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Hannibal le lecteur

La vie est un sale boulot / Janis Otsiémi

25 Décembre 2009 , Rédigé par Hannibal Publié dans #Polar africain

La vie est un sale boulot est un roman noir du Gabonais Janis Otsiémi paru récemment aux Edtitions Jigal.


vieestunsaleboulotRésumé

Chicano respire de nouveau l’air de Libreville après quatre ans passés derrière les barreaux pour braquage. Durant ces longues années, personne n’est passé lui rendre visite et le jeune homme, déboussolé, erre dans les rues de la capitale gabonaise. Il se décide finalement à aller voir sa petite amie de l’époque. Seulement, elle s’est mariée et ne veut plus entendre parler de lui.
Pour le remercier d’avoir tenu sa langue, ses complices de braquage lui proposent une nouvelle collaboration. Chicano hésite, bien sûr, mais finit par accepter. Pas sûr qu’il s’agissait de la meilleure solution…


Mon avis

« Il écarta les volets, écouta la rumeur bruyante de la ville, regarda la piétaille qui se disputait la bouche des taxis sur des trottoirs poussiéreux sous un soleil de plomb… Libreville… Six cent cinquante mille âmes… Libreville… Gros faubourg gonflant de jour en jour de son flot d’immigrés obnubilés par l’argent facile, chassés de leurs bourgades natales par la misère… Libreville… disputant à Johannesburg, Yaoundé, Lagos, la palme de la ville la plus violente, avec ses braquages à main armée, ses viols, ses vols, ses crimes rituels, ses crimes passionnels… »


Ce qui interpelle en premier lieu à la lecture de La vie est un sale boulot, c’est le travail sur l’écriture. Janis Otsiémi va droit au but, dans un argot simple mais néanmoins enrichi d’expressions locales, ce qui lui confère un charme certain. Et que dire des proverbes africains, aussi savoureux qu’imagés du style « Suivez les abeilles et vous mangerez du miel » ou encore mieux « Qui avale une noix de coco fait confiance à son anus ».

« Pas question pour lui de faire un boulot de pion pour un salaire de paria. Gabi avait aboyé pour ramener le petit sur le droit chemin. Pas moyen. Chicano était prêt à en découdre avec son grand frère. Même pour la frime. Gabi s’était résigné, se rappelant la tirade de leur vieux père, mort dix ans plus tôt.
Les conséquences corrigent mieux que les conseils.
Gabi lui-même en savait quelque chose. »


On comprend assez rapidement qu’Otsiémi n’est pas de ces auteurs qui protègent leurs personnages à outrance, bien au contraire. Il n’hésite pas à les malmener, envoyant ce pauvre Chicano se frotter aux gros durs de la pègre gabonaise pour entamer sa « réinsertion ».

« Les flics de Libreville étaient connus pour leur brutalité de chiens mal nourris. Et dans la population librevilloise, on n’appréciait guère leurs méthodes quand il s’agissait d’arrêter des petits délinquants pendant que les
ouattara (homme fortuné) vidaient les caisses de l’Etat sans être inquiétés. »

Otsiémi n’épargne pas non plus son pays, nous décrivant ses travers et appuyant intelligemment là où ça fait mal. On découvre alors un Gabon totalement corrompu, des plus hauts fonctionnaires aux agents de police, en passant par l’armée. Les ruelles de Libreville, dans lesquelles se déroulent tous types de trafics, semblent de plus ne pas avoir grand-chose à envier aux bas-fonds des métropoles occidentales.

On retrouve finalement dans La vie est un sale boulot la quintessence du roman noir, le dépaysement en prime. Ajoutez à cela une intrigue maîtrisée et l’écriture travaillée de Janis Otsiémi et vous passerez un bon moment de lecture avec ce polar gabonais très réussi.

A signaler que j'ai choisi ce roman pour représenter l'Afrique dans le cadre du défi Littérature policière sur les cinq continents que j'avais présenté ici-même et que vous pouvez allez (re)découvrir sur le blog qui lui est consacré.


La vie est un sale boulot de Janis Otsiémi, Editions Jigal (2009), 131 pages.

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