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Hannibal le lecteur

La rivière noire / Arnaldur Indriðason

3 Février 2011 , Rédigé par Hannibal Publié dans #Polar scandinave

La rivière noire (que vous trouverez dès aujourd'hui chez votre libraire) est le septième roman de l'Islandais Arnaldur Indriðason à paraître en France, toujours chez Métailié et toujours excellemment traduit par Éric Boury.

Si l'on retrouve les personnages des enquêtes d'Erlendur, difficile de parler d'une nouvelle enquête du commissaire puisqu'il est pour ainsi dire absent du roman.

 

 

Résumé

 

Le corps d'un homme, seulement vêtu d'un T-shirt féminin, est retrouvé dans un appartement du centre de Reykjavik. Beaucoup de sang, une profonde entaille à la gorge : le doute n'est pas permis quant à la cause de la mort. Cependant, l'enquête peine à démarrer. Pas d'arme du crime, aucun signe d'effraction ou de lutte, pas de témoin... La seule piste se résume à des cachets de Rohypnol – la drogue du viol – trouvés dans la veste de la victime.

Puisque le commissaire Erlendur a pris ses congés, c'est Elinborg qui est chargée de l'enquête. Un châle retrouvé sous le lit de la victime dégage une odeur épicée que reconnaît sans peine la policière, cuisinière à ses heures perdues. C'est grâce à son flair que la vérité va se faire jour peu à peu...

 

 

rivière noireMon avis

 

Je ne vous le cache pas, Arnaldur Indriðason est un de mes chouchous et l'un des rares auteurs dont je n'ai pas raté un seul roman (hormis ceux qui n'ont pas encore été traduits). Au fait, Madame Métailié, peut-on espérer lire un jour les deux premières enquêtes d'Erlendur en français (Synir duftsins, 1997 et Dauðarósir, 1998) ?

Du coup, tous les ans, début février, c'est le même bonheur de retrouver Erlendur, Elinborg (un peu moins Sigurdur Oli, j'avoue...) et l'Islande. Un peu déçu par la couverture cette année, mais vu que l'intérieur est très bien, c'est pas grave (Qu'importe le flacon pourvu qu'on ait l'ivresse, comme dirait l'autre).

 

La rivière noire s'ouvre sur un jeune homme préparant avec minutie sa soirée. Ayant repéré au préalable une charmante demoiselle, il prévoit de l'accoster dans un bar et de lui offrir son cocktail spécial, celui qui devrait l'aider à assouvir ses désirs. Deux jours plus tard, suite à un appel, la police retrouvera le corps du violeur.

 

Après  Hypothermie, dans lequel Erlendur enquêtait seul et officieusement, Arnaldur Indriðason nous propose une seconde enquête originale dans sa forme. Ce coup-ci, le plus célèbre des commissaires islandais est en vacances, parti se ressourcer dans la région des fjords de l'Est. En son absence, c'est Elinborg, sa fidèle collègue, qui prend les choses en main.

 

« Ils étaient très friands de séries policières à la télé. Plus jeunes, les garçons avaient été aussi impressionnés qu'excités par le fait que leur mère travaille à la Criminelle, comme ces gens exceptionnels qu'on voyait dans les feuilletons. Ils n'avaient toutefois pas tardé à comprendre que ce qu'elle leur racontait ne correspondaient en rien à ce qu'ils connaissaient. Les héros des séries avaient généralement un physique et des attitudes de mannequins, ils étaient excellents tireurs et leurs paroles faisaient mouche à chaque fois qu'ils se frottaient à des malfrats calculateurs. En outre, ils résolvaient les enquêtes les plus complexes à la vitesse de l'éclair et citaient la littérature mondiale entre deux courses-poursuites. Les plus atroces des meurtres étaient perpétrés à chaque épisode, parfois il y en avait même deux, trois ou quatre, le salaud était toujours attrapé à la fin et il recevait un châtiment amplement mérité.

Les garçons savaient qu'Elinborg travaillait énormément afin de doper un peu son salaire minable, comme elle disait. Elle leur avait affirmé n'avoir jamais pris part à une course-poursuite. Elle ne possédait pas de pistolet, et encore moins de fusil automatique, du reste, la police islandaise n'utilisait pas d'arme à feu. Les malfrats, quant à eux, étaient généralement des malheureux, des pauvres types, pour reprendre l'expression de Sigurdur Oli, et la plupart étaient bien connu des services de police. La majorité des affaires concernaient des cambriolages et des vols de voitures. La brigade des stupéfiants s'occupait des trafics de drogue et les crimes graves comme les viols atterrissaient régulièrement sur le bureau d'Elinborg. Les meurtres étaient rares, même si leur nombre variait d'une année à l'autre : parfois il n'y en avait aucun, d'autres années, il pouvait y en avoir jusqu'à quatre. »

 

Habituée à rester dans l'ombre d'Erlendur, la policière efficace se retrouve ici sur le devant de la scène, ce qui permet au lecteur de faire plus ample connaissance avec elle. Mère de famille, on la suit aussi bien au travail qu'à la maison, où elle retrouve Teddi, son mari attentionné, et ses enfants. Theodora, la plus jeune, s'inquiète pour sa maman (qui fait un métier dangereux) tandis que Valthor, adolescent, ne lui parle plus mais ne se prive pas de s'épancher sur son blog. Insomniaque à cause de son travail, elle fait retomber la pression en cuisinant pour ses proches. Passionnée par la gastronomie, elle a même eu son heure de gloire avec la publication d'un livre de cuisine.

