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Hannibal le lecteur

Vendetta / R.J. Ellory

19 Février 2010 , Rédigé par Hannibal Publié dans #Polar américain

Vendetta est le second roman de R.J. (pour Roger Jon) Ellory à paraître en France, toujours aux éditions Sonatine, après le remarqué Seul le silence (Prix Nouvel Obs-BibliObs du Roman Noir).
Attention à ne pas confondre Ellory – qui est citoyen de la couronne britannique – avec l'Américain Ellroy, dont le nom est l'anagramme parfait, ce qui peut prêter à confusion.
Vendetta était finaliste de la 5e édition du Prix Polar des Limbes Pourpres et a eu ma préférence.


vendetta.jpgRésumé

2006, La Nouvelle-Orléans. Catherine, la fille du gouverneur de Louisiane est enlevée, son garde du corps assassiné. Confiée au FBI, l’enquête prend vite un tour imprévu : le kidnappeur, Ernesto Perez, se livre aux autorités et demande à s’entretenir avec Ray Hartmann, un obscur fonctionnaire qui travaille à Washington dans une unité de lutte contre le crime organisé. À cette condition seulement il permettra aux enquêteurs de retrouver la jeune fille saine et sauve. À sa grande surprise, Hartmann est donc appelé sur les lieux. C’est le début d’une longue confrontation entre les deux hommes, au cours de laquelle Perez va peu à peu retracer son itinéraire, l’incroyable récit d’une vie de tueur à gages au service de la mafia, un demi-siècle de la face cachée de l’Amérique, de Las Vegas à Chicago, depuis Castro et Kennedy jusqu’à nos jours. Quel est le véritable enjeu de cette confrontation ? Pourquoi Perez a-t-il souhaité qu’Hartmann soit son interlocuteur ? Alors que s’engage une course contre la montre pour retrouver Catherine et que, dans l’ombre, la mafia et les autorités s’inquiètent du dialogue qui s’établit entre les deux hommes, Hartmann ira de surprise en surprise jusqu’à l’étonnant coup de théâtre final.


Mon avis


« La Nouvelle-Orléans, ville du mardi gras, des petites vies, des noms inconnus. Levez-vous. Fermez les yeux et inspirez d'un coup l'odeur de cette majestueuse ville suintante. Sentez le relent d'ammoniaque du centre médical ; sentez la chaleur des côtelettes saignantes brûlant dans l'huile enflammée, les fleurs, la bisque de palourdes, la tarte aux noix de pécan, le laurier et l'origan et le court-bouillon et les pâtes à la carbonara de chez Tortorici, l'essence, l'alcool de contrebande, la piquette concoctée dans des bidons d'essence ; les parfums réunis de mille millions de vies entrecroisées, toutes reliées les unes aux autres, de mille millions de coeurs battants, tous ici, sous le toit du même ciel où les étoiles sont comme des yeux sombres qui voient tout. Qui voient et se souviennent... »

Le premier exploit d'Ellory est sûrement de proposer un roman noir de plus de 650 pages, très dense, mais sans temps morts ni longueurs. Le lecteur ne s'ennuie pas et reste sur le qui-vive de bout en bout (de là à parler de thriller, il y a un pas que je ne franchirai pas, contrairement à ce qu'annonce la quatrième de couverture).
Pour ce faire, l'auteur excelle dans l'art de la description, livrant de nombreux passages d'une grande puissance évocatrice, sans véritablement perdre de vue son intrigue.
Perez, Hartmann, La Nouvelle-Orléans, la Mafia... on ne sait jamais trop qui est le personnage principal de ce roman, mais là n'est pas le problème, bien au contraire, dirais-je même.
L'intrigue, passionnante au demeurant, s'appuie véritablement sur les fondations que sont son contexte géographique et historique et sur la profondeur et la complexité de ses personnages.
Les descriptions de La Nouvelle-Orléans sont d'une telle force que je m'y suis vraiment cru, et que si j'avais pu, j'y serai allé sur le champ pour ressentir ce que semblent vivre ses habitants !

« Il y avait deux cimetières, tous deux nommés Saint-Louis, mais celui du quartier français était le plus ancien et datait de 1796. Ici gisaient les morts de La Nouvelle-Orléans – les Blancs, les Noirs, les créoles, les Français, les Espagnols, les affranchis – car c'est là que ces misérables finissaient, tous sans exception. Visiblement, la mort n'avait pas de préjugés. Les tombes ne révélaient pas leur couleur, leurs rêves, leurs peurs, leurs espoirs ; elles ne donnaient que leur nom, le moment de leur arrivée et celui de leur départ. »


La construction du roman est simple, binaire même pour ainsi dire, mais terriblement efficace lorsque c'est Ellory qui nous la propose. Une fois l'intrigue lancée, lorsqu'Ernesto Perez se retrouve – à sa demande – en compagnie de Ray Hartmann, les chapitres donnent à voir en alternance l'avancée de l'enquête, dans le présent, et l'histoire d'Hartmann et ses rapports avec la Mafia, dans le passé donc, et ce dès les lendemains de la Seconde Guerre mondiale.

