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Polar américain

Vendredi 26 juin 2009 5 26 /06 /2009 23:22
Little Bird, publié par les éditions Gallmeister est le premier roman de Craig Johnson traduit en France. C’est également la première enquête du shérif Walt Longmire.


Résumé

Cody Pritchard est retrouvé mort en pleine nature, près de la réserve cheyenne. Nombreuses sont les personnes à détester le jeune homme après qu’il a abusé de Melissa Little Bird. Surtout depuis qu’un jury composé de blancs lui a permis de retrouver sa liberté malgré le viol de la jeune indienne.
Un accident de chasse ? Une vengeance ? C’est ce que l’enquête devra révéler. Celle-ci est conduite par celui qui représente la loi sur le comté d’Absaroka :  l’atypique shérif Walt Longmire, qui n’attendait plus que la retraite après un quart de siècle de bons et loyaux services.


Mon avis

« Les moutons s’en étaient donné à cœur joie. La veste orange était déchirée à l’endroit  où ils avaient essayé de la bouffer, les manches de sa chemise de flanelle étaient en loques, et même ses bottes donnaient l’impression d’avoir été grignotées. Ils avaient dormis couchés sur lui, récupérant les dernières parcelles d’énergie de feu Cody Pritchard à mesure que son corps refroidissait. Enfin, au grand dam des types du labo, ils avaient chié sur le cadavre.
Je tendis le bras vers les moutons au pied de la colline.
-    J’imagine que tu va vouloir interroger les témoins. »


L’intrigue est assez classique mais captivante, Craig Johnson distillant indices contradictoires et rebondissements de manière à ne pas laisser d’autre choix au lecteur que de poursuivre jusqu’à un dénouement émouvant et inattendu.

« Son ton était hésitant et j’étais certain qu’il y avait quelque chose à creuser, là. Alors, j’avais utilisé un de mes vieux trucs de flic et je lui avais demandé s’il n’y avait pas quelque chose qu’elle voulait me dire. Elle avait utilisé un de ses vieux trucs de mère et m’avait répondu non. Les trucs de flics ne font pas le poids devant les trucs de mère. »

Si l’intrigue n’est pas aussi secondaire que dans bien des romans noirs, je pense que la réussite de l’auteur vient surtout de son talent dans l’écriture.
Les personnages – qu’ils aient d’ailleurs un rôle important ou non – sont exceptionnels. En tête de ce casting figurent Walt Longmire, un shérif de 118 kg se laissant aller depuis la mort de sa femme ; Henry Standing Bear, son ami indien gérant de bar ; Vic, sa collègue au caractère bien trempé, et tous les autres… Bref, de vrais bons personnages, comme j’aimerais en voir plus souvent. L’humour est également très présent, particulièrement dans des dialogues parfois à mourir de rire.

« Je regardai les traînées de nuages reflétées par la lune. Il avait l’air de faire froid dans la montagne. Nous étions dans la cinquième année d’un cycle de sécheresse et les ranchers se réjouiraient de voir l’humidité s’accumuler là-haut. Au printemps, l’eau porteuse de vie descendrait le long des précipices, faisant pousser l’herbe, nourrissant les vaches, pour qu’on ait des hamburgers et que le shérif soit payé. C’était dans l’ordre naturel des choses, ou du moins, c’était ce que les ranchers me disaient et me répétaient »

Enfin, Craig Johnson n’a pas son pareil pour nous faire aimer sa région, le Wyoming. Les Big Horn Mountains, la réserve indienne, jusqu’aux méditations de Walt devant le vol des oies sauvages : les descriptions de la nature sont sublimes et teintées de poésie.
Bien qu’on voyage déjà à la lecture, c’est clairement le type de roman qui me donne envie de voir le vaste monde.

« Il grimaça et bougea un peu.
-    Une douleur ?
-    Non, j’ai ce qu’il faut, merci.
J’avais envie de lui mettre mon poing sur la figure. »


Bravo et merci à Gallmeister de nous permettre de découvrir cet auteur de talent qu’est Craig Johnson en proposant ce premier volet des enquêtes de Walt Longmire – les autres vont suivre et cinq sont déjà paru outre-Atlantique.
Little Bird est une véritable réussite qui ne donne qu’une seule envie : retrouver rapidement Walt, Henry, Vic et les autres pour de nouvelles aventures dans les grands espaces du  Wyoming.