 

« Un grand calme envahissait Elinborg à chaque fois qu'elle s'accordait un peu de temps pour la cuisine. Elle s'autorisait à changer d'attitude, à s'abstraire de l'agitation du quotidien, de son travail et à se reposer sur sa famille. Elle se vidait l'esprit de tout ce qui ne concernait pas les divers ingrédients et la manière dont elle pouvait se servir de son intelligence et de son imagination fertile afin de créer une entité parfaite à partir d'éléments chaotiques. La cuisine lui permettait de satisfaire ses besoins créatifs, qui consistaient à transformer une matière brute pour lui donner une autre nature, un autre goût, une autre odeur. Elle considérait les trois stades de la cuisine comme une sorte de recette pour la vie : la préparation, la réalisation et le repas autour de la table. »

 

Comme souvent chez Arnaldur Indriðason – l'enquête va amener la police à fouiller la psychologie et le passé des personnages. Cette fois, Elinborg va être amenée à quitter la capitale et les siens pour rejoindre l'intérieur des terres et cette Islande profonde, en proie au chômage et à l'exode rural, très bien dépeinte par l'auteur.

 

« C'était le soir. Elinborg éprouvait de la mauvaise conscience envers sa famille qui, ces temps-ci, se nourrissait principalement de plats rapportés par Teddi. Elle se dit qu'elle devait passer plus de temps à la maison, être plus disponible pour Theodora et pour ses fils, ainsi que pour Teddi qui avait tendance à rester collé devant la télévision. Il affirmait regarder principalement des documentaires scientifiques ou animaliers, mais c'était un mensonge éhonté. Elle l'avait souvent pris la main dans le sac alors qu'il avalait les pires programmes américain de divertissement ou de téléréalité qui ne s'intéressaient qu'aux mariages, aux mannequins ou à des individus naufragés sur quelque île déserte. Voilà les nouveaux documentaires animaliers de Teddi. »

 

Malgré la lenteur du rythme, propre à la littérature policière scandinave, on peut véritablement parler de suspense tant Indriðason parvient à donner envie de tourner les pages, distillant peu à peu les indices sans oublier de proposer fausses pistes et rebondissements.

 

La rivière noire est un roman de la même couleur, fort réussi, à la hauteur des précédents. Si les fans d'Erlendur pourront être quelque peu déroutés par l'absence du commissaire, Arnaldur Indriðason n'en réussit pas moins son pari, en prouvant qu'il peut très bien s'affranchir du personnage qui l'a rendu célèbre. Vivement février prochain !

 


 

La rivière noire (Myrká, 2008) d'Arnaldur Indriðason (Métailié/Noir, 2011). Traduit de l'islandais par Éric Boury, 299 pages.

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phone systems for small business 04/06/2014 14:56

Thanks for the review. I have been looking for some entertaining books to read, as its vacations for me. And the theme and the build-up of this book seems to be very promising and thrilling. I would love to read this soon. Thanks again.

cynic63 20/02/2011 17:51


Eh bien, je pense qu'on est donc d'accord! Tu as de plus raison de souligner les fausses pistes, surtout qu'avec la drogue en question certains ne savent plus vraiment ce qu'ils ont fait. Du coup,
le mystère plane. Par contre, je ne trouve pas que ce soit particulièrement lent ici. J'irais même jusqu'à dire que depuis Hypothermie, l'ensemble est plus rythmé, plus tendu. Bien sûr, ce n'est
pas encore du Ken Bruen mais c'est plus rapide qu'avant
A plus


Hannibal 21/02/2011 23:25



La lenteur d'Indridason (peut-être moins palpable dans ce roman effectivement) ne me dérange absolument pas, mais je préfère préciser les choses, à l'intention des fans de thrillers notamment.


A plus



Hourdebaigt Paule 09/02/2011 22:14


J'adore Indridason et j'ai lu tout ces polars.
Mais La Rivière Noire, je l'ai vraiment beaucoup aimé même sans Erlendur.
L'intrigue est pleine de rebondissements et l'ambiance islandaise est un vrai régal.
Comme vous, j'attend avec impatience la traduction des autres livres de mon auteur "chouchou".
Votre blog aussi est très intéressant.


Hannibal 14/02/2011 22:12



Ravi de constater qu'Indridason est aussi l'un de vos chouchous.


Merci pour votre visite et vos encouragements.


Fans d'Indridason, une surprise bientôt sur ce blog en principe...



Jean-Marc Laherrère 07/02/2011 11:17


d'accord avec tout ce que tu écris sauf ... sur la lenteur des romans scandinaves. Il y a au moins deux exceptions notables, l'islandais Stefan Mani, et tu me diras des nouvelles du dernier Nesbo !
Je viens de démarrer, il laisse de la gomme sur l'asphalte et pourtant il "pèse" presque 800 pages !


Hannibal 07/02/2011 23:23



Bien sûr, si tu ne parles que des romans que je n'ai pas lu...


Toujours pas lu un seul Jo Nesbø, mais vu que je viens de recevoir Le léopard (une belle bête effectivement, sauf la couverture, assez hideuse) je devrais pouvoir réparer cet "oubli"
bientôt.


Noir océan ça fait un moment que je l'ai mais je ne m'y suis pas encore mis.



Xavier 07/02/2011 04:29


Je savoure, je mets ton papier pour le site 813.


Hannibal 07/02/2011 23:19



Merci Xavier, bonne lecture !