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Science-Fiction / Anticipation

Lundi 12 octobre 2009
Narcose est un roman de Jacques Barbéry, initialement paru en 1989 chez Denoël (collection "Présence du futur").
En 2008, il est réédité dans une version augmentée par les éditions La Volte, avec un CD  de la bande originale du livre (intitulé Une soirée au Lemno’s Club), également signé Jacques Barbéri.
Narcose est le premier roman d’un triptyque : suivent La mémoire du crime (paru en février) et Le tueur venu du Centaure (à paraître en 2010).


Résumé

Narcose, ville-rêve… Anton Orosco, artiste de la magouille, doit fuir. Son salut passe par l’extrados, la zone urbaine des marginaux peuplée par une faune étrange, décalée, où les lolitrans croisent des humains à tête d’animal. Mais se cacher est inutile. Autant changer de corps. En s’embarquant dans une course à la chirurgie plastique, Anton ne pensait pas finir dans la peau d’un lapin. Ni rencontrer Célia, l’adolescente mystérieuse capable de franchir l’envers du décor. Bourré d’amphécafé et de scotch-benzédrine, Anton traverse à toute allure un univers grouillant et instable. En quête d’une issue. D’un plancher tangible. Car à Narcose, lorsqu’on tombe, c’est peut-être le sol qui monte.


Mon avis

Comme certains d’entre vous ont peut-être pu le deviner d’après le grand nombre de chroniques se trouvant dans la rubrique SF, je ne suis pas très attiré par ce genre.
Si j’ai lu Wells, Bradbury, Orwell ou encore Huxley (quand même, faut pas pousser non plus !), ma culture SF – peut-être devrais-je dire mon inculture ? – s’arrête à peu près là (pour ce que j’ai lu en tout cas).
De temps en temps, sur conseil, il m’arrive d’en lire, et aussi paradoxal que cela puisse paraître, je suis rarement déçu.

C’est donc suite à l’excellent article de Laurent Leleu (merci à lui pour le conseil) paru dans le dernier numéro du non moins excellent L’indic (merci à eux) que j’ai découvert Jacques Barbéri.

« Il malaxe nerveusement un écran-mouchoir, qu’il étale brutalement devant lui… Encore vint minutes. Vint interminables minutes avant de savoir s’il va faire l’objet d’une mise en examen… Il repense au visage cadavérique du juge d’instruction, les veines probablement récurées au Chupabomber ou à la mélasse lysergique. Un accro de première bourre, friand de dessous de table qu’il n’a lui-même pas su honorer. Son avocat a fait des pieds et des mains – bien qu’il en soit dépourvu, en tant que membre de la congrégation des stigmatisés – pour obtenir un non-lieu anticipé, sans succès. Pour rester dans les formules douteuses, il n’a pas eu le bras assez long. Et maintenant son devenir ne tient plus qu’à un fil. Il soupire en avalant cul sec une éprouvette d’Amphécafé, la dixième de la matinée[…] »


Narcose, c’est un concentré d’inventions en tout genres, au niveau des êtres vivants, des moyens de transport, des objets, de la ville, bref, d’un univers tout entier.
C’est souvent ce qui me fait perdre pied en SF : quand il y a trop d’inventions à ingurgiter, je n’assimile pas, c’est indigeste (suivent alors ballonnements voire nausées). Et pourtant, ici, malgré les délires permanents de l’auteur (y a qu’à voir le concert de rodéomethatrombix du musicien Cornélicius en fin de roman) j’ai vraiment accroché.

« Il fait la manche en face du Jungle Beer. Recueille de quoi s’acheter un sandwich de Gmorl ou un cornet d’encornets, dort sur des cartons et pleure. Durant les longues heures d’attente et de vide, assis en tailleur sur le béton froid, bercé par le cliquetis des pièces percutant le sol, il se demande parfois comment il a pu en arriver là. Mais lorsqu’il gigote à la lisière du sommeil, le carton crissant contre son dos, la fraîcheur de la nuit picorant sa peau nue, il navigue dans son passé et constat qu’il n’y a vraiment rien à en tirer. Qu’il ne pouvait pas atterrir ailleurs qu’ici. Dans un corps d’emprunt, amoché et repoussant, sans avenir et surtout sans espoir. Il ne sait même pas s’il hait suffisamment Lion pour désirer le tuer, mais se rend bien compte que s’il pouvait répondre par la négative à cette question, il n’aurait plus qu’à se laisser mourir sur le champ.
Il entretient donc sa haine. »