Une lecture que je vous conseille très vivement. Mon coup de cœur de l’année pour l’instant.



Little Bird (The Cold Dish, 2006) de Craig Johnson, Gallmeister (2009). Traduit de l’anglais (États-Unis) par Sophie Aslanides (424 pages).
Par Hannibal - Publié dans : Polar américain
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Mardi 16 juin 2009 2 16 /06 /2009 15:26
Une tombe accueillante est le troisième roman du jeune romancier américain Michael Koryta (il est né en 1983).
C'est le troisième roman mettant en scène le détective Lincoln Perry, après


Résumé

Lincoln Perry est un ancien policier devenu détective à son compte. Il est contacté par son ex, Karen, pour retrouver Mathew, le fils de son mari. Ce dernier, un avocat du nom d’Alex Jefferson, vient d’être assassiné, et le fils, qui a rompu les liens, doit toucher un beau pactole en guise d’héritage.
La mission paraît simple, mais ne va pas sans problèmes. Le fils semble introuvable tandis que Lincoln se voit rapidement mettre des bâtons dans les roues par la police, qui voit en lui le coupable idéal dans le cadre de l’assassinat de l’avocat.


Mon avis

Merci au Seuil et à Chez-les-filles.com de m’avoir fait découvrir cet auteur américain ma foi très efficace.

"Quand Karen m’avait demandé de rechercher le fils de son mari défunt, il ne m’avait pas semblé imprudent d’accepter. Tout cet argent pour un boulot de simple routine. Bien sûr, je figurais sur la liste des suspects, même si c’était tout à la fin. Mais j’avais ignoré ce fait en vertu  d’un principe que je serinais à tout le monde du temps où j’étais flic : quand on n’a rien à se reprocher, on n’a rien à craindre.
Je n’avais toujours rien à me reprocher, mais j’avais de plus en plus clairement l’impression d’avoir quelque chose à craindre.
"

Une tombe accueillante démarre de manière assez classique puis se complexifie peu à peu sans jamais pour autant perdre de son intérêt. Les rebondissements sont nombreux et l’identité du meurtrier très incertaine, faisant de ce thriller une espèce de whodunit.
L’intrigue est un modèle d’efficacité et Koryta parvient à mener une sorte de double enquête passionnante qui donne tout son piment au roman. Plus Perry progresse dans son enquête, plus la police est persuadé de sa culpabilité dans la mort de l’avocat.

"Je revins à la fenêtre pour voir si l’on me surveillait toujours. La voiture y était et la pluie dansait sur son toit. Avec la lumière éteinte, ils ne pouvaient probablement pas me voir, mais je leur fis un bras d’honneur quand même, au cas où, avant de m’endormir."


Tout en conservant un rythme assez soutenu, Koryta parvient à nous offrir des descriptions réussies. S’il nous donne à voir quelques belles images de l’Indiana, il excelle particulièrement dans le traitement des personnages.
Le narrateur n’est autre que Lincoln Perry, détective au caractère bien trempé. Celui-ci est bourru, têtu, mais devient aussi rapidement attachant pour le plus grand plaisir du lecteur.
J’ai également apprécié la relation qu’il entretient avec Joe, son collègue mais néanmoins ami. Ce dernier a été contraint de faire une pause suite à un accident et à du mal à se convaincre de reprendre son poste auprès de Lincoln, lequel se voit mal travailler sans l’autre membre de leur binôme si performant.

Avec Une tombe accueillante, Michael Koryta signe un polar très réussi, confirmant le talent que certains avaient vu en lui à l’occasion de ses précédents romans. Un américain de plus à suivre donc…


A noter : Pour les anglophones fans de Koryta , un quatrième roman existe, Envy the night. Encore non traduit en France à ce jour, il s'agit d'un roman indépendant (sans Perry donc).



Une tombe accueillante (A Welcome Grave, 2007) de Michael Koryta, Seuil Policier (2009). Traduit de l’anglais (États-Unis) par Mireille Vignol (350 pages).
Par Hannibal - Publié dans : Polar américain
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Mercredi 13 mai 2009 3 13 /05 /2009 13:18

Au-delà du mal (By Reasons of Insanity) est un roman policier, écrit en 1979 par Shane Stevens, pseudonyme d’un auteur américain dont on ne sait pas grand chose.


