RésuméDanny Cartwright invite Beth au restaurant pour lui demander sa main. La soirée promettait d’être belle. Seulement voilà, ils se trouvaient tous deux au mauvais endroit au mauvais moment et Danny est accusé du meurtre de son meilleur ami. Simple garagiste dans l’East End, qui pourrait croire à sa version des faits alors que les quatre témoins de l’accusation sont un brillant avocat, un acteur à succès, un aristocrate et un talentueux agent immobilier.
Danny va devoir se battre pour prouver que l’on n’est pas nécessairement condamné toute sa vie à rester prisonnier de sa naissance.
Mon avis
– J’ose espérer, l’interrompit le juge, que vous n’insinuez pas, maître Munro, que cela diminue l’importance des charges contre l’accusé ?
– Non, monsieur le juge. Mais j’ai découvert avec le temps qu’il y a peu de choses qui sont soit blanches soit noires. Je peux mieux le résumer, monsieur le juge, en disant que c’était un honneur d’avoir servi sir Nicholas Moncrieff et que ça a été un privilège de travailler avec M. Danny Cartwright. Tous deux sont des chênes, même s’ils ont été plantés dans des forêts différentes. Mais encore une fois, monsieur le juge, nous souffrons tous, bien que différemment, d’être prisonniers de notre naissance.
L’idée de départ – un homme accusé à tort du crime de son meilleur ami et peu aidé par son origine sociale – est fort simple. La suite est à l’avenant. Au moins, on ne pourra pas accuser Jeffrey Archer de perdre son lecteur dans une intrigue des plus complexes où trente-six histoires s’entrecroisent. Ici, une seule suffit.
Quand Danny monta à bord de l’Heathrow Express, il pensa à Beth. Il voulait désespérément la revoir.[…]
Si seulement il pouvait remonter le temps…
Si seulement ils étaient allés dans le West End la nuit suivante…
Si seulement ils n’étaient pas allés dans ce pub…
Si seulement ils étaient sortis par la porte d’entrée…
Si seulement…
Cependant l’auteur est parvenu, malgré cette sobriété scénaristique, à m’amener à suivre avec intérêt le difficile parcours de Danny.
Tout d’abord par de bonnes descriptions psychologiques des personnages, avec un beau travail sur la séparation ou encore le regret. Certains d’entre eux sont plutôt réussis (j’ai plusieurs fois souri à l’évocation des rôles de Lawrence Davenport, l’acteur à succès), bien que la caricature guette parfois.
Ensuite par la manière qu’à Jeffrey Archer de faire vivre avec passion les scènes de procès (qui occupent une bonne partie du roman), parfois si soporifiques dans certains polars. On le sent parfaitement à son aise dans cet exercice, sa grande connaissance des milieux judiciaires étant sûrement à chercher du côté de sa biographie – il a connu l’expérience des tribunaux, et pas forcément du bon côté de la barre.
Bien que la couverture nous annonce « Thriller » (raisons commerciales obligent), je n’ai pas frissonné du tout à la lecture de ce roman.
Si quelques twists sont excellents (il y en a un en particulier qui est vraiment énorme), les rebondissements se font trop souvent désirer pour apporter le suspense escompté (d’autant qu’ils sont parfois bien prévisibles).
Au final, malgré un rythme assez lent et un manque de réelles surprises, Seul contre tous demeure un assez bon polar, simple et efficace. Sans doute y a-t-il là matière à un bon film.
On regrettera aussi un titre français assez bateau, alors que j’ai trouvé le titre original – Prisoner of Birth – excellent et très à propos.
Je ne vous cache pas que certains lecteurs sont plus enthousiasmes que moi sur ce coup-là. Je vous conseille notamment la chronique de Claude Le Nocher, qui sur son blog Action-Suspense décerne un coup de cœur à Seul contre tous.
Seul contre tous (Prisoner of Birth, 2008), Jeffrey Archer, Editions First (2009). Traduit de l’anglais (Grande-Bretagne) par Marianne Thirioux (572 pages).

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