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Scarelife est un roman de Max Obione paru aux Editions Krakoen.
Il fait partie des cinq finalistes des Trophées 813.
Résumé
Mosley J. Varell, qui a passé dix ans derrière les barreaux, vivote désormais en écrivant des scénarios de dessins animés crétinisants pour les enfants – Gougou le kangourou, c'est lui. Un matin,
il reçoit une lettre de son père, qu'il hait depuis toujours. Il décide immédiatement d'aller le rejoindre, mais comment se rendre du fin fond du Montana en Louisianne lorsqu'on a la phobie de
l'avion ? Un long trajet en car s'annonce...
Mon avis
« J'ai un pressentiment, un goût excentrique dans la bouche, ça vient comme ça, ça ne s'explique pas vraiment... le gars à tête rose... le gars à tête rose... qu'on devine derrière la vitre du poste va vivre ses derniers moments. Ça ne s'explique pas vraiment.
La décapotable glisse, moteur coupé, jusqu'à la pompe près du bâtiment sur la gauche. Ralenti. D'un geste sec Cody fait grincer le frein à main, la voiture lève du cul. On entend un air de blue grass sortant de la cage de verre, ça voudrait repeindre ce coin sinistre d'une couleur gaie. Sans doute. À l'instant où Cody ouvre la portière et pose un pied dehors, un bahut vionze à toute vibure sur le ruban d'asphalte gris. Souffle, grosse bouffée de poussières. Air bousculé un temps, un temps plus tard la poussière retrouve sa place. Clarté des choses. Le silence revient. Comme le crincrin de la musique. Mortel. Cody se dresse et se dirige à l'arrière.
- Tu tètes comme une vrai garce. Faut vraiment que je t'aime, dit-il en tapotant l'aile de sa Cadillac. »
Difficile de faire plus « road-movie » que ce Scarelife, qui suit Varell dans son grand périple à travers les Etats-Unis. Max Obione donne beaucoup de rythme à
son roman en optant pour des phrases courtes, souvent nominales, voire composées d'un seul mot, qui claquent comme un coup de fouet mais ne sont pas dénuées d'une certaine poésie. Différentes
voix se font entendre au fil du récit. On suit tantôt Varell, qui nous raconte son périple à la première personne, tantôt Herbie Erbs, un policier qui malgré sa petite taille a une grande dent
contre Varell. Ce dernier, exsudant la frousse, fuyant on ne sait trop quoi, n'est pas sans rappeler le personnage principal de Trouille, le roman de Marc Behm. Sa
paranoïa aiguë, ou autre chose, le pousse à commettre divers crimes au cours de son périple, et cet aspect de l'intrigue n'est pas sans rappeler Cormac McCarthy et son No Country
for Old Men. On ne comprend les motivations de Varell à rejoindre son père que dans les toutes dernières pages, où les rebondissements se succèdent.
« Ce matin là, j'aimerais tant être ailleurs. Mal à déglutir ma propre salive. Un goût de sang. Effort pour avaler une gorgée de café. Putain de coulée de lave dévalant dans mon estomac. Les yeux rouges de la peur, les yeux rouges de la peur. Les yeux du Père. Les yeux du Nain. Les yeux du Poursuivant. Jamais. Je croyais m'en être débarrassé, je croyais l'avoir crevée cette peur ; je croyais que le temps avait dressé un obstacle infranchissable entre elle et moi, que ma peau s'était bardée d'un cuir épais. Insensible. Je l'avais bernée, plus malin qu'elle ? Jamais. »
Scarelife est aussi un véritable hommage de l'auteur au roman noir américain. On commande à Varell le scénario d'un biopic sur David Goodis, dont on peut lire certains
passages. Max Obione ne se prive pas d'utiliser certains classiques du genre : les belles femmes peuvent bien sûr être dangereuses, et Cody, un vieux Noir qui décide d'aider Varell dans
sa quête, joue de la trompette comme un dieu. L'auteur fait même référence au roman noir américain actuel, en parlant de Craig Johnson dans son texte - c'est dire s'il a bon goût !
Scarelife est au final un polar sombre et efficace doublé d'un hommage au roman noir où l'écriture soignée de Max Obione fait mouche.
Scarelife, de Max Obione, Krakoen (2010), 252 pages.