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Hannibal le lecteur

La forêt des Mânes / Jean-Christophe Grangé

4 Septembre 2010 , Rédigé par Hannibal Publié dans #Polar français

La forêt des Mânes est à ce jour le huitième et dernier roman de Jean-Christophe Grangé, paru en 2009 aux éditions Albin Michel.


forêtdesmanesRésumé

A Paris, Jeanne Korowa, brillante juge d'instruction à la vie affective désastreuse enquête avec François Taine sur une série de meurtres particulièrement sauvages : démembrements, cannibalisme, et mises en scène macabres.
Trois plantureuses Vénus atrocement dévorées, trois tableaux sanglants entre rituel et folie. Abusant de son autorité, Jeanne fait installer des micros dans le cabinet d'Antoine Féraud, le psychanalyste qui reçoit chaque semaine son ex petit ami, et tombe par hasard sur une séance étrange où un père révèle les pulsions sanguinaires de son fils autiste et son passage à l'acte. Autisme, fécondité, préhistoire : trois pistes qui mèneront Jeanne, au Nicaragua, au Guatemala, puis dans les marais argentins.
Au terme de sa quête, dans la forêt des Mânes, elle découvrira une vérité qu'on aurait préféré ne jamais connaître.


Mon avis

J'ai un rapport assez particulier avec les textes de Grangé puisqu'il est un des premiers auteurs de polar que j'ai lus, alors que j'étais à peine adolescent, et l'un de ceux qui m'a fait aimer ce genre. J'admire l'oeuvre de ce romancier mais je dois bien avouer que j'avais été plutôt déçu par Miserere (voir par ailleurs), qui reste un bon polar mais un Grangé moyen.
Avec La forêt des Mânes, j'ai vraiment retrouvé ce que j'aime chez cet auteur.

« Elle fouilla dans son sac et regarda son portable.
Pas de message.
Donc, pas de cadavre.
Elle s'aperçut qu'elle attendait aussi un appel de Féraud. C'était décidément son destin. Elle n'était pas seulement abonnée à Orange. Mais aussi, mais surtout, au désir d'être aimée.
Un abonnement à perpétuité. »

Pour rendre son récit plus rapide, Grangé n'hésite pas à faire des phrases courtes et/ou nominales. J'ai lu ici et là des reproches quant à cette tendance qu'ont certains auteurs de polars à faire dans les phrases courtes. Prenez un thriller écrit de la sorte et un autre avec deux phrases par page : je sais lequel je lirai jusqu'au bout. Peut-être cela passe-t-il mal quand c'est mal fait, mais ici, ça passe tout seul (c'est très subjectif de toute façon).
Dans ce même extrait, on se rend compte que Grangé a toujours le sens de la formule et des comparaisons imagées.

« Jeanne était prête à s'y coller. Même si elle n'était pas optimiste. En France, ces affaires n'aboutissaient jamais. Depuis qu'elle était étudiante, elle suivait les fameux « scandales de la République ». Fausses factures, marchés truqués, caisses noires, racket financier, commissions occultes, emplois fictifs... Pas une fois un juge n'avait gagné contre les politiques. Pas une seule fois. Le scandale éclatait, oui. Occupait un temps les pages de journaux. Puis on oubliait. Quand le procès survenait – des années plus tard, dans le meilleur des cas –, justice et politique faisaient leur cuisine. Et chacun en sortait indemne. »

J'ai trouvé le personnage de Jeanne Korowa intéressant. Juge d'instruction, on ne lui fait pas lâcher une affaire comme ça. Elle s'accroche, et sa pugnacité lui permet généralment de parvenir à ses fins. Si elle excelle professionnellement, sa vie affective est un désert. Elle rêve du prince charmant mais ne tombe que sur des hommes ordinaires, avec tout leurs défauts. Ne trouvant pas le grand amour, elle reste seule avec son désespoir. C'est d'ailleurs à mes yeux cette dichotomie entre sa réussite professionnelle et ses échecs sentimentaux qui donne une vrai profondeur à ce personnage.

