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Hannibal le lecteur

Le pays où la mort est moins chère / Thierry Marignac

27 Janvier 2010 , Rédigé par Hannibal Publié dans #Nouvelles noires

Le pays où la mort est moins chère est un recueil de nouvelles de Thierry Marignac, auteur que j'avais découvert - outre ses traductions - avec Renegade Boxing Club. Il est paru récemment chez Moisson Rouge, où vient de paraître une nouveau roman traduit par l'auteur (du russe) dont je vous parlerai dans les prochaines semaines (Racailles de Vladimir Kozlov).


le_pays-o-_la_mort_est_moins_ch-re.jpgRésumé

De jeunes bourgeois jouant aux rebelles dans Paris, de l’amour (un peu), de la drogue (beaucoup), du sport (avec Ben Johnson à Séoul), des prostitué-e-s en tous genres, des violences urbaines, des dealers, et bien d’autres… Voilà ce que l’on peut trouver dans ce recueil de nouvelles noires, très noires.


Mon avis

Le pays où la mort est moins chère – qui est aussi le titre de l’un des textes – contient onze nouvelles, écrites par Thierry Marignac sur une vingtaine d’années.
Plutôt courts – de trois à vingt-cinq pages – ces écrits sont regroupés par « archétype polar » dans trois rubriques respectivement intitulées « Poursuites », « Règlements de comptes » et « Kamikazes ». Si l’on voyage un peu avec ce recueil, en Europe de l’Est surtout, l’essentiel des histoires se déroulent à Paris, et pas que dans les beaux quartiers évidemment.

« Le Manouche me fit signe de foutre le camp. C’était ça ou le sourire kabyle, vu que sa main droite était enfouie dans sa poche de veste et tripotait un objet allongé, et d’après moi, c’était ni une sucette, ni un stylo Mont-Blanc. Il ne me regardait même plus d’ailleurs, ce qui n’est jamais bon signe, au beau milieu d’une conversation avec ce genre de loustic.
Rod avait une gueule d’enterrement quand je suis sorti et c’était de circonstance. Moi-même, j’avais honte de le laisser là. »


Chose plus difficile à faire avec un roman, ces nouvelles sont l’occasion pour l’auteur d’innover, stylistiquement surtout. Les phrases sont souvent très courtes, sèches, réduites à l’essentiel. Les histoires ne s’embarrassent pas d’intrigues alambiquées, de rebondissements à gogo et de twists finaux. Elles vont droit au but, décrivant le côté sombre des villes et de ses habitants. Certains lecteurs seront peut-être désarçonnés par la noirceur qui se dégage des textes, et parfois, par la crudité des propos. Toujours est-il que Marignac est incontestablement à l’aise dans ces exercices de style, convaincants dans l’ensemble.

« - Les soldats fumaient l’herbe et avalaient les pilules qu’ils allaient acheter en permission à Amsterdam, à quatre heures de route. Ils passaient leur temps à fumer, prendre des cachets, renifler de la poudre. C’est en partie à cause du recrutement. Même à la sortie des prisons, on a du mal à remplir les quotas. Les soldats viennent tous du lumpen, ils veulent tirer au flanc et se défoncer. On ne peut pas les punir tous, il ne resterait plus personne, pour le service. »

Le pays où la mort est moins chère est donc un recueil bien noir, innovant et atypique au niveau du style. Il est certain que ce côté expérimental ne conviendra pas à tout le monde, mais comme le dit lui-même Thierry Marignac dans son avant-propos, « au lecteur de décider si la virée valait le coup ».



Le pays où la mort est moins chère de Thierry Marignac, Moisson Rouge (2009), 141 pages.

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