Résumé

A l’âge de dix ans, Thomas Bishop assassine sa mère. Quinze ans plus tard, il s’échappe de l’établissement psychiatrique où on l’avait enfermé. Pour lui, les femmes sont des démons et il n’a plus qu’un seul objectif : les éliminer toutes, de la première à la dernière.
Commence alors une chasse à l’homme comme l’Amérique n’en a jamais connu, derrière un tueur faisant preuve d’une intelligence hors-normes, ayant toujours un coup d’avance, bref, insaisissable.



Mon avis

« Pour le bien de la société, un monstre de son acabit devait absolument être capturé ou détruit. Le salut de l’espèce l’exigeait. De même qu’un organe défectueux se doit d’être retiré pour la survie du corps, un individu défectueux se doit de l’être pour la survie du groupe. Et Vincent Mungo (un des nombreux alias de Bishop) était défectueux. Il tuait ses semblables. Une vraie métastase. »

Thomas Bishop, doté d’une intelligence à toute épreuve, a eu quinze ans pour préparer sa vengeance. Après son évasion spectaculaire, il sème la mort sans répit, changeant d’identité comme de chemise, laissant tout au long de son périple plus de cadavres que d’indices. A côté de lui, Hannibal Lecter et consorts font figure de petits joueurs.
L’aspect psychologique du personnage est si réussi qu’il met mal à l’aise. Stevens nous met dans la tête de ce meurtrier sans pitié et l’on n’a alors d’autre choix que d’essayer de comprendre la raison de ses actes insensés.


« D’un autre côté, il devait bien reconnaître que ce Kenton était très fort, comme un reporter qui aurait eu les compétences d’un flic. Malheureusement, ce dont il avait le plus besoin en ce moment, lui, c’étaient de quelques flics qui ayant les compétences des flics. »

Si le personnage de Bishop est exceptionnel – peut-être le personnage de serial killer le plus abouti de la littérature policière ? – le travail de Stevens sur les personnages secondaires est tout aussi remarquable.
Autour du tueur en série gravitent une galerie de personnages hauts en couleurs, dont le roman suit le destin en parallèle – ce qui soit dit en passant pourrait exaspérer les lecteurs amateurs d’une intrigue simple.
On suit ainsi de nombreux protagonistes :
- plusieurs hommes de médias dont Adam Kenton, le journaliste chargé de retrouver Bishop avant la police
- plusieurs policiers : l’intuitif lieutenant Spanner, un des premiers à s’être lancé à la poursuite du tueur, mais aussi le shérif Oates ou l’inspecteur Dimitri
- Stoner, un politicien à l’ambition démesurée, bien décidé à réussir par tous les moyens
- Finch, un criminologue passionné par les tueurs en série, rêvant de percer le mystère Bishop pour écrire un livre
- Le père d’une des victimes du monstre, bien décidé à se venger en faisant appel à la pègre …

« Le soir, il se gobergea jusqu’à l’épuisement et s’endormit devant une émission de télévision où il était question d’un double viol commis par une bande de voyous, d’un cadavre, gisant dans son sang, et filmé à grand renfort de plans serrés, d’un enfant balancé du quatrième étage par un de ses parents et d’une fusillade entre la police et un preneur d’otages – le tout en moins d’un quart d’heure. L’émission s’intitulait Le journal télévisé du soir. »

Aux nombreux personnages peuplant ce riche roman vient s’ajouter en toile de fond une critique féroce de l’Amérique contemporaine et de ses dérives.
Shane Stevens nous plonge tout au long de ce roman fleuve dans les Etats-Unis de la seconde moitité du XXe siècle, du quotidien des gens simples aux rouages politiques du sommet de l’Etat.

Malgré quelque 750 pages et des descriptions fouillées, l’intrigue demeure très intense du début à la fin. Si l’on ressort de ce livre éprouvé par la carrière de Bishop, on a bien du mal à le lâcher avant d’en connaître le dénouement.

Après avoir profondément influencé la crème du polar américain (Ellroy, King ou encore Connolly ne cachent pas leur admiration pour ce livre), Au-delà du mal, énorme roman de serial killer (mais pas seulement, ce serait réducteur) devrait enfin connaître en France le succès qu’il mérite.


 

Au-delà du mal (By Reasons of Insanity, 1979), Shane Stevens, Sonatine Editions (2009). Traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Clément Baude (759 pages).

