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Hannibal le lecteur

La onzième plaie / Aurélien Molas

26 Décembre 2010 , Rédigé par Hannibal Publié dans #Polar français

La onzième plaie, paru en février dernier aux éditions Albin Michel est le premier roman d'Aurélien Molas, un jeune auteur également scénariste.
Il n'est pas tout à fait inconnu des amateurs de polars puisque sa nouvelle Électricité Statique, abordant déjà la traque des cyber-pédophiles lui a permis de remporter le concours organisé par La Noiraude en 2007. Publiée dans le recueil RDV au pied de la statue la même année, elle préfigurait déjà La onzième plaie.


Onzième plaieRésumé

Le Havre
Un container rempli de DVD pédophiles est découvert sur un vieux cargo. Capitaine d'une unité spéciale chargé de lutter contre la pédophilie, Alain Broissard mène l'enquête, secondé par son lieutenant Léopold Apolline. Ils doivent faire vite, d'autant plus que leur supérieur, le commissaire Maxime Kolbe n'a plus la faveur des huiles de la police.

Paris
Dans le métro, à la station Porte des Lilas, deux jeunes filles meurent sur le coup, après s'être jetées sur la voie. S'agit-il d'un double suicide ? Tout semble le laisser penser, bien que Blandine Pothin, la jeune policière chargée de l'enquête ait du mal à y croire.


Mon avis

Il serait tentant de penser que La onzième plaie n'est rien d'autre qu'un énième thriller mettant en avant la pédophilie pour des raisons bassement commerciales.
Vous seriez alors très loin du compte.

« - Chaque enquête a sa musique... Chaque enquête a sa musique..., répéta-t-il.
Le manuel de police, c'est le solfège. La scène de crime : l'instrument. Un indice équivaut à une note. Transpose ce que tu vois sur une partition/
Une façon bien à lui de supporter l'abjection. C'était aussi le seul moyen qu'il avait trouvé pour canaliser ses accès de violence.
[...]
Il se força à suivre le tempo de l'enquête, à s'ouvrir à son organisation mélodique, mais des questions fusaient déjà comme des riffs brouillant le thème central. Un morceau de jazz en impro.
Il s'attaqua à la dissection. La musique dans son crâne se fit plus secrète, comme un solo de saxophone se perdant dans les basses. Sa main trembla légèrement quand il approcha la lame pour éventrer la boîte dans la longueur.
[...]
Il enclencha le magnéto :
- Lundi, 28 novembre, 21h12, cale du porte-container le Dolly Bell. Objet : DVD pédophile.
Il sortit de sa mallette un lecteur portable, ouvrit avec précaution la jaquette et inséra le disque. La lecture débuta par un plan d'un bleu uniforme, sans nuance, qui s'estompa peu à peu. Dans son crâne, des sons se chevauchèrent. Le rythme de la batterie se cala sur les pulsations de son coeur. Un crescendo sorti de nulle part explosa. Sa voix gronda dans les profondeurs de la cale.
[...]
Chaque enquête a sa musique.
Mais il s'était bel et bien trompé. Tout ceci n'avait rien à voir avec un morceau de jazz.
Sous ses yeux, s'étalait la partition d'un requiem. »

Ici, la pédophilie n'est pas un prétexte pour écrire un polar. C'est le propos même du livre, qui se trouve être un roman policier se situant aux frontières du thriller et du roman noir, avec même une dose d'anticipation. Ce sujet délicat est d'ailleurs traité par Aurélien Molas sans concession. Si certaines scènes peuvent être difficiles à lire, l'auteur ne verse jamais dans la surenchère et les passages les plus délicats ne sont jamais proposés au lecteur gratuitement.

En revanche, cela n'empêche pas les ingrédients du genre d'être au rendez-vous. Mieux, Aurélien Molas en fait un très bon usage, les mariant avec talent. Du début à la fin, le suspense est omniprésent et les rebondissements très nombreux. Après coup, lorsqu'on se rend compte que l'auteur nous a mené en bateau à chaque fois qu'il le voulait, on a du mal à croire qu'il s'agit là seulement d'un premier roman.