« Elle eut tout le temps de détailler encore la capitale.
Le trafic était dense. Et plus dense encore, aux feux rouges, la vente de portière à portière. Des barbes à papa, des chiens, des hamacs, des cigarettes, des kleenex..., tout se vendait ici entre les voitures. [...]
Jeanne respirait en même temps quelque chose de plus lugubre. Le poids du passé. La population, derrière ses sourires, sa gentillesse, était encore accablée par la violence du siècle dernier. Le sang hantait toujours les esprits. Une sorte de veillée funèbre permanente désincarnait les âmes. Trois siècles d'exploitation américaine. Quarante ans de dictature sanglante. Une révolution. Une contre-révolution. Tout ça pour sombrer dans la corruption larvée, endémique, incurable... Pas vraiment de quoi être optimiste. »

Comme dans tous ses romans, Grangé nous fait voyager, et il le fait bien. Ce coup-ci, destination l'Amérique latine, avec au programme le Nicaragua (ci-dessus, c'est de Managua qu'on parle) et l'Argentine. Longtemps grand reporter, l'auteur a bourlingué aux quatre coins du globe et connaît bien ces endroits, qu'il décrit avec talent. Certaines descriptions, des milieux naturels notamment, sont vraiment magnifiques : on a parfois l'impression d'y être, de sentir les odeurs...
De plus, Grangé ne fait pas voyager ses personnages dans ces endroits exotiques par hasard, mais bien parce que cela a beaucoup d'importance par rapport à l'intrigue.

Comme d'habitude, celle-ci est de grande qualité et il faudra aux personnages voyager dans l'espace donc, mais aussi dans le temps – en se plongeant dans le passé des personnages et de l'Amérique latine –  pour essayer d'appréhender le monstrueux tueur.
Au niveau des dosages, tout est calibré, maîtrisé, pour nous faire tourner les pages à toute vitesse. Beaucoup de suspense, des rebondissements et des fausses pistes de qualité, d'assez nombreux cliffhangers... tout est fait pour qu'on ne puisse pas lâcher le livre en cours de route.

« Douche. Encore moins d'eau que la première fois. À nouveau, Jeanne se frotta si énergiquement les membres que le sang finit par circuler dans ses veines. Elle enfila un tee-shirt, plusieurs polos. Une culotte. Un pantalon de jogging. Tout ce qu'elle trouva dans son sac... Pas moyen de se réchauffer. »

Certains héros ne ressemblent vraiment pas aux simples mortels que nous sommes. Je n'ai pas souvenir d'avoir vu une seule fois Tintin ou le Capitaine Haddock aller aux toilettes ou prendre une douche (peut-être que je me trompe ?).
Ici, les personnages sont humains, et comme tels se lavent, s'habillent... Je ne l'avais pas autant remarqué dans les précédents romans, mais là, je n'ai pas compté le nombre de fois où Jeanne prend sa douche ou enfile sa culotte. Rien d'important me direz-vous, mais j'ai fait une fixation sur ce détail pendant ma lecture (quoi, elle prend encore une douche !) alors je tenais à le signaler...

Quelque peu déçu par Miserere, son précédent roman, cette Forêt des Mânes m'a fait retrouver le Jean-Christophe Grangé que j'aime. Si ses meilleurs romans restent à mes yeux les premiers – Le vol des cigognes et Les rivières pourpres, qui figurent dans le haut de mon classement polar – son petit dernier est un thriller vraiment efficace qui m'a beaucoup plu.



La forêt des Mânes de Jean-Christophe Grangé, Albin Michel (2009), 508 pages.

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christelle 15/11/2013 19:56

moi perso, celui la m'a vraiment pas emballé!! pourtant d'habitude j'apprécie beaucoup grangé mais celui ci rien a faire!. J'ai adoré la ligne noir et misere ainsi que le serment des limbes

nina 16/09/2010 17:34


J'ai horreur de rendre un livre qui m'a captivée,alors,je m'en fais une copie(pour usage perso,pour mes vieux jours).

Les Grangé font partie de ces ouvrages.

Je n'ai pas ramené(chez le bouquiniste)2 livres,qui m'ont sctochée.3tout ce qui meurt" de Michel Conelly,et"Tropique de la nuit",de Michael Gruber.Les courageux,lancez vous,vous n'en reviendrez
peut-ètre pas indemnes.

Les gars??Ben,ce sont des slips,grosse nuance,enfilés comme des gilets pare balles.


Hannibal 24/09/2010 11:40



J'ai noté les références. Je dois bien avouer que je n'ai toujours pas lu un Connelly (la honte !).


Je ne sais pas, j'ai jamais enfilé un gilet pare-balles.



nina 04/09/2010 15:57


J'ai adoré ce livre (que je compte relire un jour).

Et oui,nous les filles,on enfile nos culottes.


Hannibal 08/09/2010 17:40



Tant mieux ! Moi c'est La ligne noire, qui m'avait laissé un souvenir mitigé, qu'il faudrait que je relise un des quatre.


Et les gars, non ?