Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
Hannibal le lecteur

Le sang des pierres / Johan Theorin

7 Avril 2011 , Rédigé par Hannibal Publié dans #Polar scandinave

Le sang des pierres (Blodläge) est le troisième roman du Suédois Johan Theorin dont j'avais beaucoup aimé les deux premiers.

 

 

sang des pierresRésumé

 

Peter Mörner se réjouit de passer les vacances de Pâques avec ses deux enfants. Il va pouvoir leur montrer leur nouvelle maison de Stenvik, sur l'île d'Öland. Malheureusement, tout ne va pas aller comme prévu. La maladie de sa fille, plus grave qu'il n'y paraissait, va nécessiter son hospitalisation.
Dans le même temps, des studios où sont tournés des films pornographiques sont ravagés par les flammes. Jerry, le père de Peter, est l'un des propriétaires des lieux. Il est finalement sauvé de l'incendie mais on retrouve deux corps calcinés dans les décombres. La police ouvre une enquête.
Peter se serait bien passé de devoir héberger son vieux père qui perd la boule alors que sa fille a besoin de lui.

 

 

Mon avis

 

« Quand Gerlof avait construit sa maison au début des années cinquante, il avait une vue sur la mer à l'ouest et apercevait le clocher à l'est – mais à l'époque, il y avait beaucoup de vaches et de moutons qui se chargeaient de faire place nette dans les champs. Maintenant qu'il n'y avait plus de bétail, les arbres avaient repris le dessus. Leurs cimes formaient un toit de plus en plus dense autour de la maison et, en traversant la route, Gerlof ne fit qu'apercevoir le détroit encore couvert de glace.

Stenvik était un vieux village de pêcheurs, et Gerlof se rappelait le temps où ils alignaient leurs barques sur les galets du rivage doucement arrondi, en attendant de partir à la rame relever leurs filets dans le détroit. Mais ils avaient tous disparus, leurs maisons et leurs cabanons transformés en maisons de vacances. »

A la manière de Mons Kallentoft, Johan Theorin nous fait voir la Suéde sous différentes saisons. Après l'automne de L'heure trouble et l'hiver de L'écho des morts, nous retournons sur l'île d'Öland, au printemps cette fois-ci. La glace du détroit commence à fondre et les maisons de vacances se remplissent peu à peu, ce qui agace Gerlof au plus haut point. On retrouve ici avec plaisir le sympathique octogénaire mis en scène par l'auteur dans ses précédents romans – et inspiré par son grand-père, lui-même pêcheur. Autour de Gerlof, le village (imaginaire) de Stenvik s'agrandit, avec la construction de maisons secondaires, et le lecteur fait donc connaissance avec ce nouveau voisinage.

 

« C'est beau, non ? » dit Peter.

Jesper, sur le siège passager, leva les yeux de sa Game Boy.

« Quoi donc ?

- Ça... L'île... Tout. »

Jesper regarda par la fenêtre en hochant la tête, mais Peter ne reconnut pas dans les yeux de son fils l'émotion qu'il ressentait, lui, sur l'île. C'était peut-être ça être jeune, ne pas apprécier la nature pour elle-même ? Peut-être fallait-il avoir un certain âge et connu un grand chagrin pour vraiment s'intéresser à l'âme d'un paysage ? »

 

On rencontre bien sûr Peter, le personnage principal de ce roman, ses deux enfants, Jesper et Nilla, ainsi que son père, Jerry. Ce dernier est un retraité de l'industrie du porno, détesté par son fils qui ne souhaite pas qu'il fréquente ses propres enfants. On découvre aussi le couple Larsson, Vendela et Max. Lui écrit des livres de développement personnel et même des ouvrages de cuisine et en tire une grande fierté, alors qu'il sait à peine cuire un oeuf. En vérité, c'est elle qui, dans l'ombre, fait le principal du travail. Vendela, née sur l'île, est triste en amour – son couple bat de l'aile – et croit plus que jamais aux Elfes auxquels elle prête de nombreux pouvoirs.

 

« De retour de l'école, le lendemain, elle sort la broche de la poche intérieure de son manteau en passant devant la pierre des Elfes. Elle la regarde, puis inspecte les creux vides.

C'est drôle, mais elle ne trouve pas quoi souhaiter. Pas aujourd'hui. Elle va avoir dix ans, et devrait déborder de voeux à formuler concernant son avenir, mais sa tête est vide.

Faire un voyage à Paris ?

Il faut être modeste. Elle finit par souhaiter aller sur le continent, à Kalmar, où elle n'a pas été depuis presque deux ans.

Elle pose la broche dans un des creux et rentre en courant.

Vient samedi. Pour une fois, l'école est fermée, car on installe de nouveaux poêles dans les salles de classe.

« Dépêche-toi avec les vaches, aujourd'hui, lui dit son père à table. Comme ça tu auras le temps de te changer.

- Pourquoi ?

- On va prendre le train pour Kalmar, et rester la nuit chez ta tante. »

Un hasard ? Non, les Elfes.

Mais Vendela n'aurait pas du continuer à faire des voeux. »


Les amateurs de thrillers musclés seront peut-être déroutés par la lenteur de l'intrigue, notamment de sa mise en place – il ne se passe rien de « policier » pendant les quatre-vingts premières pages. Comme souvent dans le polar scandinave, l'auteur prend son temps pour rendre une atmosphère, des paysages, pour décrire des personnages, leur état d'esprit,... et il le fait très bien. Les légendes anciennes – nuit de Walpurgis, Elfes et autres Trolls – contribuent à instaurer cette ambiance particulière, et c'est précisément du passé que vont ressurgir les vieilles histoires à l'origine des problèmes actuels de la famille Mörner.

 

Intelligemment, Johan Theorin joue avec son lecteur, distillant les informations au compte-goutte de manière à le tenir en haleine. Peu à peu, les rebondissements se font plus rapprochés, jusqu'à un final très réussi à plusieurs niveaux, riche en action et en révélations – on se souviendra d'une scène de course-poursuite mémorable et pour le moins particulière.

Fidèle à lui-même, Johan Theorin signe avec Le sang des pierres un polar efficace qui donne envie de les retrouver, lui et Gerlof, dans leur prochaine enquête. On conseillera au lecteur désireux de découvrir ce jeune et talentueux auteur suédois de commencer par L'heure trouble – désormais disponible en poche – qui est sans doute son meilleur roman.

 

Infos : Pour en savoir plus sur le polar nordique, je vous conseille ce catalogue, élaboré par la librairie Compagnie, ainsi que ce sujet, très complet, du forum des Rivières Pourpres.

 


 

Le sang des pierres (Blodläge, 2010) de Johan Theorin, Albin Michel (2011). Traduit du suédois par Rémi Cassaigne, 425 pages.

Partager cet article

Repost 0

Commenter cet article

Pierre FAVEROLLE 07/04/2011 20:45


Salut Hannibal, comme nous avons toujours des lectures proches, celui ci est dans la PAL en 2 ème position, juste après le dernier Antonin Varenne. A +


Hannibal 13/04/2011 21:25



Le dernier Antonin Varenne, je l'ai acheté au salon du livre de Paris. L'auteur est très sympa.


Bonnes lectures !