Kolbe, Broissard, Léo, Blandine. Ces personnages ont un point commun : ce sont des policier pour qui leur métier est bien plus qu'un gagne-pain. Il s'agit pour eux quasiment d'une raison de vivre et ils y mettent toute leur énergie, sans compter leurs heures ou leurs nuits blanches. Humains, faillibles, fragilisés, voire traumatisés : ils sont intéressants, et même particulièrement attachants pour certains. J'ai beaucoup aimé le personnage de Léo, un jeune policier qui fait de la chasse aux pédophiles une question personnelle. Doué devant un écran, il utilise au mieux les nouveaux outils informatiques pour traquer les cybercriminels.

« Léo se crispa. Il avait aussi envisagé que la page web ait été fermée. Depuis quelques années les sites pédophiles fleurissaient pour des durées limitées. À une date butoir, les données étaient transférées sur un nouveau site et un nouveau serveur, transformant le démantèlement des réseaux en un jeu du chat et de la souris.
- Quelque chose m'échappe... c'est là sous mes yeux. Il doit y avoir un moyen plus rapide... ce n'est qu'un langage..., murmura-t-il pour lui-même.
L'unité centrale gémit sous le nombre de tâches à effectuer. Derrière ces chiffres maudits, intraduisibles, des enfants souffraient. Il pouvait les entendre pleurer. Des gémissements, des peurs, numérisés froidement, s'extrayant de l'écran et emplissaient son crâne. Il voulut les faire taire, retrouver le silence, mais les cris gagnèrent en puissance, attisèrent sa migraine. Des enfants par centaines donnaient un concert effroyable, une plainte commune que lui seul pouvait adoucir. »

Le roman, qui se déroule dans un futur très proche montre Paris en proie à de terribles émeutes, lesquelles tournent presque à la guerre civile. Les exclus et les mécontents en tous genre se rassemblent pour mettre la ville sans dessus dessous. Les voitures sont brûlées. Les forces de l'ordre, en qui plus grand monde ne croit, sont agressées, ce qui rend plus difficile encore la tâche de nos enquêteurs, avec qui beaucoup ne souhaitent pas collaborer. Ainsi, interroger les habitants de quartiers « sensibles », comme la Cité des 4000 à La Courneuve, devient une mission quasiment impossible tant les risques encourus par les policiers sont importants.
Malheureusement, quand on voit ce qui se passe en ce moment dans ces fameuses ZUS (zones urbaines sensibles) où le taux de chômage des jeunes hommes est proche de 45%, on en vient à se dire que les scènes décrites par l'auteur pourraient très bien se retrouver sous peu dans les journaux télévisés.

Quoiqu'il en soit, Aurélien Molas signe avec La onzième plaie un premier roman marquant qui, espérons-le, en appellera d'autres. Cet excellent polar mérite largement d'être lu, autant pour son propos que pour l'efficacité de son intrigue.

 


 

La onzième plaie, d'Aurélien Molas, Albin Michel (2010), 412 pages.

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omnitech support reviews 03/09/2014 14:12

The reason why all the readers visit your page is the simple and informative information that your site share about the books and movie. The eleventh plague will be another thriller and horror hit book and waiting to have a copy soon.

nina 08/07/2011 16:00


J'avais lu ton excellente chronique,et j'attendais avec impatience que quelqu'un se decide à le ramener à la mediathèque.J'ai litteralement sauté dessus.Ce roman m'a tellement remuée,que j'ai un
mal fou à entrer dans u autre livre.Je crois que c'est un roman qui marque le lecteur,qui le brûle et le torture (comme ses personnages).Je ne voulais pas le finir,j'en lisais juste un petit
passage,c'etait dur de ne pas le devorer.Renversant!!!!!


Hannibal 09/08/2011 23:22



Sincèrement ravi que tu ai apprécié. Aurélien Molas mérite vraiment qu'on le lise.



Erato 26/12/2010 21:14


Tentant, très tentant !
Bon, ok, je suis tentée ! J'espère le lire bientôt ^^


Hannibal 27/12/2010 12:07



Bonne lecture alors, en espérant que tu apprécies !