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Hannibal le lecteur

Les anges s'habillent en caillera / Rachid Santaki

4 Mars 2011 , Rédigé par Hannibal Publié dans #Polar français

Les anges s'habillent en caillera, publié chez Moisson Rouge, est un roman noir de Rachid Santaki ayant pour cadre Saint-Denis et pour personnage principal « Le Marseillais », un personnage bien réel.

 

 

Angess'habillentencailleraRésumé

 

Ilyès, plus connu comme « le Marseillais », est l'un des plus brillants voleurs à la ruse de la région parisienne. Il observe une personne composant son code bancaire puis provoque une situation rendant possible un échange de cartes bleues. Le temps que la victime s'en aperçoive, son compte a été vidé.
Après dix-huit mois passés derrière les barreaux à Villepinte, il retrouve la liberté avec une seule obsession : faire comprendre à la balance qui l'a envoyé à l'ombre qu'elle a fait une grave erreur en le donnant aux flics.

 

Mon avis


Les anges s'habillent en caillera marque le début d'une collaboration entre l'éditeur Moisson rouge et Le Syndikat, une association qui souhaite « promouvoir la lecture et l’écriture » dans les cités et défendre la « littérature urbaine contemporaine ». Pour inaugurer cette collection, le choix de Rachid Santaki n'est pas anodin. Touche-à-tout hyperactif – boxe, hip-hop – et déjà auteur de La petite cité dans la prairie, il veut contribuer à redorer l'image des banlieues par ses diverses activités, dont l'écriture.

 

« Je m'appelle Ilyès. À Saint-Denis, on me connaît sous le surnom du Marseillais. Je suis capable de griller le code d'une carte bleue en un clin d'oeil. Une fois mon travail réalisé, je peux dépenser sans compter. J'ai assumé mes conneries et vu le paquet de fric que cela m'a rapporté, la mise en parenthèses de ma liberté en valait le prix. Saint-Denis a été le théâtre de mes premiers coups. J'ai été assez malin pour passer les diplômes du crime, les autres candidats se sont retrouvés à vendre de la came ou du shit. Certains sont morts, d'autres se sont perdus entre les allers-retours au placard. Au fond de moi, je sais que ma sortie n'est que provisoire et que je vais reprendre la direction de la maison d'arrêt à la moindre erreur. »


Le Marseillais existe vraiment et l'auteur a déjà eu l'occasion de le rencontrer à plusieurs reprises. En ancrant son intrigue à Saint-Denis – la ville est sans doute le personnage principal du roman – et en faisant le choix de s'inspirer très fortement de quelqu'un existant vraiment, Rachid Santaki accentue volontairement l'aspect réaliste de sa fiction. Des quartiers à la prison, autant d'endroits où l'on se retrouve plongé grâce aux descriptions de l'auteur, qui font souvent mouche. De vrais articles de presse à propos de certains faits divers s'étant déroulés à Saint-Denis, intercalés entre les chapitres, viennent confirmer cette impression d'ultra-réalisme.

 

« J'en vois un qui connaît ma réputation et me regarde comme si j'étais un joueur de Ligue 1, je le laisse rêver. Il attend que je le salue, mais je fais style de ne pas l'avoir vu, je suis pas ici pour me faire des amis ou raconter ma vie. Ma mère est la seule à se faire des cheveux blancs pour moi. Le parloir m'a permis de voir qui était mes amis, j'en ai pas. À part Khaled et quelques proches, il n'y a personne dans l'univers carcéral, juste ta solitude et pas mal de putes qui disent être tes potes. Mes soi-disant potes d'enfance ne m'ont même pas envoyé de mandat, alors qu'ils sont dehors à vider des bouteilles dans les clubs de la capitale. L'amitié, un mot qui signifiegratter des verres à ta table quand tu es en boîte de nuit, ou profiter des fruits de tes crimes pour s'habiller en Gucci. À chaque pas, j'ouvre de plus en plus les yeux sur le monde. Le surveillant nous arrête et avec les autres prisonniers, j'attends l'heure. Je regarde mes pieds, putain, dire que je suis né pour briller et je suis là avec ces clochards. Derrière la vitre, je vois ma mère, elle porte une veste longue et un foulard. Son visage s'illumine quand elle me voit, mais je sais qu'elle est fatiguée par mes conneries, par ces trajets, par ses pensées qui lui donnent des migraines, mais elle ne dit rien. Maman a fait des ménages pour nous nourrir et nous habiller, je vais prendre soin d'elle. Elle retient ses larmes, ses yeux brillent, mais elle contient sa tristesse. Elle me serre fort dans ses bras. Je fuis ces moments, je ne peux rien montrer car la prison me rend chaque jour un peu plus dur et surtout, ce n'est pas l'endroit où il faut craquer. Contre elle, le dur redevient le gosse qui cherche l'amour maternel. Ma mère s'assoit sur la chaise en bois, ses yeux me parlent. Je fuis son regard car je lis qu'elle porte ma peine sans se plaindre. »

 

La trame du texte a beau être simple et déjà vue – le héros qui veut se venger de celui qui l'a trahi, un grand classique –, la sauce prend, en partie grâce à la qualité des protagonistes. Si le Marseillais joue évidemment un rôle central dans l'histoire, le personnage de Stéphane est sans doute le plus réussi. Aussi carriériste que ripou, ce policier bad boy ne craint pas de faire dans l'illégal, du moment que cela serve ses intérêts.