« La mère s'était accrochée jusqu'à ce que Ray passe sa licence et puis elle aussi était morte, en mai 1987. Causes naturelles qu'ils avaient dit. Ben voyons. Des causes naturelles comme un coeur brisé et trop de chagrin, et pas suffisamment de vie pour avoir la force de continuer face à une telle adversité. Ce genre de causes naturelles. »

S'il y a bien quelque chose que l'on ne pourra pas reprocher à Ellory, c'est de nous présenter des personnages décrits superficiellement. Chaque protagoniste, y compris les seconds couteaux, sont très bien décrits. Ils jouent leur rôle, puis pour certains, disparaissent, ou repassent au second plan.
D'autres, comme Ernesto Perez ou Ray Hartmann font véritablement vivre le roman. Le personnage de Perez est exceptionnel, et l'on suit pour ainsi dire toute sa vie de tueur professionnel – carrière qu'il a débuté bien tôt – pour le compte de la Mafia. Avec Ellory, pas de manichéisme à deux sous : rien n'est noir ni blanc. Aussi ce tueur sans pitié qu'est Perez se montre à son avantage, particulièrement charmant, et l'on est souvent ému lorsqu'il évoque ses problèmes familiaux.
Des problèmes familiaux, voici principalement ce qui préoccupe Hartmann, un policier qui n'a pas fait une grande carrière et qui est en train de perdre Catherine, sa femme, et surtout sa fille, à cause des absences inhérentes à son travail mais aussi à cause de sa propension à vouloir oublier ses problèmes dans un bon verre. D'ailleurs, le temps passe à interroger Perez et la date du rendez-vous de la dernière chance avec Catherine s'approche à grand pas, au grand dam d'Hartmann.
Il est intéressant de voir qu'au fil des séances d'interrogatoire, Perez et Hartmann s'échangent des confidences, non pas de tueur à flic, mais d'homme à homme. Au final, tous deux prennent conscience qu'ils se ressemblent plus qu'il n'y paraît.
Mauvaises fréquentations ou héros, Ellory décrit avec beaucoup d'humanité ses personnages, pour qui il semble avoir une certaine affection, et nous avec, du coup !

« Quando fai i piani per la vendetta, scava due tombe – una per la tua vittima e una per te stesso. »

Cette phrase, qui revient plusieurs fois dans le roman signifie approximativement : « Quant tu prépares ta vengeance, creuse deux tombes - une pour ta victime et une pour toi-même. »
Tout ça pour vous dire – mais vous l'aurez compris de vous-même d'après le titre – que Vendetta est aussi un très bon roman sur la vengeance, la vengeance dans toute sa complexité, la vengeance qui détruit...

Avec Vendetta, l'Anglais R.J. Ellory nous livre un roman noir de grande classe, magnifiquement écrit, et qui restera durablement dans la mémoire du lecteur.
J'étais passé à côté de Seul le silence. Tant mieux, il me reste donc de quoi tenir jusqu'au prochain Ellory (Les Anonymes) qui ne paraîtra pas avant février 2011 apparemment.



Vendetta (A Quiet Vendetta, 2005) de Roger Jon Ellory, Sonatine (2009). Traduit de l'anglais par Fabrice Pointeau, 651 pages.

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web design company 05/09/2014 14:36

I saw the film. I mean it could be a possible. I really like the way the mask symbolized the protests. I have seen lots protests recently featuring this mask put up by thousands. It is truly an unbelievable achievement for the film of such a small budget.

Pierre FAVEROLLE 19/02/2010 09:33


Cela fait un bout de temps que je l'ai lu et la lecture de ton article m'a rappelé le plaisir d'avoir lu ce bouquin. De fait, Ellory est doué. Les 2 romans publiés à ce jour sont des sans fautes.
J'ajouterai juste que Ellory a un site (en Anglais) et qu'il est bourré d'humour british, surtout sa bio (pour ceux qui lisent l'Anglais).


Hannibal 22/02/2010 20:03


Merci pour l'information complémentaire, j'irais donc voir le blog d'Ellory à l'occasion...
Nul doute que je poursuivrai mes lectures d'Ellory...