monde pourrait être – avec un peu d’entraînement – et c’est ce qui fait son charme.

Dans cette vie, mourir est facile
Mais vivre, est bien plus difficile

Vladimir Maïakovski, cité par l’auteur en exergue du roman

Au final, j’ai passé avec Cosa fácil de très bons moments en compagnie de ce détective singulier qu’est Hector et poursuivrai avec plaisir la lecture de l’œuvre de Paco Ignacio Taibo II.



Cosa fácil, (Cosa fácil, 1977) de Paco Ignacio Taibo II, Rivages/Noir (1994). Traduit de l’espagnol (Mexique) par Mara Hernandez et René Solis (244 pages).
Par Hannibal
Ecrire un commentaire - Voir les 3 commentaires - Recommander
 
Créer un blog sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur - Signaler un abus - Articles les plus commentés