 

« Malgré ses grosses thunes, Stéphane ne peut s'empêcher de chercher encore plus de billets, de faire parler les soi-disant plus chauds, de manipuler les plus faibles, d'exécuter les voyous ou ceux qui peuvent lui barrer la route. Il est dans une perpétuelle course-poursuite avec la mort et la vie. Un pourri dans toute sa noirceur, moisi sur toute la longueur.

Il aurait pu se contenter d'être un simple flic : faire des rondes avec ses collègues, rédiger des verbalisations, assurer la circulation, quelques interpellations. Non. C'est un rageur, un ripou, un boxeur, un ambitieux, un vicieux. Il aime détruire ses ennemis, leur montrer qu'il est plus fort qu'eux et les prostituer pour faire des billets violets. Il a fait ses classes en tant que militaire, engagé dans l'armée de terre. Stéphane y a fait connaissance avec la violence, les armes et la came avant de s'engager dans la police. Après quatre ans de bons et loyaux services, il est devenu inspecteur au service départemental de la Police judiciaire. »

 

L'écriture de Rachid Santaki, très orale, où se côtoient verlan et arabe, achève d'immerger le lecteur en plein 9-3. Les non-initiés au parler de la cité regretteront l'absence d'un lexique ainsi que la non-traduction de certains passages en arabe. Nonobstant, le roman se lit très bien et sa construction intelligente permet de maintenir une tension narrative certaine. Le lecteur quelque peu connaisseur de culture hip-hop pourra savourer les clins d'œil à certains titres de rap disséminés au fil du texte (une playlist est même proposée à la fin du livre, par ailleurs joliment préfacé par Oxmo Puccino).

Rachid Santaki signe avec Les anges s'habillent en caillera un roman noir réussi ayant pour cadre la ville de Saint-Denis. Espérons qu'il donne envie à d'autres auteurs des banlieues de se lancer dans l'écriture.
Signalons aussi qu'une série littéraire mettant en scène Sofiane, le cousin du Marseillais – un personnage secondaire du roman – a été mise en ligne avant la sortie du roman. Ce feuilleton, co-écrit par Rachid Santaki, ainsi que d'autres bonus sont disponibles sur le site du livre.

 


 

Les anges s'habillent en caillera de Rachid Santaki, Moisson Rouge/Le Syndikat (2011), 250 pages.

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pop art 13/03/2011 09:05


Pressentiment que je vais grandement apprécier ce livre. Merci pour la critique et bonne continuation.


Hannibal 14/03/2011 15:59



Je l'espère alors, bonne lecture ! De rien et merci !



max obione 13/03/2011 08:05


Cher Hannibal, je me prosterne à tes pieds, je t'implore, s'teu plait, écris plus gros, pense aux vieux yeux des vieux lecteurs même bésiclés. Au bout de 2 lignes je décroche, je pourrais faire des
manip, mais bon, si tu pouvais utiliser le verdana taille 2 par exemple, tes chroniques seraient beaucoup plus lisibles, elles le valent !


Hannibal 14/03/2011 15:58



Des manips, faut peut-être pas éxagérer non plus, c'est pas comme si c'était long et compliqué. Un petit coup de CTRL+roulette suffit pour que le texte s'aggrandisse, comme par enchantement.


Par contre, j'avoue que c'était écrit vraiment petit et j'ai donc suivi ton conseil. Tes implorations ont donc porté leurs fruits ! Merci d'avoir signalé le problème. Dis, Monsieur le vieux
lecteur bésiclé, mon dernier article, tu arrives à le lire facilement ?


J'le promets pas sur la tête de ma mère mais j'essaierai de passer te voir au salon du livre le week-end prochain.



Bruno 07/03/2011 14:52


je n'avais pas prévu d'acheter le livre initialement. Mais il se trouve que j'ai vu hier un reportage à la télé sur cet auteur et sa démarche citoyenne à travers l'association " Le Syndikat". Je ne
peux que soutenir, c'est ma première raison de l'acheter, et c'est apparemment un bon roman, ce qui en sera ma deuxième ( renforcée par ton billet).


Hannibal 10/03/2011 14:58



Je ne suis pas entré dans les détails concernant l'initiative du Syndikat, mais elle est à saluer. C'est aussi l'une des raisons qui m'a poussé a lire ce livre. J'ai hâte de voir ce que ça va
donner par la suite...



Pierre faverolle 04/03/2011 14:41


J'ai beaucoup apprécié ce roman. Pourtant, avec ce sujet, j'étais rempli de crainte. Mais la véracité du propos et le style m'ont emporté malgré une intrigue classique. Très bien.