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Hannibal le lecteur

Une histoire d'amour radioactive / Antoine Chainas

13 Octobre 2010 , Rédigé par Hannibal Publié dans #Polar français

Une histoire d'amour radioactive est le dernier roman d'Antoine Chainas paru à la Série Noire, en avril dernier – Baleine a depuis publié un Poulpe de l'auteur, 2030 : l'Odyssée de la Poisse.

Il fait partie des cinq romans encore en course pour le Trophée 813 du meilleur roman francophone.

 

Résumé


DRH a une femme, un enfant. Il ne les voit jamais. Car DRH travaille. Beaucoup. Il licencie des gens, et ça lui prend tout son temps. Pas de place pour l'imprévu. Sa vie est réglée comme une horloge. Pourtant, sa vie va basculer. Une femme au charisme monstrueux, rencontrée par hasard, va lui faire perdre tous ses repères.
Un malade en phase terminale décide de quitter l'hôpital, puis se suicide. Un second patient à l'article de la mort prend la poudre d'escampette. Sa femme vient signaler sa disparition et jure qu'il n'aurait jamais fait ça. Le capitaine de police Javier est intrigué. N'ayant rien de probant permettant d'engager une procédure officielle, il décide pourtant d'enquêter sur ces coïncidences, aidé du lieutenant Plancher, qui devient vite son amant.

 

 

unehistoired'amourradioactiveMon avis

« Les toilettes sont excessivement propres.
DRH, de La Boîte, se tient devant l'urinoir, les jambes légèrement fléchies, la verge pointée dans la direction adéquate. »

Pour commencer un roman de la sorte, il n'y a qu'Antoine Chainas. Dès les deux premières phrases, on retrouve le style si caractéristique de l'auteur : des phrases courtes, parfois constituées d'un seul mot, puis un retour à la ligne. Il ne s'embarrasse pas du superflu.

« Elle le guide. A travers la galerie, à travers les corps, sous la peau.

Elle explique.

Décode.

Dissèque.

Ici, un mélanome.

Là, les métastases.

Plus loin, les tumeurs épithéliales.

Puis les muqueuses intestinales.

Et les muqueuses bronchiques.

- Tous les gens présents dans cette galerie sont malades. A des stades plus ou moins avancés. C'est ce qui fait leur particularité. C'est ce qui fait leur grandeur. C'est ce qui les rend plus vivants, plus beaux que les autres, affirme Veronika. »

 

Plus que jamais, Antoine Chainas semble avoir une fascination pour le corps, d'un point de vue organique. Une femme fatale, photographe de l'extrême, parvient à convaincre des cancéreux en triste état de se faire scanner, faisant de leurs métastases et autres lymphomes des œuvres d'art. L'auteur réalise un tour de force, en faisant du suspense sans en faire. Dès le départ on sait que DRH va succomber aux charmes de la vénéneuse artiste. On comprend immédiatement que c'est à elle que va mener la piste des deux policiers. Et pourtant l'histoire, aussi folle soit-elle, tient la route. L'intrigue monte même peu à peu en puissance, jusqu'à un final rendu particulièrement explosif à coups de chapitres lapidaires.

 

« Je ferme mon coeur et c'est le tien qui prend le relais, dans ma poitrine, qui cogne sous le gril costal, bombardement ininterrompu, aussi régulier qu'un cataclysme, une douce apocalypse. Je sais que tu ne désires pas partir, que tu veux vivre encore, dans ton lit d'hôpital, les draps souillés d'excréments et de vomissures, la pompe à morphine au maximum, dans tes veines, dans ton cerveau, derrière tes paupières, au creux des rides de ton front, chaque seconde, chaque putain de seconde qu'il te reste. J'essaye de te retenir, mes bras ses serrent, agrippent, happent, mais la seule chose entre mes doigts est ma propre peau. »

 

Les personnages sont ici tous plus ou moins torturés, plus ou moins spéciaux, comme le sont toujours les protagonistes d'Antoine Chainas – on se souvient de ceux de Versus ou d'Anaisthêsia. Javier et Plancher souffrent de devoir se cacher pour vivre leur amour tandis que DRH est peu à peu contaminé par la folie de Veronika.
Grâce à DRH, qui ne sera jamais nommé autrement que par sa fonction, l'auteur s'interroge sur le rapport au travail, au corps, à la maladie, ou encore sur l'uniformité de nos vies, adressant au passage quelques piques à notre société.
A signaler que de par la nature des thématiques abordées (cancer, mort...), la crudité du langage ou encore la précision des scènes de sexe, ce roman est assurément dérangeant et ne conviendra pas à tous les publics.
En effet, plus noir que Chainas, tumeur.

 
Préoccupations particulières, style inimitable, Antoine Chainas poursuit avec ce roman une œuvre unique en son genre : la sienne. En poussant plus loin son propos et en travaillant davantage son intrigue, il signe sans doute avec Une histoire d'amour radioactive son texte le plus abouti.

 


 

Une histoire d'amour radioactive d'Antoine Chainas, Gallimard / Série Noire (2010), 275 pages.

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nina 06/03/2011 16:04


Pour la première fois,depuis que je lis Chainas,j'ai été un peu déçue.Je ne suis jamais entrée dans cette histoire tordue(plus encore que les autres livres de cet auteur).Dieu sait que j'ai attendu
longtemps,avant de pouvoir y mettre la main dessus!!!Je l'ai lu à toute vitesse,sans aucun plaisir.Oui,j'ai retrouvé le style du maître,mais cette histoire ne m'a pas parlé.


Hannibal 10/03/2011 14:46



C'est sûr que c'est tordu comme histoire, comme toujours avec Chainas je dirais. La plume de l'auteur, si particulière, est toujours là effectivement. Pour ma part je trouve qu'il s'agit là du
Chainas le plus abouti que j'ai pu lire (je n'ai pas lu son Poulpe ni l'épisode de Mona Cabriole qu'il a écrit).



cynic63 23/10/2010 10:30


Je n'ai lu que trois Chainas (pas les pavés). J'ai trouvé ce roman plutôt bien (voire très), surtout pour la construction mais aussi, bine sûr, pour son écriture qui, si elle est toujours aussi
"rentre-dedans", m'a paru plus maîtrisée. Ton papier me fait penser que je n'en ai pas parlé: je vais donc profiter des vacances pour écrire sur ce bouquin. Amuse-toi bien lors des rencontres!


Hannibal 26/10/2010 17:22



Je crois qu'on est d'accord sur Chainas.


Merci, je me suis ruiné, mais je me suis bien amusé aussi en effet.