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Hannibal le lecteur

La nuit la plus longue / James Lee Burke

18 Décembre 2011 , Rédigé par Hannibal Publié dans #Polar américain

La nuit la plus longue est un roman de l'Américain James Lee Burke mettant en scène son personnage récurent Dave Robichaux et paru en France chez Rivages.

 

 

nuitlapluslongueRésumé

 

La Nouvelle-Orléans, été 2005.
Un ouragan d'une rare puissance s'abat sur la ville et ses environs. Pompiers, policiers, tout le monde est sur le pied de guerre mais personne ne sait où donner de la tête devant l'ampleur des dégâts. Certains habitants tentent de sauver ce qui leur reste, d'autres se noient en essayant d'échapper à la montée des eaux. Enfin, d'autres encore voient dans cette catastrophe une aubaine. Ils peuvent profiter de la situation pour entrer dans les maisons et faire main basse sur tout ce qui peut avoir de la valeur.
Dave Robichaux, qui n'habite pas très loin, est appelé en renfort par la police locale. Certains faits l'interpellent de suite. Qui sont ces deux jeunes Noirs abattus dans un quartier huppé de la ville ? Qui leur a tiré dessus et pourquoi ? Qu'est devenu ce prêtre qui a subitement disparu alors qu'il tentait de sauver des vies ?

 

 

Mon avis

« Le plus impressionnant, ce n'était pas les kilomètres de bâtiments privés de leurs toitures, les fenêtres arrachées ni les rues inondées de déchets flottants, ni les chênes verts qui avaient été projetés à travers le toit des maisons. Ce qui était impressionnant, c'était l'impuissance absolue de la ville. Le réseau d'électricité avait été détruit et il n'y avait plus de pression dans aucun robinet des paroisses de St. Bernard et de la Nouvelle-Orléans. Les pompes qui auraient dû tirer l'eau des égouts étaient inondées, et complètement inutilisables. Des conduites de gaz brûlaient sous l'eau ou, parfois, explosaient depuis le sol, remplissant en quelques secondes le ciel de centaines de feuilles roussies arrachées à un vieil arbre. En une nuit, la totalité de la ville était, techniquement, revenue au Moyen-Âge. Mais, tandis que nous passions sous la chaussée surélevée et nous dirigions vers le Convention Center, j'ai vu une image qui ne me quittera jamais, et qui restera toujours emblématique de ce que j'ai vécu à La Nouvelle-Orléans, Louisiane, le 29 août de l'an de grâce 2005. Le corps d'un gros homme noir, à plat ventre, dansait sur l'eau contre un pilier. Ses vêtements étaient gonflés d'air, ses bras flottant à angle droit avec ses flancs. Dans notre sillage, une auréole sale d'écume jaune passait sur sa tête. Son corps est resté là au moins trois jours. »


Si l'on retrouve ici Dave Robichaux – héros récurrent dans l'œuvre de James Lee Burke – ainsi que sa famille et son ami Clete Purcel, le personnage principal de ce roman est sans conteste La Nouvelle-Orléans. C'est plus précisément à ce coin de Louisiane qui vient de voir passer Katrina puis Rita que l'auteur s'intéresse. La ville est la première victime de cette catastrophe et les coupables sont connus dès le départ : les politiciens qui se sont voilé la face concernant un éventuel souci météorologique majeur tout en diminuant les budgets consacrés à la prévention des risques, autour du lac Pontchartrain en particulier.

« Après le coucher du soleil, les résidents du Lower Nine dirent qu'ils entendaient des explosions sous la digue retenant les eaux du lac Pontchartrain. Très vite, les rumeurs se répandirent de maison en maison, selon lesquelles des terroristes ou des racistes dynamitaient la seule barrière empêchant la totalité du lac de noyer la population, en majeure partie noire, du Lower Nine.

Évidemment, ces rumeurs étaient fausses. Les digues ont éclatés parce qu'elles étaient faibles structurellement, et n'avaient que peu de chances de résister à un ouragan de force 3, et encore moins à un ouragan de force 5. Chaque responsable des états d'urgence le savait. Le Corps des ingénieurs de l'armée le savait. Le National Hurricane Center, à Miami, le savait.