Pourquoi ais-je accroché alors? L’explication me paraît assez simple. Parce que c’est bien écrit tout d’abord. Et aussi parce que Barbéri ne craint pas le mélange des genres et que ce roman (et le second plus encore apparemment) emprunte beaucoup aux codes du roman noir.
Anton Orosco, le héros de ce roman, fuit en permanence les emmerdes. Ce magouilleur invétéré a fini par se faire pincer et doit se faire discret s’il ne veut pas passer les prochaines années sur une planète qui semble avoir tout du bagne.
Ce brave Anton est véritablement accroc à l’amphécafé et tient plutôt bien le scotch-benzédrine. De plus, les femmes (ou ce qui y ressemble dans cet univers déjanté) ne sont pas sans lui faire de l’effet.
Pour se faire oublier, Anton erre dans l’extrados, sorte de ghetto de Narcose où alcool, drogue et prostitution sont facilement disponibles.
Assez rapidement vient s’ajouter une histoire de vengeance, qui ajoutée à la fuite d’Anton fournit un suspense appréciable.
Barbéri fait également des clins d’œil, que j’ai parfois pu déceler (à Alice au pays des merveilles, à Star Trek) et parfois non (à Philip K. Dick aussi apparemment, mais comme je ne l’ai pas lu – oui je sais c’est pas bien !).

La lecture de ce bon roman est rendue plus agréable encore par l’ambiance musicale fournie en complément. C’est assez expérimental (ça ne plaira pas forcément à tous) mais j’ai trouvé ça sympa et bien fait. Barbéri est aussi un bon saxophoniste (il joue dans la formation Palo Alto) et certains morceaux sont très bons (je pense à la 8e piste, nommée Gay tapant, notamment). Vous pouvez en écouter certains sur ce Myspace.

Au final, un bon moment de lecture que je conseille à ceux qui ne sont pas allergiques à la SF, ou à ceux qui comme moi essaient de se soigner.



Narcose de Jacques Barbéri, Éditions La Volte (2008), 200 pages.
Par Hannibal
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Jeudi 8 novembre 2007
Porteurs d'âmes est un roman de Pierre Bordage, grand auteur de science-fiction français. 
Ce roman est vraiment difficile à classer, tant il emprunte à de nombreus genres : polar, science-fiction, roman d'amour, ... Personnellement, je le mettrai en SF.

Ce roman fait partie de la sélection automnale du Prix SNCF du Polar 2007 dans la catégorie Polars français.


porteursdame.JPG Résumé

Léonie, achetée enfant au Liberia, séquestrée, prostituée, s'enfuit à vingt ans de son enfer pour se retrouver clandestine et sans papiers dans les rues de Paris. Edmé, inspecteur désenchanté à la Crim', déprimé par tes violences, la misère et le cynisme qu'il côtoie chaque jour, découvre un étrange charnier dans la Marne. Cyrian, fils de famille en mal de raisons de vivre, se prête à un voyage expérimental d'un genre nouveau, pour trouver le frisson de l'extrême : le transfert de l'âme dans un corps d'emprunt. Leur point commun ? Tous trois sont porteurs d'âmes, comme tous les êtres humains. Mais parfois les âmes ne sont pas où elles devraient être... 

Mon avis

Excellente lecture que je vous conseille vivement.

Un petit mot tout d'abord sur le découpage du livre. L'alternance des personnages tous les chapitres, parfois lourde, voire énervante dans certains romans, me paraît ici justifiée et réussie, avec à chaque fois LA petite phrase finale (à la Chattam, je dirais) qui donnerait presque envie de sauter les deux autres chapitres pour savoir ce qui suit directement.

L'écriture est agréable et très fluide.
Les personnages principaux sont tous très attachants.
Pas de temps mort : on ne s'ennuie pas une seule seconde.
J'ai particulièrement apprécié l'aspect sociétal du roman, avec une mention spéciale pour les petits éléments de la vie courante - dans ce futur proche créé par Bordage - qui sont parfois croustillants, et plausibles (nouvelles limitations de vitesse, conflits au Moyen-Orient, ...).

Seul bémol : quelques éléments bien trop prévisibles (à mon avis).
Par Hannibal
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