Par Hannibal - Publié dans : Polar américain
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Vendredi 27 mars 2009 5 27 /03 /2009 00:01
Mort avec retour (The Book of Fate) est le sixième roman de l'Américain Brad Meltzer.


Résumé

Wes Holloway est l’un des plus fidèles collaborateurs du Président des Etats-Unis, et ce depuis de nombreuses années. Lors d’un déplacement officiel en Malaisie, Wes entre dans la pièce réservée au Président Manning et y surprend quelqu’un qui ne lui est pas totalement inconnu. Il croît rêver puisque Ron Boyle, l’homme en question, un ami du Président, a été tué huit ans plus tôt dans un attentat.
S’agit-il vraiment de Boyle ? Si oui, que fait-il là après tout ce temps ? Et comment expliquer sa disparition ?
Dans les coulisses de la Maison Blanche, et sur fond de secrets d’Etat, Wes va devoir enquêter pour en avoir le cœur net.


Mon avis

Je connaissais Brad Meltzer de nom mais n’avait pas encore eu l’occasion de le lire. C’est désormais chose faite.

Comme dans Chantage – un de ses précédents romans – on retrouve dans Mort avec retour la grande connaissance qu’à l’auteur de la Maison Blanche, et pour cause : il a écrit des discours pour le Président Clinton.

Les ingrédients principaux du thriller sont au rendez-vous. Le suspense est bien présent, et ce dès le tout début du roman, très accrocheur. La dynamique du récit est entretenue par de  courts chapitres avec alternance des personnages – mais aussi de l’énonciation, tantôt à la première personne lorsque l’on suit Wes, tantôt à la troisième et par un narrateur extérieur pour les autres protagonistes.
Les personnages sont pour la plupart bien sympathiques, y compris les « méchants » de service, et notamment Nico, un tueur complètement barré.

Malheureusement pour moi, je n’ai pas été totalement ravi par cette lecture, mais c’est plus une question de goût personnel qu’autre chose. Le complot politique sur lequel repose très largement l’histoire est bien traité mais pourrait réfréner les ardeurs des lecteurs les plus imperméables à ce style de thriller. J’aurais tendance à faire partie de cette catégorie, les thrillers à base de complot et d’espionnage, et a fortiori fortement marqués US, n’étant pas mon sous-genre de polar favori.

S’il ne s’agit pas du polar de l’année, l’ensemble reste d’un bon niveau et se laisse suivre facilement et même avec un certain plaisir.
Brad Meltzer signe avec Mort avec retour un nouveau thriller efficace, qui ne devrait pas laisser les amateurs du genre indifférents.



Mort avec retour (The Book of Fate, 2008), Brad Meltzer, XO Éditions (2009). Traduit de l’anglais (États-Unis) par Emmanuel Pailler (442 pages).
Par Hannibal - Publié dans : Polar américain
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Mardi 17 février 2009 2 17 /02 /2009 11:19
Rasta Gang est l’unique roman de Phillip Baker.
Initialement paru en France il y a douze ans (chez Fleuve Noir et sous le titre Blood Posse), ce roman vient d’être publié par Moisson Rouge.


Résumé

Brooklyn, 1970. Danny Palmer est un adolescent fraîchement débarqué de Jamaïque. En butte au racisme et à la violence des gangs de Noirs américains qui se livrent aux guerres de territoires pour le contrôle du trafic de drogue, il choisit de rejoindre la secte des Rastafariens qui fera de lui un véritable guerrier de Jah.
Rasta Gang raconte l’histoire de la difficile assimilation des nouveaux arrivants des Caraïbes dans l’importante minorité ethnique noire, déjà à l’étroit, et de la lutte acharnée des rastas pour s’imposer dans les rues chaudes de Brownsville, à coups de flingue, de cocaïne et de pognon.


Mon avis

« New-Lots était considéré comme la jungle : une jungle humaine où les guerres entre les bandes, la prostitution, le racket et la pauvreté régnaient comme des fauves en liberté. »
«  Les choses changeaient à toute allure, les rues étaient devenues un champ de bataille plus féroces que les jungles du Vietnam. »


Brooklyn, 1970.
La violence est omniprésente. Dans les quartiers, entre misère et racisme, la guerre des gangs fait rage, pour le trafic de drogues essentiellement. On s’entretue entre ethnies ou même entre compatriotes, souvent plus par principe ou par inimitiés personnelles que par réel intérêt économique.
Alors que se tient en même temps la guerre du Vietnam, cette triste comparaison : il meurt quotidiennement plus de gens de mort violente dans les rues new-yorkaises que de GI’s dans la jungle vietnamienne.

