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Hannibal le lecteur

Les Raisons du doute / Gianrico Carofiglio

22 Avril 2010 , Rédigé par Hannibal Publié dans #Polar italien

Les Raisons du doute est le quatrième roman de Gianrico Carofiglio. Si l'auteur italien avait dans son dernier roman, Le Passé est une terre étrangère (très bon aussi, voir par ailleurs), un temps délaissé le personnage de Guido Guerrieri, revoilà l'avocat dans ce qui constitue sa troisième enquête, après Témoin involontaire et Les Yeux fermés. Par contre, changement d'éditeur puisque ce n'est plus Rivages ce coup-ci, mais Le Seuil, qui a pris le relais.


raisonsdudouteRésumé

Guido Guerrieri est avocat pénaliste à Bari. On l'appelle en prison pour entendre un certain Paolicelli, condamné pour trafic de drogue. L'homme rentre de vacances au Monténégro avec femme et enfant lorsqu'on l'arrête à la frontière italienne. On trouve dans sa voiture pas moins de quarante kilos de cocaïne très pure. Le détenu jure à l'avocat qu'il n'y est pour rien et l'implore de le défendre en appel. Guido s'y refuse dans un premier temps, reconnaissant en Paolicelli le fasciste qui l'avait regardé se faire rouer de coups lorsqu'il était plus jeune. Il est même plutôt ravi du sort qui lui est réservé. Tout va changer lorsque la femme du détenu – une ex-mannequin qui sait se montrer persuasive – lui demande son aide.


Mon avis

« Un type de petite taille et très robuste, avec une incisive cassée, s'approcha et me traita de salopard rouge. Il m'enjoignit d'enlever immédiatement ma parka de merde, sinon ses amis et lui se chargeraient de m'administrer l'huile de ricin que je méritais. [...]
Mon copain Roberto se pissa dessus. Et pas au sens métaphorique du terme. Je vis son jean délavé s'imprégner de liquide tandis que je demandais avec un filet de voix pourquoi je devais ôter ma parka. Je reçus pour toute réponse une gifle entre joue et oreille. Très forte.
« Enlève-la, camarade de merde. »
J'étais terrorisé et j'avais envie de pleurer, pourtant je refusai de m'exécuter. En essayant désespérément de ravaler mes larmes, je répétai ma question. Le type me flanqua une deuxième gifle, puis des coups de poing et de pied, et de nouveau des claques, au milieux des passants qui tournaient la tête de l'autre côté.
A un moment donné – je m'étais recroquevillé par terre pour me protéger des coups –, la bande fut mise en fuite. [...]
En chemin, je fonds en larmes. Pas tant à cause de la douleur, mais de l'humiliation et de la peur. L'humiliation et la peur sont les sentiments qu'on oublie le plus difficilement.
Maudits fascistes.
Tout en pleurant et en reniflant, je dis à voix haute que malgré tout, je n'ai pas ôté ma parka. A cette pensée, je redresse les épaules et cesse de pleurer? Non, je n'ai pas ôté ma parka, fascistes de merde. Et j'ai gravé vos têtes dans ma mémoire.
Un jour, vous me le paierez. »


On retrouve donc dans ce roman Guido Guerrieri, l'avocat déjà croisé dans Témoin involontaire (voir par ici) et Les Yeux fermés (que je n'ai pas encore lu). Divorcé, sa nouvelle compagne l'a pour ainsi dire abandonné (un offre de travail qui ne se refuse pas, à New-York) et le voilà plus seul que jamais. Pour tromper l'ennui, il lit beaucoup – tout ce qui lui tombe sous la main en fait – et délivre quotidiennement crochets et uppercuts dans le sac de frappe qui se trouve dans son appartement.

