Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
Hannibal le lecteur

Un reptile par habitant / Théo Ananissoh

20 Janvier 2011 , Rédigé par Hannibal Publié dans #Polar africain

Un reptile par habitant est le second roman de l'auteur togolais Théo Ananissoh, paru en 2007 dans la collection « Continents noirs » de Gallimard, tout comme le premier (Lisahohé, 2005).

 

 

Résumé

 

Narcisse est professeur dans une ville africaine que l'on imagine être Lomé, la capitale du Togo. Un soir, Édith, l'une de ses nombreuses conquêtes – il semble les collectionner – l'appelle au secours, le priant de se rendre immédiatement chez elle. Sur place, il la retrouve en état de choc devant un corps qu'il connait bien. Le mort, c'est le Colonel Katouka, l'un des hommes les plus influents du pays. Édith jure qu'elle est innocente, ou seulement coupable d'avoir été la maîtresse de Katouka. Elle supplie Narcisse de l'aider à trouver une solution. Sans en mesurer les conséquences, il accepte...

 

 

Un reptile par habitantMon avis

La quatrième de couverture de ce roman annonce un « admirable suspense serti d'érotisme ». Effectivement, l'érotisme est bien présent tout au long du roman, voire un peu trop. Narcisse est un chaud lapin et passe d'une femme à l'autre quand le lecteur passe d'un chapitre à l'autre. Édith, Joséphine, Chantal... Qu'elles soient mères au foyer ou étudiantes, peu importe, le professeur n'est pas difficile. Si ces scènes érotiques ne sont pas vulgaires et même plutôt bien écrites, leur accumulation devient vite lassante. Dans l'extrait ci-dessus, Zupitzer, un collègue de travail de Narcisse essaie de lui faire comprendre qu'il faudrait peut-être se calmer un peu, et lui fait la morale au passage, comme un père s'adresserait à son enfant. Savoureux !

 

« Edith, puis Chantal, cette petite délurée, ensuite une autre, et ainsi de suite... Tu ne fais que passer en revue différents organes génitaux, c'est tout. Quel orgueil ? »

Il continua de fixer Narcisse dans les yeux. Celui-ci étonné, restait silencieux.

« Le sexe de la femme, poursuivit Zupitzer en désignant son propre entrecuisse, est un organe délicat. Tu comprends ça ? Un organe interne et délicat. En Occident, il y a des médecins spécialisés pour en prendre soin. C'est une médiocrité que de n'y voir qu'un réceptacle de ta semence. »


Bien qu'il y ait peu de rebondissements au cours de l'intrigue, la tension demeure palpable. Narcisse, particulièrement tracassé par cette histoire, aimerait bien se confier à quelqu'un mais craint les conséquences que cela pourrait avoir. Il n'est guère rassuré, d'autant que tout le monde autour de lui, ses conquêtes comme ses collègues de travail, parle de cette affaire qui fait grand bruit dans le pays.

 

« Comme d'habitude, la foule était celle des fidèles du Parti. Ils chantaient et criaient des slogans sous le soleil. Les badauds se tenaient le long de la rue qui passe devant la place et regardaient les manifestants comme on assiste à un spectacle gratuit. Les officiels – le sous-préfet et le secrétaire régional du Parti en tête, tous les deux vêtus d'un boubou blanc, symbole de paix – arrivèrent vers seize heures, alors que le soleil avait baissé un peu d'intensité. Passons sur les brouhahas et autres hourras qui les accueillirent.

Un membre du Parti prit la parole. Il annonça que la patrie était en danger, que la souffrance guettait les filles et les fils du pays, que quelque chose menaçait, qui était pire que le choléra et le sida réunis. On l'applaudit pour ces prédictions. Il laissa la paroles aux « aînés ». Le secrétaire régional parla en premier. Il bougea les pans de son boubou, protesta, accusa, assura le président du soutien de tous les habitants de notre ville. »


Théo Ananissoh, Togolais résidant désormais en Allemagne – où il est lui-même enseignant –, introduit aussi une dimension politique dans sa fiction criminelle. Il nous présente au fil des pages un État politiquement instable, ayant la main sur les médias, qui instrumentalise les faits à des fins politiciennes et cache la vérité à la population. L'actualité récente – Côte-d'Ivoire, Tunisie – nous prouve, s'il en était encore besoin, que les choses n'ont guère évolué dans certains pays africains depuis l'écriture de ce roman, datant de 2007.

Un reptile par habitant se lit bien mais laissera peut-être certains lecteurs sur leur faim. Plusieurs aspects de ce court roman – une centaine de pages – auraient sans doute gagné à être davantage étoffés, comme la description de la vie locale. Il y a si peu de détails que l'intrigue pourrait avoir lieu n'importe où en Afrique, ce qui pourra éventuellement décevoir le lecteur européen en quête d'exotisme. Mais sans doute est-ce voulu par Théo Ananissoh, qui a préféré se focaliser sur l'intrigue et les personnages ?

 


 

Un reptile par habitant, de Théo Ananissoh, Gallimard (2007), 105 pages.

Partager cet article

Repost 0

Commenter cet article