« Aux yeux des hommes qui m’entouraient, j’avais défié la puissance de Chico à deux reprises, et dans leurs regards se lisait le ressentiment, car ils savaient qu’ils resteraient des sans-grade, alors que j’étais destiné à devenir un chef. Screaming était plein de fierté, mes actes l’avaient grandi aux yeux de ceux qui s’opposaient à lui. Il avait transformé un garçon en homme et lui avait donné la faculté de survivre. »

Danny Palmer à quatorze ans et arrive de Jamaïque.
C’est dans le contexte difficile décrit ci-dessus qu’il entre alors, trop vite et malgré lui, dans la délinquance qui sévit à l’époque. Il quitte sa mère, l’école et l’enfance pour tenter de trouver sa place dans la rue. Dès lors, il n’a plus qu’un objectif, et non le moindre : tenter de survivre dans ce monde impitoyable, et ce par tous les moyens.

Le roman, écrit à la première personne nous est raconté par Danny Palmer, cet ado faisant ses armes de gangster au sein des gangs rasta de New York. L’un des tours de force de l’auteur est de réussir à faire s’attacher le lecteur à ce jeune homme, qui par certains aspects représente ce que l’homme peut faire de pire. Sans vouloir l’excuser, Baker nous amène à comprendre, dans ce qui ressemble fort à un conte initiatique, comment un adolescent apparemment plutôt gentil et intelligent peut en arriver à ce stade ultime de violence, quasiment sans l’avoir choisi.

« Johnny Toobad, comme beaucoup de jeunes Jamaïcains, était obsédé par les westerns et les films de gangsters. Ils vivaient comme leurs héros, vite et dangereusement. Dans leur univers, le flingue régnait en maître. Ils étaient issus de la misère et ne craignaient personne. Pour moi, c’était différent. Le mal que s’infligeait les hommes les uns aux autres m’endurcissait petit à petit. C’était la réalité. »

Réalité, c’est le maître-mot de ce magnifique roman noir, qui est avant toute chose criant de réalisme. Et pour cause puisque Phillip Baker, lui-même gangster jamaïcain de Brooklyn, a écrit Rasta Gang en prison. Difficile alors d’être mieux placé que lui pour écrire sur les guerres de gang intestines, le racisme, les violences policières ou encore les conditions carcérales.

« Le monde est une foire d’empoigne. La moralité n’a plus cours. Il faut être un rat avec un fort instinct de survie. La ville est une jungle, mais pas parce que les gratte-ciel ont remplacé les arbres. »


Le sujet qu’il aborde, allié à son extrême réalisme, fait de Rasta Gang un des romans les plus violents que j’ai eu l’occasion de lire.
En conséquence, s’il est à mes yeux  un excellent roman noir ainsi qu’une œuvre majeure, voire incontournable sur la vie (et la mort) dans les rues américaines, ce livre n’est pas à mettre entre toutes les mains.



Rasta Gang (Blood Posse, 1994), Phillip Baker, Moisson Rouge (2009). Traduit de l’anglais (Etats-Unis) et préfacé par Thierry Marignac (574 pages).
Par Hannibal - Publié dans : Polar américain
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Mercredi 31 décembre 2008 3 31 /12 /2008 19:48
La voie de l’ennemi est le premier roman de Tony Hillerman, l’un des pères du roman policier dit « ethnologique ».
C’est également la première enquête de Joe Leaphorn, policier d’origine navajo.


Résumé

Joe Leaphorn part à la recherche d'un petit délinquant, et retrouve son cadavre sur une piste de la réserve. Dès lors, il se pose deux questions : qui a commis ce meurtre, et pourquoi la victime a-t-elle été exposée au grand jour ? Il trouvera les réponses en affrontant le Loup Navajo, un porteur de peau qui a décidé de se consacrer au mal.


Mon avis

Avant de parler de La voie de l’ennemi, cet article est l’occasion pour moi de dresser une triste liste et de rendre hommage aux auteurs de polars nous ayant quitté cette année.

