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Hannibal le lecteur

Le poète de Gaza / Yishaï Sarid

3 Novembre 2011 , Rédigé par Hannibal Publié dans #Polar asiatique

Le poète de Gaza est un roman de l'Israélien Yishaï Sarid, publié en français par Actes Sud.

Depuis ma lecture (il y a quelques semaines, oui je sais j'ai du retard avec mes chroniques !) il a obtenu le Grand Prix de Littérature Policière étranger – le français allant à L'honorable société  de DOA et Dominique Manotti.

 

 

poète de gazaRésumé

Un agent du contre-espionnage israélien, passé maître dans l'art d'interroger les terroristes palestiniens et leurs proches, se voit confier une mission de grande importance : il doit réussir à amener un chef terroriste sur terrain neutre afin qu'il soit abattu sans risques. Pour parvenir à ses fins sans jamais se trouver en contact direct avec la cible, l'agent va mettre toute une stratégie en place. Il veut tenter d'entrer en contact avec Hani, le père du terroriste, poète de son état et gravement malade, en sympathisant avec Dafna, la meilleure amie du vieil homme, elle-même femme de lettres. Pour ce faire, il décide de se faire passer pour un apprenti romancier afin de bénéficier de ses cours particuliers d'écriture.


Mon avis

Le poète de Gaza n'est pas de ces romans où le lecteur se perd tant les protagonistes sont nombreux. A l'inverse, le texte ne s'intéresse pour ainsi dire qu'à l'agent israélien, narrateur du récit mais jamais nommé, les autres personnages gravitant autour de lui. Tout occupé qu'il est à son travail – l'homme est ambitieux –, il délaisse sa vie de famille sans vraiment s'en rendre compte. Lorsque Siggie reçoit une proposition de travail aussi inattendue qu'exceptionnelle à Boston, il refuse toute discussion avec elle. Peu importe, s'il ne veut pas y aller, sa femme ira sans lui, embarquant leur fils au passage.

A bout de nerfs, l'agent provoque (sans vraiment le vouloir) la mort d'un prisonnier palestinien lors d'un interrogatoire musclé non maîtrisé. Il risque de gros ennuis. Son supérieur hiérarchique, qui n'a plus entière confiance en lui, le suspend de tout « entretien ». Prenant subitement conscience de la dégradation de ses relations familiales, l'agent se raccroche à ce qui lui reste : sa mission, celle de la dernière chance s'il veut encore avoir une chance de compter dans son métier.

« - On doit parler, l'ai-je aussitôt interrompue.
Une expression de grande déception a envahi son visage, son regard s'est aiguisé au point de devenir hostile.
« D'où est-ce que vous sortez ? m'a-t-elle asséné, furieuse. Qu'est-ce que vous me voulez ? »
A cet instant, elle me haïssait, je le savais et, pourtant, j'aurais pu rester à regarder son visage pour l'éternité. Ce n'est pas pour rien que certains voilent celui de leur femme. »
 
Plus seul que jamais et en proie à une espèce de dépression, il n'avait pas prévu que les heures qu'il devrait passer avec Dafna le rapprocherait à ce point de la romancière. Dans son naufrage, elle rayonne et lui semble être sa seule bouée de sauvetage. Ayant réellement sympathisé avec elle ainsi qu'avec Hani (le père du terroriste), il est alors en proie à de terribles doutes et commence à se poser de nombreuses questions sur sa profession, et plus largement, sur son existence.

« - Je vais boire avec vous, a soupiré notre malade. À Gaza, on m'aurait tué pour ça. Pas grave. Juste un verre. Dieu me le pardonnera, n'est-ce pas ? »
L'air stagnait, la mer ne bougeait pas davantage dans sa bassine délimitée par les contours gris de la ville. Dafna dit soudain qu'elle s'en voulait de ne pas être allée le voir, là-bas. Toujours la peur de recevoir un coup ou une grenade. Dire que, maintenant, c'était pire !
- Et pourtant, on n'est pas loin. » Hani trempa les lèvres dans son verre. « La même mer. Le même soleil. C'est juste qu'il y a plein de barrages au milieu.
- Un jour, toutes ces barrières tomberont et on vivra ensemble, assura Dafna dont les yeux étaient repeints en turquoise par le paysage et le vin.
- Ces temps-là ne viendront qu'après nous, ma chérie », murmura Hani dans un petit rire. Il posa délicatement sa main desséchée sur le bras de Dafna. « Aujourd'hui ce sont les fous qui sont aux commandes et eux se fichent de la mer. Ils réclament des montagnes. »

Sans totalement délaisser l'aspect policier – ou plutôt espionnage d'ailleurs – de son histoire pour autant, Yishaï Sarid a choisi de faire reposer son texte sur son personnage principal, et bien lui en a pris. Il s'agit avant tout du roman d'un homme qui, poussé par les évènements et les rencontres, en vient à s'interroger sur sa vie, mais aussi sur certains aspects du conflit israélo-palestinien. Œuvre puissante et somme toute assez engagée, Le poète de Gaza surprendra agréablement plus d'un lecteur et Yishaï Sarid, avocat lorsqu'il n'écrit pas, mérite assurément son Grand Prix de Littérature Policière reçu il y a quelques semaines.



Le poète de Gaza (Limassol, 2009), de Yishaï Sarid, Actes Sud / Actes Noirs (2011). Traduit de l'hébreu par Laurence Sendrowicz, 219 pages.

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