Comme dans ses précédentes aventures, Gianrico Carofiglio nous donne à voir un personnage mi-héros mi-looser auquel il est difficile de ne pas s'attacher. Guido, par l'intermédiaire duquel on suit cette histoire est certes un avocat, mais avant tout profondément humain : il ne supporte pas l'injustice et peut être qualifié d'homme de conviction. Loin d'être parfait, il a aussi ses failles, ses doutes, et a parfois du mal à se regarder dans la glace. Dans cet opus, il doit se faire violence pour défendre un homme qu'il hait profondément, mais bien conscient que la justice l'a condamné trop vite.

« L'après-midi qui précéda l'audience [...], je n'ouvris même pas le dossier. [...]
Je ne commençai à travailler vraiment qu'après 21 heures. Travailler quand le temps manque est une de mes habitudes. Je suis un spécialiste de la dernière minute. Lorsque la tâche est difficile, ou importante, ou les deux, je ne parviens à l'accomplir qu'une fois le dos, tout le corps, au mur. »

 

J'aime beaucoup ce personnage avec qui j'ai quelques points communs. Comme lui, j'adore lire (tiens donc, c'est vrai ça ?) ; comme lui, je suis un procrastinateur de première. Et puis il n'y a pas beaucoup d'avocats à aller en toute décontraction boire et jouer aux cartes avec des malfrats (grosse cuite assurée !), et tout cela à la veille d'un procès important. Non non, ça, ça n'était pas un point commun, et pour cause : je ne suis pas avocat !

Juge antimafia et sénateur, Gianrico Carofiglio n'a pas son pareil pour nous donner à voir l'envers du décor de la justice italienne. Prison, procédure, procès : tout y est maîtrisé et sent le vécu, sans pour autant jamais ennuyer le lecteur. On se prend rapidement au jeu, se demandant si l'avocat parviendra à éviter à Paolicelli une lourde peine. Pas de temps mort, on vibre aux côtés de Guido, aussi bien dans la poursuite de son enquête que dans sa vie personnelle et affective. On rit aussi beaucoup, et l'ironie de ses réparties mentales, en complet décalage avec ce qu'il répond vraiment, nous offre des dialogues pas piqués des vers.

« J'étais sûr que nous n'arriverions à rien tirer de cette histoire et que cela finirait mal pour Paolicelli.
Je le devinais nettement et je me faisais l'effet d'un type qui, de la rive, regarde quelqu'un se noyer. D'un type qui feint de regretter ce qui se produit.
Mais qui est en réalité satisfait. Horriblement satisfait.
Tandis que je quittais la prison, je pensai qu'il faudrait tôt ou tard que je me trouve un métier honnête. »


Les raisons du doute est au final un très bon roman noir, comme l'étaient les précédentes enquêtes de Guido Guerrieri. En quelques romans, l'Italien Gianrico Carofiglio a prouvé qu'il était un des auteurs européens sur lesquels il faut désormais compter et dont chaque traduction est attendue avec une certaine impatience.
Puisque j'étais passé à côté de sa seconde enquête, j'aurai donc de quoi m'occuper en attendant la traduction de la quatrième aventure de Guerrieri, déjà parue en Italie. Ca s'appelle Le perfezioni provvisorie, c'est à dire littéralement, « Les perfections provisoires » : tout un programme ! Un auteur à découvrir absolument donc. Plaisir garanti...

 

Et un grand merci à Babelio pour m'avoir grâcieusement offert le roman en question.

 

 


 

Les raisons du doute (Ragionevoli dubbi, 2006) de Gianrico Carofiglio, Le Seuil (2010). Traduit de l'italien par Nathalie Bauer, 261 pages.

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Pierre FAVEROLLE 23/04/2010 16:48


Bon, ben on est d'accord sur tout ! Et je te rappelle : il faut lire les yeux fermés. En plus, il ne devrait pas tarder à sortir en poche !


Hannibal 23/04/2010 20:25



Lire les yeux fermés, ça me paraît difficile mais promis, si tu dis que c'est bien, j'essaierai !


Blague à part, bien sûr que je le lirai. Par contre, non, une sortie poche ne semble pas encore à l'ordre du jour selon mes sources (j'aurai bien aimé pourtant...).