Côté américain, 2008 fut une hécatombe avec outre le décès du grand Tony Hillerman, ceux de James Crumley, de Gregory McDonald, de George Chesbro, de Michael Crichton, et dernièrement du grand Donald Westlake, ayant tiré sa révérence en plein réveillon.
Côté européen, nous déplorons la perte du Néerlandais Janwillem Van de Wetering et du Français Frédéric H. Fajardie.
Une pensée pour eux et leurs proches, et un souhait : que 2009 soit plus clémente envers nos auteurs préférés.

C’est donc malheureusement suite à l’annonce de son décès que j’ai eu envie de découvrir l’œuvre de Tony Hillerman, que je connaissais de réputation mais n’avait encore jamais lu.
J’ai décidé d’aborder ses écrits avec La voie de l’ennemi, son premier roman, qui est également la première enquête d’un de ses deux personnages fétiches : Joe Leaphorn.

Ce dernier est un agent de police, navajo de surcroit. Il à affaire dans ce roman à une série d’évènements inquiétants (un meurtre, du bétail tué, etc.) parvenant dans une région montagneuse et isolée. D’après les rumeurs, c’est sûr, il s’agit d’un sorcier. Leaphorn n’en est pas si sûr.

Si l’intrigue est plutôt réussie, le rythme n’a rien à voir avec certains thrillers dont j’ai pu vous parler ici ces derniers temps.
Peu importe dirais-je, puisque l’on part avec Hillerman et ses personnages à la découverte du peuple navajo, de leurs coutumes, de leurs croyances. C’est un dépaysement garanti dans ces grands espaces, dans les canyons et autres arroyos.
Certes, l’assimilation de certaines données, comme celles concernant la religion navajo (complexe et fort éloignée de leurs homologues occidentales), est parfois un brin indigeste, mais découvrir le monde dans le cadre d’un polar reste pour moi un plaisir avant tout, alors peu importe si certains passages sont un peu plus « compliqués » que d’autres.

Si La voie de l’ennemi n’est sûrement pas le meilleur roman d’Hillerman, c’est je pense une bonne porte d’entrée sur son œuvre.
Pas de doute, Hillerman est assurément un auteur que je relirai à l’avenir.



La voie de l'ennemi (The Blessing Way, 1970) de Tony Hillerman, Rivages/Noir (1990), traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Danièle Bondil et Pierre Bondil (228 pages).
Par Hannibal - Publié dans : Polar américain
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Dimanche 21 décembre 2008 7 21 /12 /2008 21:20
Shadow Man est le premier roman de Cody McFadyen, jeune auteur américain.

Il a été sélectionné pour la finale du Prix des Limbes Pourpres 2008.


Résumé

L'agent du FBI Smoky Barrett pensait avoir connu l’enfer lorsque son mari et sa fille ont été sauvagement abattus devant elle par un serial killer. Traumatisée, elle ne peut plus exercer son métier. Mais l’effroyable perversion d’un tueur en série la force à reprendre du service…
Shadowman a torturé et tué de manière terrifiante Annie King, tout en épargnant la petite fille de cette dernière … Il a filmé cet acte abominable puis envoyé la vidéo au FBI, mettant au défi Smoky Barrett et son équipe de l’arrêter.
Prétendu descendant de Jack l'Éventreur, Shadowman est un génie tordu qui défie toutes les tentatives du profileur pour le comprendre. Il impose à Smoky un jeu macabre, qu’elle n’aura d’autre choix que d’accepter. D'autant que Bonnie, la fille de la victime, réveille chez elle quelque chose qu’elle croyait disparu pour toujours. Et, tandis que ce monstre dérangé s’engouffre dans un délire de meurtres et de perversions, la soif de vengeance de Smoky la ramène à la vie. Quitte à affronter ses plus grandes peurs en tant qu'agent du FBI, femme, mère… et peut-être prochaine victime d’un tueur sans merci.


Mon avis

J’ai tendance, comme beaucoup de lecteurs de polars je pense, à accorder une plus grande importance aux fins de romans.
Ici, une fois n’est pas coutume, je voudrais insister sur le début.
Les premières pages de Shadow Man sont exceptionnelles de justesse, dans la description des émotions vécues par l’agent Smoky Barrett, que le lecteur se prend de plein fouet, avec quasiment la larme à l’œil, et en tout cas beaucoup d’empathie.
Le plus extraordinaire est peut-être que l’écrivain parvenant à nous faire ressentir aussi bien les émotions et la tristesse de cette femme meurtrie par la vie est…un homme.

