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Hannibal le lecteur

Propriétés privées / Pascale Fonteneau

30 Septembre 2010 , Rédigé par Hannibal Publié dans #Polar français

Propriétés privées est un roman de l'écrivain franco-belge Pascale Fonteneau paru chez Actes Sud en mars dernier.

Il faisait partie de la sélection estivale du Prix SNCF du polar 2010.

 

 

propriétés privéesRésumé

 

Lotissement des Fleurs : un quartier tranquille comme on en voit dans de nombreuses villes, où vit en paix une population essentiellement composée de personnes âgées.

Un cambriolage amène les habitants, sceptiques quant à l'efficacité des forces de l'ordre, à créer des patrouilles pour surveiller nuit et jour le quartier. Chaque soir, Henri et Robert, deux retraités, assurent avec leur véhicule la surveillance de rues où il ne se passe jamais rien. Jusqu'au jour où les deux vigiles amateurs tombent sur un cadavre, qu'ils décident de cacher pour ne pas troubler la tranquillité du quartier. Le lendemain, l'un des patrouilleurs s'évapore, puis Robert disparaît à son tour. Henri, dont le train-train est bouleversé, décide de prendre les choses en main.

 

 

Mon avis

 

« C'est l'histoire d'un homme qui sort de chez lui. »

 

Cette phrase, mise en exergue par Pascale Fonteneau au début de son roman résume à elle seule l'histoire de Propriétés privées.

En moins de deux cent pages, l'auteur dresse le portrait d'un quartier résidentiel, le lotissement des Fleurs, où rien d'anormal ne devrait pouvoir se passer. Pourtant, c'est bien là qu'a lieu un vol, bientôt suivi de la découverte d'un corps, puis de plusieurs disparitions.

 

« L'annonce de cette agression avait fait le tour du quartier. Après avoir exprimé leur solidarité aux victimes, les habitants avaient manifesté contre des autorités jugées incapables d'assurer la sécurité des biens et des personnes.

Pragmatique, M. Durant avait alors proposé l'organisation de rondes citoyennes dans les rues, de jour comme de nuit.

« Deux personnes par voiture, surveillance et dissuasion », avait proposé M. Durant, preuve qu'il avait déjà pris le temps d'y réfléchir. »

 

Au fil des pages, Pascale Fonteneau rend compte de la vie ordinaire de quelques retraités, qui va rapidement se trouver chamboulée par ces évènements. Si les brigades constituées de simples citoyens existent de par le monde – en Afrique du sud par exemple – il fallait toute l'inventivité de l'auteur pour faire patrouiller chez nous, de jour comme de nuit, des personnes âgées bien décidées à préserver la grande tranquillité de leur cadre de vie.

 

« Avant cette date, la vie dHenri Frot n'aurait pas fait une ligne dans un journal. Il était né en bonne santé, avait grandi en bonne santé, entouré par ses parents, en bonne santé tous les deux. Enfant, Henri n'avait pas eu de frère ou de cousin pour se noyer sous ses yeux, son père ne l'avait jamais frappé, sa mère n'était pas alcoolique et aucun de ses professeurs n'avait eu de parole ou de geste déplacés. Son adolescence s'était déroulée sans qu'il pense jamais à s'engager dans la Légion ou dans une ligue révolutionnaire. Il n'avait pas non plus pris la peine de renier sa famille. Inscrit dans une école de comptabilité, il avait brillé sans exceller. Pour fêter son diplôme, Henri Frot avait quand même suivi les plus mauvais de sa promotion dans une virée en Espagne. Il en gardait un souvenir suffisamment imprécis pour croire que ces brèves vacances furent l'occasion d'expériences à la limite de la légalité. Il s'en était d'ailleurs vanté auprès d'Hélène, le jour où elle-même avouait avoir fumé de la drogue lors d'un séjour linguistique en Angleterre. La suite de la biographie d'Henri s'était écrite sans originalité : une place de cadre, un avancement, un mariage, l'achat du pavillon, la fermeture de l'usine, les déceptions d'Hélène. »

 

On suit plus particulièrement le parcours d'Henri Frot, un retraité banal, qui tout au long de sa vie n'a jamais eu l'occasion de faire quelque chose d'extraordinaire et qui se retrouve malgré lui au coeur de cette aventure. Lorsque son ami Robert disparaît, il décide de tout faire pour le retrouver et comprendre les tenants et les aboutissants de cette succession d'évènements inhabituels.

Pour apprécier ce roman, le lecteur ne devra pas s'attendre à beaucoup de suspense ou à une succession de scènes d'action. Avec une écriture maîtrisée, l'auteur nous raconte simplement une histoire, observe un microcosme et propose quelques pistes de réflexions sur des sujets actuels comme l'insécurité. En s'intéressant aux petites gens dans leur médiocrité, ce texte n'est pas sans rappeler l'œuvre du regretté Pascal Garnier.

 

« Le problème, c'est qu'il ne voit pas l'ombre d'une autre explication. Cette question sans réponse n'est donc qu'une pierre de plus sur le tas de pierres auquel Henri a tourné le dos depuis qu'il a remis ses chaussures marron.

Désormais, il ne pense plus.

Désormais, il se contente juste de mettre un pied devant l'autre. »

 

A mille lieues du roman d'espionnage ou du thriller, Pascale Fonteneau propose avec Propriétés privées, un assez bon roman noir ainsi qu'une petite balade dans un lotissement sans histoires. Sans histoires ? Pas si sûr...

 

A lire sur cette page du site Bibliosurf, une belle entrevue de Bernard Strainchamps avec l'auteur, qui revient sur son roman et plus généralement sur son œuvre. L'occasion de découvrir l'humour de cette femme qui n'en manque pas.

 


 

Propriétés privées de Pascale Fonteneau, Actes Sud (2010), 187 pages.

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Michel 03/10/2010 19:20


il est pour le moment resté dans ma lal...


Hannibal 05/10/2010 16:02



OK, bonne lecture à venir alors...



cynic63 02/10/2010 10:44


Tu dois avoir raison: ça devait être "Bouillon de culture" mais il est vrai que le plateau ressemblait vraiment à Apostrophes. Je ne l'ai pas lu mais je jetterai un oeil sur ce dernier volume.
"Etats de lame" doit être disponible en poche aux éditions du masque (tu sais, les couvertures toutes jaunes)


Hannibal 05/10/2010 15:54



J'avais remarqué ce détail concernant l'émission après avoir recherché une vidéo mais rien sur le site de l'INA concernant Pascale Fonteneau. Tant pis...


Effectivement, et je viens de mettre la main dessus.



cynic63 30/09/2010 16:35


Je me souviens, mais tu es bien trop jeune(sic), du passage de Fonteneau chez...Pivot dans Apostrophes pour "Etats de lame"...Incroyable...
En tous cas, ce que tu dis de la concision et du ton général du roman chroniqué me donne envie...


Hannibal 01/10/2010 10:30



Tu ne crois pas si bien dire. Apparemment ce roman date de 1993 : j'avais donc à peine 5 ans ! Il a l'air vraiment intéressant. L'as-tu-lu ?


D'ailleurs, si je ne m'abuse, l'émission Apostrophes n'existait plus en 1993, mais peut-être Bernard Pivot a-t-il invité Pascale Fonteneau dans Bouillon de culture ?


Tiens moi au courant si tu le lis. Je serai curieux d'avoir ton avis.