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Hannibal le lecteur

Obscura / Régis Descott

11 Août 2010 , Rédigé par Hannibal Publié dans #Polar français

Obscura est un polar historique de Régis Descott initialement paru en 2009 chez Lattès et récemment sorti en Livre de poche.


obscuraRésumé

10 avril 1885. Dans une bastide d'Aix-en-Provence, la gendarmerie découvre une reconstitution macabre du Déjeuner sur l'herbe, le célèbre tableau de Manet, réalisée avec des cadavres. A Paris, le jeune Dr Corbel lutte chaque jour contre la syphilis et les maladies pulmonaires au chevet des laissés-pour-compte. Mais son destin va basculer avec l'apparition dans son cabinet de l'envoûtante Obscura, échappée de l'enfer des maisons closes, qu'un client avait fait poser quelques mois plus tôt telle Olympia, autre sulfureuse œuvre de Manet... Une fresque policière, autour d'un des tableaux les plus scandaleux de l'histoire.


Mon avis

Je serai sûrement passé à côté de ce bon roman policier historique sans le Prix des lecteurs du Livre de Poche. Si la qualité des romans sélectionné pour ce prix est très inégale, j'ai pu lire de (très) bons polars grâce à lui.

« L'envers du décorde ce monde qui évoluait si vite. Depuis les travaux titanesques du baron Haussmann, la ville d'année en année se modifiait : nouvelles avenues, nouveaux éclairages, nouvelles constructions dont certaines défiaient les lois de la physique – ne parlait-on pas d'élever une tour de fer haute de plus de 300 mètres conçue par l'ingénieur Eiffel ? Et les locomotives à vapeur de plus en plus rapides évoluant sur un réseau de voies ferrées tentaculaire, et les navires sillonnant les océans, aux capacités toujours plus importantes. L'électricité. Le téléphone dont on installait les premières lignes à Paris. Autant d'inventions inimaginables quelques années plus tôt. Le train du progrès filait à toute allure dans un tunnel à la sortie incertaine. La machine s'emballait. Et la force ouvrière servait de combustible. Chaque année des milliers de provinciaux convergeaient vers la grande ville pour ajouter leur pierre à l'essor industriel, en échange de quoi ils gagnaient le strict nécessaire et s'entassaient dans des logements dix fois plus exigus que ceux qu'ils occupaient dans leurs campagnes. C'est là que lui, Jean Corbel, jeune médecin, venait visiter les victimes et les éclopés de cette fuite en avant. Car la médecine ne suivait pas. Pas assez vite à son goût. Dans bien des cas, il n'était là que pour constater les dégâts et tenter d'atténuer la douleur. »

Très bien documenté, le vrai point fort de ce roman est l'aspect reconstitution historique du Paris de 1885, et notamment celle des bas-fonds de la capitale. Classes laborieuses, pauvres gens, femmes publiques et autres laissés-pour compte : on s'y croirait vraiment tant les descriptions y sont réalistes.
De même, et grâce au personnage du Dr Corbel, l'auteur nous délivre au fil des pages – et ce de manière totalement indolore – moult informations sur l'état de la médecine à l'époque (le stéthoscope de Laënnec et bien d'autres...). Au détour d'une scène de crime, nous assistons même à un petit cours d'entomologie médico-légale, discipline alors en pleine éclosion.
J'ai apprécié le personnage du Dr Corbel, jeune médecin idéaliste au grand coeur, qui aimerait pouvoir guérir tout le monde et ne supporte pas de voir ses patients mourir des syphilis et autres tuberculoses faisant rage à l'époque dans la capitale. Assez lucide, il se rend bien compte que la science ne peut pas tout et que les politiques ont aussi un grand rôle à jouer pour éliminer ces causes de mortalités assez facilement évitables.

Durant ma lecture, je n'ai eu de cesse de me dire que ce roman aurait pu figurer avec les « Grands détectives » de 10/18. Comme les auteurs de cette célèbre collection de polars historiques, Régis Descott inscrit ses personnages dans un cadre historique et géographique bien précis, avec tout ce qui va avec, poussant jusqu'à faire se croiser ses personnages fictifs avec de vrais personnalités de l'époque. On côtoie ainsi au fil du roman le Dr Blanche (un des pionniers de la psychiatrie en France), le célèbre Charcot ou encore l'ombre de Manet, très présent par ses tableaux.

Les tableaux de Manet sont vraiment centraux pour l'intrigue, le récit s'ouvrant sur la découverte par deux domestiques d'une scène de crime atroce mais également très artistique, car directement inspirée du célèbre Déjeuner sur l'herbe.
Le Dr Corbel mène l'enquête et soupçonne rapidement l'existence d'un « criminel d'habitude » (j'aime beaucoup l'expression de l'époque ; ça sonne quand même mieux que « serial killer », non ?) qui fait tout pour mêler Manet à ses méfaits. Qui est-il, et pourquoi cette fascination macabre pour le grand peintre ? L'admire-t-il ou bien lui voue-t-il une haine à toute épreuve ? C'est ce que va tenter de comprendre le Dr Corbel bientôt épaulé par l'inspecteur Nosus, de la Sûreté.

L'intrigue n'est pas des plus exceptionnelles mais livre quand même de bons rebondissements, lesquels parviennent à nous amener sans peine jusqu'à un final plutôt réussi.

Belle découverte donc que cet Obscura qui m'a donné envie de découvrir les premier romans de Régis Descott (Caïn et Adèle et Pavillon 38), dont j'avais déjà entendu parler en bien.

 



Obscura de Régis Descott, Lattès (2009), 397 pages.

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Viviane 06/02/2011 23:48


comme vous j"ai beaucoup aimé. les précédents sont très différents (XXIème siècle et plus violents)mais toujours proches de l'univers de la psychiatrie. vraiment belle plume je trouve.bonne
nouvelle le prochain sort début mars "l'année du rat". on en reparle :-)


Hannibal 07/02/2011 23:17



Je n'ai pas lu les précédents. Je lirai peut-être le prochain. Oui, n'hésitez pas à venir en reparler.



béné 12/08/2010 07:52


J'ai beaucoup aimé ce polar! Bien construit et très instructif, il m'a fait passer un excellent moment!


Hannibal 19/08/2010 11:46



Tant mieux... Il m'a donné envie de découvrir les autres romans de Régis Descott. Tu les connais ?



Alcapone 11/08/2010 20:10


J’ai aimé ce livre sans plus et sur un point je suis d’accord : l’intrigue est plate. Et tout comme toi, j’ai bien aimé les thèmes abordés par l’auteur. Par contre, j’ai trouvé les personnages peu
consistant et je trouve ça bien dommage car Régis Descott, avec les ingrédients qu’il avait en main, il aurait pu faire un très bon polar. Ce n’est hélas pas le cas à mon sens. Toutefois, j’ai bien
l’intention de lire Pavillon 38 si j’en ai l’occasion....
Si tu veux jeter un oeil à mon avis : http://livresacentalheure-alcapone.blogspot.com/2010/06/obscura-regis-descott.html


Hannibal 11/08/2010 22:27



C'est vrai que les personnages ne sont pas mémorables, avec peut-être une exception pour le Dr Corbel.


C'est fait, j'ai visité ton blog. Pas eu le temps de parcourir en détail mais les articles sont bien rédigés et l'habillement est très esthétique... Bravo !