Mais apparemment, le congrès des États-Unis et l'administration en poste à Washington DC, l'ignoraient, car ils avaient, quelques mois plus tôt, effectué des coupes drastiques dans les fonds destinés à l'entretien des digues. »

 

L'intrigue, ou plutôt les intrigues, car il y en a plusieurs, ne sont pas le point fort de ce roman. Néanmoins, elles se laissent suivre agréablement et permettent au lecteur de tourner les pages tout en appréciant ce qui fait la force de La nuit la plus longue, ses paysages et ses personnages.
James Lee Burke aime la Louisiane, et on le ressent fortement au gré de magnifiques descriptions où il donne à voir ce que fut La Nouvelle-Orléans, mais aussi ce qu'elle est devenue dans les semaines qui ont suivi l'ouragan. L'auteur excelle aussi dans l'art de donner vie à ses personnages.

 

On pense à Dave Robichaux bien sûr, dont on sent le vécu, mais aussi à tous les autres, de son entourage proche aux plus petits rôles en passant par Otis Baylor, un assureur dont la fille a été violée, le père Jude LeBlanc, ou encore les frères Melancon, des petites frappes dépassées par les évènements. Lorsqu'il tourne les pages, le lecteur est avec ces protagonistes, pour qui il a plus ou moins d'empathie. Il vit avec eux des émotions fortes et cette faculté qu'à l'auteur de nous plonger dans la vie d'Américains issus d'horizons divers n'est pas sans rappeler Dennis Lehane, qui le fait avec le même talent.


Dans la version française, par ailleurs très bien traduite par Christophe Mercier, on regrettera juste un nombre assez important de coquilles et autres petites erreurs qui viennent gâcher quelque peu le plaisir de lecture.

« Tout écrivain, tout artiste qui a visité La Nouvelle-Orléans en est tombé amoureux. Si la ville était la grande putain de Babylone, peu de gens oubliaient son étreinte, ou la regrettaient.

Quel était son avenir ?

Je scrutais à travers mon pare-brise, et, partout, je voyais des arbres abattus, des lignes électriques et téléphoniques pendant aux poteaux, des feux de circulation éteints, des bâtiments éventrés et si endommagés que leurs propriétaires n'avaient pas pris la peine de clouer du contreplaqué sur les fenêtres arrachées. Le travail à effectuer était herculéen, et il était compliqué par un degré de malhonnêteté de la part des entreprises, et d'incompétences et de cynisme de la part du gouvernement, probablement sans équivalents en dehors du tiers monde. Je n'étais pas certains que La Nouvelle-Orléans ait un avenir. »


Avec La nuit la plus longue, James Lee Burke prouve une fois encore qu'il est un grand conteur et signe un texte fort sur l'après Katrina à La Nouvelle-Orléans. Ce beau roman noir, récompensé entre autres par le Trophée 813 du meilleur roman étranger, donnera sans doute envie au lecteur de se plonger dans les autres enquêtes de Dave Robichaux.

 


 

La nuit la plus longue (The Tin Roof Blowdown, 2007) de James Lee Burke, Rivages/Thriller (2011). Traduit de l'anglais (États-Unis) par Chistophe Mercier, 474 pages.

 

 

Petite remarque qui n'intéressera pas tout le monde mais à laquelle je tiens : pour une fois qu'on parle en bien du métier de bibliothécaire dans une oeuvre de fiction (que ce soit livre, film ou autre), je ne peux m'empêcher de vous citer le passage, qui nous change un peu de l'éternelle vieille bibliothécaire aigrie à chignon-tailleur-lunettes qui ne sert à rien à part dégoûter les éventuels usagers d'y revenir. Ici, elle est dynamique, sympa, et participe même à la résolution de l'intrigue en aidant significativement Dave Robichaux dans son enquête !

 

« J'ai alors utilisé le moyen d'enquête le plus efficace et le plus méconnu des États-Unis : la modeste bibliothécaire. Leur salaire est catastrophique, et on ne reconnaît jamais leur travail. Leur bureau est en général coincé au milieu des rayonnages, dans un coin écarté où elles doivent demander le silence à des étudiants bruyants et héberger des clochards qui leur soufflent au visage leur haleine avinée, ou qui ronflent sur les sièges confortables. Mais elles sont douées pour dénicher des informations obscures, et elles ont une obstination de Spartiates.

Entendre l'accent de l'estuaire de celle sur laquelle je suis tombé à la bibliothèque de la Citadelle, à Charleston, était un véritable plaisir. Elle s'appelait Iris Rosecrans, et j'avais le sentiment qu'elle aurait pu lire un annuaire à voix haute en donnant l'impression qu'il s'agissait d'un sonnet de Shakespeare. »

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