Vous l’aurez compris, le personnage de Smoky Barrett m’a beaucoup plu.
Et peu importe si l’intrigue est parfois reléguée un peu au second plan par rapport à elle.
Vivre ces moment auprès de Smoky, la voire évoluer, que ce soit avec son entourage (ses collègues, très sympas également pour certains, ou sa fille d’adoption) ou avec Jack Junior (ce tueur en série se disant descendant de son ancêtre Jack l’éventreur, et qui partage avec elle une macabre correspondance) a été pour moi un réel plaisir.

Malgré une intrigue assez simple, Cody McFadyen parvient facilement à nous embarquer dans cette histoire très intense, et à ne plus nous la faire quitter jusqu’à son dénouement, plutôt réussi également.
Le résumé peut laisser penser que ce livre est très violent. En fait, pas tellement. Comparé à L'ange du mal dont j'ai parlé il y a peu ici-même, c'est même très "soft" puisque l'auteur nous fait frémir et plonger dans l'horreur en la suggérant plus qu'en ne la donnant réellement à voir.

Shadow Man, premier roman de Cody McFadyen est également sa première réussite.
Deux autres romans sont déjà parus Outre-Atlantique. Le premier d’entre eux - traduction de The face of death - est prévu en France pour le deuxième semestre 2009, et je pense ne pas me tromper en affirmant que les lecteurs attendant avec une certaine impatience de retrouver l'agent spécial Smoky Barett sont déjà nombreux.



Shadow Man (Shadow Man, 2005) de Cody McFadyen, Robert Laffont (2008), traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Nathalie Gouyé-Guilbert (432 pages).
Par Hannibal - Publié dans : Polar américain
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Jeudi 7 août 2008 4 07 /08 /2008 22:28
L’agneau (ou Lamb: The Gospel According to Biff, Christ's Childhood Pal, pour ceux qui préfèrent les titres en VO) est le sixième roman de l’original Christopher Moore.


Résumé

Mais où a donc bien pu passer Jésus-Christ entre douze et trente ans, entre le jour où il époustoufle les docteurs de la Loi à Jérusalem et celui où il réapparaît sur les bords du Jourdain ? Seul Biff, le meilleur pote du Messie, le sait et c'est précisément pour nous le raconter qu'on l'a ressuscité d'entre les morts.

En fait, l'histoire que Biff nous narre est en elle-même miraculeuse, pleine de voyages remarquables, de guérisons magiques, de Kung Fu, de gourous, de résurrections des corps, de démons et de filles aussi ravissantes que libérées. Malgré tout son dévouement et toutes ses ruses, le meilleur copain de Notre Sauveur n'arrivera pas à détourner Jésus de son destin tragique. Mais personne ne l'aime autant que lui sauf peut-être Maggie - Marie Madeleine -, et Biff n'est pas du genre à laisser son pote souffrir et monter au Calvaire sans se battre jusqu'au bout.


Mon avis

Une personne m’ayant un jour pris en stop m’avait fortement conseillé cet auteur, et ce roman en particulier. Qu’elle en soit ici remerciée.

Pour commencer je dois dire que j’ai été enthousiasmé par une très grande partie de ce livre.

Oser s’attaquer sur un ton humoristique assez rentre-dedans à la vie d’un personnage aussi célèbre que Jésus, il fallait le faire. Cela a donc été fait et bien fait par Christopher Moore dans L'agneau.

Ce qu’il faut vraiment mettre en avant dans ce roman c’est l’humour de l’auteur très bon mais aussi très varié. Cela va des situations absurdes aux personnages loufoques en passant par les jeux de mots à deux balles et autres. S’il faut convenir que Moore part quelquefois dans le grand n’importe quoi, un peu à l’image des Monty Pithon (qui ont également ri de Jésus dans Life of Brian soi dit en passant), il s’appuie toujours sur des bases « historiques » et a effectué un travail de recherche très important pour ce livre, démarche qu’il explique en toute fin de roman (lectures historiques sur la vie à l’époque, lecture des textes bibliques, …).
Je mets « historiques » entre guillemets puisque le peu de sources dont on dispose sur Jésus, les Apôtres, etc. sont peu sûres du point de vue de l’historien, c’est à dire difficilement vérifiable en croisant les sources : les évangiles notamment se contredisent sur certains points,  et sont pour la plupart bien postérieures à la vie de Jésus.

