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Hannibal le lecteur

Petits crimes japonais / Kyōtarō Nishimura

26 Décembre 2009 , Rédigé par Hannibal Publié dans #Polar asiatique

Petits crimes japonais est un recueil de nouvelles écrit par Kyōtarō Nishimura à la fin des années 1970. Publié une première fois en 1988 en France par les Editions Clancier-Guénaud, le recueil a été réédité en Rivages/Noir en 1995.


petitscrimesjaponaisRésumé

Un policier qui commet des vols puis accuse des clochards consentants dans le but de leur faire passer l’hiver au chaud. Une jeune femme essayant de sauver son voisin du suicide. Un homme faisant chanter son coiffeur. Un vieux monsieur partageant sa passion pour le crime avec un parfait inconnu. Un employé modèle fasciné par les pickpockets au point de perdre son emploi pour les regarder agir dans le métro. Voici quelques-unes des situations de départ des huit nouvelles composant le présent recueil.


Mon avis

Bien qu’une ou deux d’entre elles soient moins convaincantes que les autres, les nouvelles de Petits crimes japonais n’en demeurent pas moins réussies pour la plupart, voire parfois excellentes. Nishimura se montre très imaginatif dès lors qu’il s’agit de trouver des modes opératoires ou des mobiles originaux et maîtrise brillamment l’art de la chute, si important pour réussir une bonne nouvelle (caractéristiques qui m'ont rappelé la série de BD Green Manor, que je vous conseillais vivement sur cette page).

-    « J’ai retiré la lame de son corps et suis resté stupéfait, à contempler l’homme que j’avais tué.
Il reprit son souffle et porta son verre à ses lèvres.
-    Plus que de la stupeur, ce que j’ai ressenti à cet instant précis était une forme d’extase. Plus de quarante ans se sont écoulés, mais je n’ai jamais depuis, éprouvé de sensation aussi pure et aussi forte.
-    Pourtant parmi les Japonais de votre génération, nombreux sont ceux qui détestent la guerre et regrettent les massacres auxquels ils ont dû participer
-    Ce sont des menteurs ! me répondit-il en haussant la voix. […] Ce sont des hypocrites qui ne pensent qu’à sauver la face. […] Cela me révolte ! »


Tout en nous racontant ses histoires, qui se révèlent rapidement prenantes, il nous livre une vision très sombre du Japon et du genre humain. La monotonie d’un travail loin d’être épanouissant, associée aux conséquences des soubresauts économiques, chômage en tête, semble pousser les Japonais à nuire à leur prochain et place les habitants de l’archipel parmi les champions mondiaux du suicide, thème très présent dans ce recueil, où les personnages principaux sont souvent des salary-men sans perspective d'avenir.

Le bonus « je serais moins bête ce soir »
Le suicide est très fréquent au Japon, à tel point, nous explique le traducteur, Jean-Christian Bouvier, que la langue japonaise dispose de nombreux termes pour spécifier le type de suicide. Un double suicide amoureux par exemple, se dit « murishinju », à ne pas confondre avec le suicide collectif (« shûdanjisatsu »). Quant au « seppuku » (plus connu sous le non de « hara-kiri »), il n’est semble-t-il plus pratiqué de nos jours.
Il semblerait que la France ne soit pas mal placée non plus à ce funeste palmarès, à tel point qu’elle battait le Japon à l’époque de l’écriture de cette nouvelle.
Je ne pense pas qu’on puisse parler d’idée reçue mais cette idée des Japonais champions du suicide est tout de même à relativiser, ce que fait bien cet article, déniché sur le blog d’un jeune français habitant au Japon.

Et pour revenir à nos moutons, nous tenons là avec Petits crimes japonais un recueil de nouvelles noires inventives et efficaces dans l’ensemble, qui donne envie de poursuivre la lecture de l’œuvre de Kyōtarō Nishimura, présenté comme un des auteurs de littérature policière préférés des Japonais. Plus facile d’accès que les romans d’Edogawa, voilà un bon point de départ pour qui souhaite découvrir le polar nippon.

A signaler que j'ai choisi ce recueil de nouvelles pour représenter l'Asie dans le cadre du défi Littérature policière sur les cinq continents que j'avais présenté ici-même et que vous pouvez allez (re)découvrir sur le blog qui lui est consacré


Petits crimes japonais (Titre original inconnu, 1978) de Kyōtarō Nishimura, Rivages/Noir 1995. Anthologie établie par Jean-Christian Bouvier. Traduit du japonais par Jean-Christian Bouvier, Jean-Paul Gratias et Jean Viala, 211 pages.

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Christelle 11/05/2012 22:39

Je viens de tomber sur vore blog! Tout d'abord, félicitations!!
Je suis en train de lire "Petits crimes japonais" et je partage votre opinion quant à l'art de la chute.
D'après votre blog, je vois que vous avez lu peu de polars japonais et je me permets donc de vous recommander Matsumoto "Tokyo Express" et en ouvrage contemporain, Natsuo Kirino "Out" (qui est plus
un thriller en fait)
J'ai beaucoup apprécié d'Edogawa "Le lézard noir" (son plus célèbre roman policier).
Au plaisir de lire l'une de vos recommandations!

Hannibal 29/05/2012 11:37



Merci pour votre visite et vos conseils. Je note ça dans un coin de ma tête.
Au plaisir.