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Hannibal le lecteur

Les harmoniques / Marcus Malte

17 Février 2011 , Rédigé par Hannibal Publié dans #Polar français

Les harmoniques est le nouveau roman de Marcus Malte, à la Série Noire cette fois-ci.

 

 

Résumé

 

Le corps de Vera Nad, une belle jeune femme que Mister connaissait depuis peu, est retrouvé dans un triste état. Il semblerait qu'elle ait été brûlée vive pour une histoire de drogue. D'ailleurs, la police arrête vite deux hommes, qui avouent tout.

Malgré cela, Mister ne croît pas à la version officielle. Vera n'aurait jamais touché à ça, il en est sûr. Son visage angélique l'obsède. Il doit faire quelque chose, pour elle. Avec Bob, son vieux complice, il décide d'enquêter. Les deux hommes vont alors se retrouver au coeur d'une affaire bien plus complexe qu'il n'y paraissait.

 

 

HarmoniquesMon avis

 

« Bob s'octroya quelques secondes pour envisager cet aspect de la question. Puis il fit la moue.

- Et quand bien même ils l'auraient tué pour une autre raison, qu'est-ce que ça changerait ?

- Tout, dit Mister.

- Réponse facile, dit Bob.

- Si on admet que cette affaire de drogue n'est qu'un faux prétexte, ça veut dire que ces deux petites frappes ne sont que des hommes de main. Des sous-fifres. Des exécutants. Et ça veut dire qu'il y a quelqu'un, au-dessus, qui tire les ficelles. Moi, je dis que ça change tout. Cherchons le vrai mobile et on trouvera le vrai coupable.

- Et qu'est-ce qui te permet ne serait-ce que d'envisager cette hypothèse ? D'un côté de la balance il y a le boulot des flics, validé par les aveux des tueurs – ce qui fait plutôt lourd. Et toi, qu'est-ce que tu proposes en contrepoids ?

- Mon pif, dit Mister.

Peut-être qu'il voulait dire son coeur, en tout cas c'était bien le nez qu'il se tapotait du bout de l'index.

- Ton pif ? répéta Bob.

- Je le sens, dit Mister.

- Oh ! misère... souffla Bob.

Dans la catégorie des arguments scientifiques, ce n'était pas tout à fait ce qu'il espérait. À ce rythme-là, ils allaient bientôt caresser une boule de cristal ou faire tourner les verres. »

 

Depuis 2007 et la parution de Garden of love, qui avait connu un grand succès (tant public que critique), Marcus Malte avait « seulement » écrit des nouvelles et un roman jeunesse. Les Harmoniques marque donc son grand retour au roman ainsi que son entrée à la Série Noire. Les lecteurs qui suivent le Seynois depuis ses débuts en littérature auront aussi le plaisir de retrouver ici les protagonistes de ses premiers romans – Le doigt d’Horace et Le lac des singes –, les inséparables Bob et Mister. Pour ma part, je découvrais Marcus Malte avec Les harmoniques.

 

« Sans même s'en apercevoir, elle avait tissé d'improbables liens entre ces destins fracassés. Par écho, par effets de miroir. Elle avait établi des correspondances. Elle avait tracé des tangentes et des lignes de fuite, elle avait entremêlé des trajectoires étrangement parallèles, qui toutes prenaient racine dans le trente-sixième dessous. Si ce n'est que celles des musiciens se projetaient au final vers les strates supérieures du ciel. Le firmament.

Oui. C'est ainsi qu'elle le comprenait.

Ceux-là changeaient la hideur en beauté. De la matière brute de la souffrance ils faisaient jaillir tendresse et espoir.

Sinon, comment expliquer Monk ? Comment expliquer Lester Young et Chet Baker ? Comment expliquer que les ténèbres puissent engendrer pareille lumière ? Comment sur un tel champ de boue pourrait fleurir la fille aux gardénias ?

Lentement, morceau par morceau, standard après standard, son jeune esprit s'était refait à l'idée qu'il y avait peut-être une toute petite possibilité de continuer à vivre. Simplement continuer.

Le jazz, pour elle, c'était ça. »

 

Le premier est chauffeur de taxi après avoir été professeur agrégé de philosophie dans une autre vie et parcourt Paris avec son antique 404 à la recherche d'un éventuel client. Le second se produit plusieurs fois par semaine en tant que pianiste au Dauphin Vert, un club de jazz de la capitale. C'est au cours de ses concerts qu'il a fait la connaissance de Vera, une magnifique jeune femme avec qui il sympathise rapidement autour d'un verre. Tous deux passionnés par le jazz – la musique est très présente tout le long du roman –, ils se découvrent des points communs. Mister, subjugué par sa beauté, lui voue une espèce d'amour platonique. C'est pourquoi il ne peut se résoudre à admettre la violence de la mort de Vera, elle qui avait survécu tant bien que mal à l'horreur de la guerre durant le conflit yougoslave.

 

« Elle aimait les ballades et il faisait de son mieux. Il jouait pour elle. Pour la soigner et pour la connaître. Tant de zones lui demeuraient inaccessibles. L'imagination a ses limites. C'est comment, en réalité, une ville en état de siège ? Une gamine recroquevillée dans la nuit à côté du cadavre de son papa ? Et se battre contre des rats pour les restes d'un chien crevé, ça fait quoi ?

Elle avait relégué l'enfer dans le puits de sa mémoire.

Son tort aura été de croire que les barbares ne sévissent que dans les pays en guerre. »

 

Bien que le récit soit emprunt d'une mélancolie certaine Marcus Malte parvient à ne pas plomber le moral de ses lecteurs en jonglant adroitement entre tristesse et humour. Ce dernier est assez présent dans les dialogues mais aussi dans la description de certaines situations telle la fausse panne mémorable du taxi en plein milieu d'un champ. Les personnages secondaires ne sont pas en reste. Bien difficile de ne pas sourire en assistant aux massacres musicaux de Miloslav (pauvres Beatles !) ou à l'évocation de l'homme-pomme.

L'intrigue, quant à elle, est bien ficelée et parvient sans peine à tenir le lecteur en haleine. On pourra seulement regretter quelques facilités, dans le choix du nom de certains personnages par exemple.

 

« - Harmeûniques ? C'est quoi, harmeûniques ?
- Les notes derrière les notes, expliqua Mister. Les notes secrètes. Les ondes fantômes qui se multiplient et se propagent à l'infini, ou presque. Comme des ronds dans l'eau. Comme un écho qui ne meurt jamais.  »

 

Marcus Malte confirme avec Les harmoniques le bien que beaucoup pensent de lui et signe un très beau roman noir, élégamment écrit et sans fausses notes, qui devrait séduire de nombreux lecteurs.

 


 

Les harmoniques de Marcus Malte, Gallimard/Série Noire (2011), 384 pages.

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alain 18/02/2011 09:52


je suis fan. il sera à lamballe cette année..


Hannibal 21/02/2011 23:18



Cool !



Pierre FAVEROLLE 18/02/2011 06:43


Salut Hannibal, j'aurais aimé moi aussi mettre un coup de coeur sur ce livre, pour plein de raisons. Mais, comme tu le dis, certaines choses m'ont refroidi ... alors j'ai juste beaucoup apprécié.
Mais beaucoup, c'est déjà bien.


Hannibal 21/02/2011 23:17



Oui, c'est déjà pas mal du tout... Je lirai d'autres romans de Marcus Malte, à commencer par Garden of love, qu'on m'a déjà vivement conseillé plusieurs fois.