Le personnage de Biff et son amitié avec Joshua (ou Jésus, comme vous préférez) est également l’un des points forts de ce livre. Certains thèmes, comme le rapport de Joshua avec les femmes, ou l’arrivée dans le présent de l’ange Gabriel (qui regarde Dallas, …) sont intelligemment traités et toujours dans le but de faire rire le lecteur.

J’ai dit enthousiasmé par une très grande partie du livre, et non pas du début à la fin puisque certains passages m’ont ennuyé, voire agacé. Moore fait parfois dans la surenchère et (à mon humble avis) ne gagne rien à en faire trop. Ce roman est aussi relativement long (plus de 700 pages en poche), ce qui peut expliquer la lassitude du lecteur envers certains passages un peu moins bons que les autres.

Au final, L’agneau est un roman désopilant sur la vie de Jésus et de son meilleur ami Biff,  très documenté, mais de qualité un peu inégale par moments.


Par Hannibal - Publié dans : Polar américain
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Mardi 27 mai 2008 2 27 /05 /2008 23:56
L’interprétation des meurtres est le premier roman de Jed Rubenfeld. Il s’agit d’un roman policier se déroulant aux Etats-Unis au début du XXe siècle, et dont Sigmund Freud est un des personnages principaux.


Résumé

1909. Sigmund Freud est à New York pour donner une série de conférences sur la psychanalyse. Au même moment, une jeune femme de la bonne société est étranglée après avoir été sauvagement torturée. Freud, fatigué, malade, en butte à l'hostilité de l'intelligentsia locale, se retrouve malgré lui impliqué dans l'enquête que mène l'inspecteur Littlemore...


Mon avis

Dans ce très bon polar, Jed Rubenfeld a réussi à trouver le dosage parfait entre des éléments historiques avérés (sur la ville de New-York du début du vingtième siècle ou sur les débuts de la psychanalyse aux Etats-Unis) et des éléments venant de lui, et qui sont  pures fictions.

L'intrigue est certes assez complexe mais pas alambiquée pour autant. Les personnages qu'ils soient réels ou fictifs sont bien décrits et parfois attachants. C’est tout particulièrement le cas de l’inspecteur Littlemore, mais aussi de Nora, la patiente du Dr Younger, un jeune psychanaliste, admirateur de Freud et très intéressant également).

On sent vraiment l'aspect documentaire du livre et le travail de recherche effectué par l’auteur en amont, mais tout s'insère bien dans l'intrigue, ce qui a pour effet de ne jamais paraître lent ou rébarbatif.

Assurément un excellent premier roman. Vivement la suite.

Par Hannibal - Publié dans : Polar américain
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Dimanche 9 mars 2008 7 09 /03 /2008 23:32

Dans les bois (ou The Woods) est le dernier roman d’Harlan Coben publié en France à ce jour.

Il peut être lu indépendamment sans risque puisqu’il ne fait pas partie de la série mettant en scène le personnage de Myron Bolitar.


Résumé

Le procureur Paul Copeland est interrompu dans son travail par deux policiers qui lui demandent de les accompagner à la morgue pour identifier un corps. Une affaire qui réveille de douloureux souvenirs dans le passé de Paul...
Alors qu'il était encore adolescent, pendant un été en colonie de vacances, il avait négligé ses devoirs et laissé sa soeur s'aventurer dans les bois en compagnie d'autres jeunes. Tous avaient été les victimes d'un tueur en série.
Le cadavre découvert 20 ans plus tard à Manhattan semble remettre en question la version officielle des faits. Paul y voit alors l'occasion de se racheter...


Mon avis


Plutôt déçu par mes derniers Coben, auxquels j'avais tendance à reprocher une similarité assez dérangeante au niveau de la construction de l'intrigue, cet opus m'a bien plu. Bien que la trame reste très similaire - évènements et personnages du passé ressurgissant soudainement - il y a une certaine "fraîcheur" dans ce roman.

Comme à son habitude, Harlan Coben excelle dans les descriptions des ses personnages et de leur vie quotidienne. Le personnage principal, le procureur Paul Copeland,  est attachant, et j’ai particulièrement apprécié la mise en avant de ses relations avec sa jeune fille.

Les rebondissements sont on ne peut plus nombreux, plus encore vers la fin. L’intrigue fonctionne à merveille et je n’ai pas su/pu prévoir ces rebondissements.

Au final un très bon roman qui me réconcilie avec cet auteur talentueux.
Par Hannibal - Publié dans : Polar américain
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