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Hannibal le lecteur

Saya / Richard Collasse

25 Octobre 2011 , Rédigé par Hannibal

J'ai pas mal lu ces dernières semaines mais très peu de fiction (je m'y remets seulement ces jours-ci). Je préparais activement un concours (que je n'aurais peut-être même pas), ce qui explique mon silence radio. Je vous épargnerais donc les chroniques de mes dernières lectures, à savoir (entre nombreux autres titres tous aussi sexy les uns que les autres) : Bien réussir son oral, Les collectivités territoriales et la décentralisation, L'oral démystifié ou encore Concours Fonction Publique : Assistant territorial (qualifié) de conservation du patrimoine et des bibliothèques. (A moins que vous ne demandiez que ça bien sûr...).

 

En matière de lecture plus distrayante, je vous propose dans l'immédiat une chronique de Saya, un roman de Richard Collasse, paru au Seuil en 2009.

 

 

saya.jpgRésumé

 

Jinwaki est un employé japonais tout ce qu'il y a de plus ordinaire : 45 ans, une bonne situation, une femme, des enfants. Mais un jour, sa vie explose. Convoqué par sa hiérarchie, il apprend son licenciement. Ses 25 ans d'ancienneté dans l'entreprise n'y font rien. Situation économique oblige, il fallait dégraisser, faire des choix, et donc laisser du monde sur le carreau.
Jinwaki est au fond du trou et n'accepte pas cet échec personnel qu'il vit comme une humiliation. Il décide de cacher la vérité à ses proches, et part tous les matins, faire comme s'il travaillait. Au lieu de ça, il erre, pensant au suicide, action qui lui semble être la seule solution à ses problèmes. Puis il rencontre Saya...

 

 

Mon avis

 

« J'ai regagné mon bureau au troisième étage du magasin, slalomant entre les cartons de marchandise, bousculant sans m'en rendre compte les personnes qui se trouvaient sur mon passage. Les employées intérimaires s'arrêtaient pour me laisser passer en me saluant d'une brève inclinaison de la tête. Elles ne savaient pas, elles ne sauraient pas. Tout juste constateraient-elles que j'ai disparu et qu'un nouveau responsable m'avait remplacé, qui l'ânonnerait chaque matin avant l'ouverture des portes le même discours lénifié supposé les encourager pour le reste de la journée. Nous étions interchangeables, tous sans exception. Même costume sombre, même coupe de cheveux, même absence d'imagination, même trajectoire sans histoires... Comment ne m'en étais-je pas aperçu plus tôt ? »

 

Soyons clairs :  bien qu'il fit partie il y a quelques temps d'une sélection du Prix SNCF du Polar, il n'y a pas d'enquête policière dans Saya. Néanmoins, le lecteur aurait tort de se priver de la lecture de ce texte fort pour cette raison. Ce roman ne manque pas de qualités, la principale étant l'empathie pour les personnages que Richard Collasse parvient à faire ressentir à ses lecteurs. Le choix de faire parler tous les protagonistes à la première personne n'y est sûrement pas étranger. Au fil des pages, on suivra Jinwaki dans sa chute, mais on fera aussi la connaissance de Kaori et de Saya.


La première n'est autre que la femme de Jinwaki. Elle nous fait découvrir la vacuité de sa vie de femme au foyer, ses journées passées à s'occuper de sa maison, de sa famille. Les heures passées au chevet de sa belle-mère grabataire et à faire en sorte que tout soit prêt pour son mari quand il rentre du travail. Sa seule distraction : son chihuahua, qui lui a coûté une fortune et dont elle est complètement gaga.

 

« Une fois dehors, mon premier réflexe a été de balancer dans la première poubelle venue ce morceau de tissu scandaleux, avec le bout de papier plié en quatre sur lequel elle avait noté son numéro de portable. J'aurais ensuite jeté la bande dessinée que j'avais laissée dans un tiroir de mon bureau, au magasin, dans la foulée du grand ménage avant mon départ. J'aurais effacé de ma mémoire jusqu'à son prénom, Saya. Je ne serais plus revenu au Sombrero. Je n'aurais pas non plus arpenté Cat Street sans but, ne me serais pas rendu à Shibuya, n'aurais pas rageusement claqué la porte de mon bureau pour faire l'« école buissonnière »... Si je l'avais pu, j'aurais rembobiné le film de ma vie plus loin encore dans mon passé, avant d'être convoqué par mon patron, avant de jouer les grandes gueules et de critiquer les décisions de notre président, avant de faire le choix erroné d'une faction à la fois trop proche de la direction générale et trop éloignée du centre du pouvoir véritable, là où se décidait qui restait et qui devait sauter. »

 

Saya, quant à elle, est une lycéenne qui a décidé de se faire de l'argent de poche en proposant un peu d'affection à des hommes qui en manquent cruellement (et qui ont souvent l'âge d'être son père ou son grand-père). Alors qu'elle lit une bande dessinée française dans son café préféré, elle se fait aborder par Jinwaki. Bien que tout les oppose a priori, ils vont se rendre compte qu'ils partagent en fait plusieurs points communs. Le début d'une histoire ?

 

« Le soir du concert, je suis arrivée un peu en retard à cause d'un accident sur la ligne de métro. Un type s'était encore jeté sur la voie ferrée. Par chance, le train était déjà entré en gare, les portes étaient restées ouvertes. Si quelques personnes sont sorties du wagon dans lequel je me trouvais, la plupart n'ont pas réagi à l'annonce. Ni ennui ni agacement, encore moins de compassion. Imperturbables, les gens ont continué à lire, à somnoler, à bavarder à voix basse ou à consulter les messages sur leur portable. Le temps semblait suspendu. À une ou deux stations de là quelqu'un s'était fait déchiqueter par une rame, mais tout le monde demeurait impassible. »

 

Si les amateurs de polar ne trouveront peut-être pas ce qu'ils cherchent à la lecture de Saya, le roman n'en demeure pas moins de qualité. Les personnages sont très bien brossés, la tension est présente et les descriptions de la société japonaise sont criantes de réalisme – l'auteur vit dans l'archipel nippon depuis des années. Richard Collasse ne raconte pas seulement une histoire mais propose des pistes permettant au lecteur de s'interroger profondément sur de nombreux sujets sociétaux : la place du travail dans la vie, celle de la femme dans la société, etc. Après La trace, paru en 2007, il signe avec Saya un roman réussi et émouvant qui, espérons-le, en appellera d'autres.

 


 

Saya, de Richard Collasse, éditions du Seuil (2009), 222 pages.

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myrtille 30/10/2011 19:28


Juste un petit passage pour te souhaiter de l'avoir réussi,ce fichu concours.N'hésite pas si tu veux en parler, puisque je t'avais demandé des infos dessus.Mais je n'y suis pas allée, ouh la
dégonflée! I cross my fingers.

Amicalement, Myrtille/Birdie


Hannibal 03/11/2011 17:09



Merci beaucoup ! J'attends la réponse pour le 25, sans trop y croire. On verra bien...


Amitiés