RésuméJulius Winsome vit depuis toujours dans son chalet, au cœur d’une forêt du Maine. Ce célibataire amoureux de la nature s’est entouré de quelque trois mille livres et son chien Hobbes lui tient compagnie. Un matin, Hobbes tarde à rentrer et Julius est pris d’un mauvais pressentiment. Il le retrouve mourant, touché par une balle de fusil. Incident de chasse ? Acte volontaire ? Toujours est-il que l’équilibre de la petite vie paisible de Julius est rompu. Ne comptant pas laisser ce crime impuni il ressort pour l’occasion le fusil de son grand-père, héros de la Première Guerre mondiale.
Mon avis
« Quelle tristesse de jeter cette première pelletée de terre sur sa tête, de voir cette découpure effectuée dans ce corps qui avait si souvent couru après des jouets que j’avais lancés ou frissonné sur le sol au cours de rêves dans lesquels il galopait en aboyant. La pelle entrait et sortait du faisceau lumineux tandis que la terre heurtait son ventre, son dos, pénétrait dans ses oreilles, dans ses yeux, et que je l’ensevelissais, ainsi que tout ce qui avait contribué à faire de lui ce qu’il était : ses promenades, ses moments de repos, ses repas quand il avait faim, les étoiles qu’il contemplait parfois, le jour où je l’avais amené à la maison, la première fois où il avait vu la neige, et chaque seconde de son amitié, tout ce qu’il avait emporté avec lui dans le silence et l’immobilité. J’ai jeté sur mon ami le monde entier à coups de pelle et en ai ressenti le poids, comme si j’étais étendu à ses côtés dans ces ténèbres. »
Comme on pourrait s’en douter d’après le titre, ce roman repose sur les épaules d’un seul personnage, mais lequel ! Gerard Donovan ayant choisi d’utiliser la première personne, on suit de l’intérieur le parcours de Julius Winsome pour démasquer l’assassin de son chien. Difficile de ne pas partager dans un premier temps sa grande douleur, son incompréhension, puis de ne pas sentir sourdre en nous une envie de justice. L'auteur fait merveilleusement passer les émotions de son personnage, et sans jamais chercher à expliquer, raconte, tout simplement.
« Novembre arrive dans le Maine du Nord porté par un vent cinglant qui souffle du Canada. Il traverse sans entrave la forêt clairsemée, drape de neige les berges des rivières et les flancs des coteaux. Le lieu est solitaire, non seulement en automne et en hiver, mais d’un bout de l’année à l’autre. Le temps est gris et rude, les espaces sont vastes et désolés, et le vent du nord balaie tout sans pitié, vous arrachant même parfois certaines syllabes de la bouche. »
A ce superbe travail sur le personnage principal et sa quête de vérité s’ajoutent de belles trouvailles, comme ces néologismes de Shakespeare que Julius retrouve, des années après les avoir appris avec son père. Et puis Donovan a beau être Irlandais, il décrit l’hiver et les forêts du Maine magnifiquement, d’une écriture que ne renieraient pas les plus grands auteurs américains du nature writing.
« La nuit m'a durci comme un bâton et m'a brandi contre le monde. J'étais un bâton menaçant l'univers. J'ai regardé ma main qui agrippait la crosse. J'étais le fusil. J'étais la balle, la cible, la signification d'un mot qui se dresse tout seul. Voilà le sens du mot "vengeance", même lorsqu'on le couche sur le papier. »
Roman noir ? Roman psychologique ? Au final, peu importe le nom qu’on lui donnera. Toujours est-il Gerard Donovan signe avec Julius Winsome un roman fort, qui marquera durablement l’esprit du lecteur. Nul doute que je guetterai avec attention les prochaines parutions de cet auteur talentueux.
A découvrir cet été !
Julius Winsome (Julius Winsome, 2006) de Gerard Donovan, Seuil (2009). Traduit de l’anglais (Irlande) par Georges-Michel Sarotte (244 pages).

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