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Hannibal le lecteur

L’os est pointé / Arthur Upfield

31 Décembre 2009 , Rédigé par Hannibal Publié dans #Polar océanien

L’os est pointé est un roman d’Arthur Upfield, Britannique ayant fait sa vie au cœur du bush australien, au point d'obtenir la nationalité australienne. Ecrit entre les deux guerres mondiales, ce roman a été traduit en français seulement en 1994, dans la collection « Grands détectives » de 10/18.


osestpointéRésumé

Un matin d’avril, un cheval rentre seul à Karwir, une exploitation au cœur du bush australien. Où a pu passer son cavalier, un employé du nom de Jeffery Anderson ? C’est ce que se demandent les Lacy, propriétaires des lieux, bientôt aidés dans leurs recherches par tous les habitants du secteur d’Opal.
Cinq mois plus tard, on ne sait toujours pas si Anderson est parti de son plein gré, ni même s’il est encore en vie. C’est ce que va devoir déterminer l’inspecteur Bonaparte – mais appelez-le Bony, il préfère – dépêché de Brisbane pour l’occasion. Lisant le « Livre de la Brousse » mieux que n’importe quel policier, cet inspecteur métis va rapidement faire parler les indices, qui semblent laisser deviner un crime. Trop rapidement même pour certains, qui vont jeter un maléfice aborigène mortel, en pointant l’os sur lui. Le meurtre a-t-il été commis par un membre de la tribu Kalshut ou bien est-ce ce qu’on essaie de faire croire ?


Mon avis

« Si je n’étais pas rebelle à la bureaucratie et à la discipline, je compterais parmi les policiers ordinaires qui vont ici et là et font ceci ou cela, conformément aux ordres qu’ils reçoivent. Ils appellent ça du travail d’équipe. Je ne fais jamais partie d’une équipe. L’équipe, c’est moi. Comme je vous l’ai dit, il me semble, une fois que je commence une investigation, je ne la lâche pas jusqu’à la fin. L’autorité hiérarchique, le temps ne représentent pas grand-chose pour moi, l’enquête en revanche, tout. C’est là-dessus que se fondent mes succès. […] Le sable de la brousse a recouvert tous les indices. Je n’en ai pas un seul qui me permette de démarrer. Pas de corps, pas de fausses dents, pas de couteau sanglant ou de revolver couvert d’empreintes. Mais, sergent, j’ai un cerveau, deux yeux, une faculté de raisonnement, un mépris du temps, de la bureaucratie et de la discipline. Voilà tout ce dont j’ai besoin. »

Arthur Upfield
– né en 1888 – délaisse rapidement son cadre de vie bourgeois et son Angleterre natale pour vivre de petits boulots dans la brousse australienne. On ressent tout au long de ce roman policier l’amour de l’auteur pour ces étendues gigantesques où la magie de la nature opère, comme lors de la grande migration des lapins qu’il retranscrit avec précisions. Les paysages sont magnifiquement décrits au gré des voyages des personnages, aussi bien à cheval qu’en avion.

« Ils ont bénéficié d’une authentique civilisation pendant des lustres. Avant que les Blancs, les Jaunes et d’autres Noirs ne soient capables de converser, ces aborigènes australiens parlaient intelligemment. Ils pratiquaient le socialisme chrétien des siècles avant la naissance du Christ. […] Et maintenant, voilà que l’ombre de la civilisation les guette, même s’ils l’ignorent encore. La civilisation est venue les abattre, les empoisonner comme des chiens sauvages. Ensuite, dans ses journaux satiriques, elle a dépeint les victimes de sa malédiction sous les traits de faibles d’esprit, pour se donner une excuse, elle les a raillés en les qualifiant de sauvages nus, les a enfermé dans des réserves et des quartiers séparés. Elle leur a retiré leurs produits naturels et les nourrit de boîtes de conserves toxiques bien étiquetées. »

Parallèlement se déroule l’enquête, que certains lecteurs pourront trouver lente, mais qu’on ne perd jamais de vue. Mais comme il le justifie plus haut, l’inspecteur Bonaparte aime donc prendre son temps – l’enquête dure plusieurs mois – et se moque bien des ordres envoyés par ses supérieurs. Au fil de ses recherches, il est amené à croiser de nombreux personnages, bien dépeints par l’auteur. C’est notamment le cas des Aborigènes, qu’Upfield a personnellement côtoyés, et qu’il défend avec ardeur, avançant des idées de tolérance peu évidentes à l’époque pour les Blancs. Enfin, comme dans tout whodunit, les principaux personnages sont soupçonnés tour à tour jusqu’à ce que Bony nous livre ses conclusions sur l’identité du criminel.

« Que je me situe entre le Noir, qui fait du feu avec un bâton, et le Blanc, qui tue des femmes et des enfants avec des bombes et des fusils-mitrailleurs, ne devrait pas être retenu contre moi. J’ai eu la satisfaction de pouvoir utiliser à la fois mes compétences intellectuelles et les talents dont j’ai hérité. D’autres, bien entendu, ont utilisé leurs dons pour amasser de l’argent, pour inventer des bombes, des armes et des gaz, et même pour désigner des vainqueurs dans la course entre les races. L’argent et la possession d’une immense propriété ne rendent pas un homme supérieur à un autre, qui se trouve être né métis et qui a consacré sa vie à l’investigation des crimes de manière que les gens normaux puissent être protégés des individus amoraux et anormaux. »

Soixante-dix ans après – le roman a été écrit en 1938 – L’os est pointé demeure un bon polar et un magnifique hymne au bush australien. De plus, c’est ce roman – parmi les trente consacrés à l’inspecteur Bonaparte – qui a donné envie à Tony Hillerman de se lancer à son tour dans l’écriture, à tel point qu’Arthur Upfield est unanimement considéré comme le père du roman policier ethnologique.

A signaler que j'ai choisi ce roman pour représenter l'Océanie dans le cadre du défi Littérature policière sur les cinq continents que j'avais présenté ici-même et que vous pouvez allez (re)découvrir sur le blog qui lui est consacré.


L’os est pointé
(The Bone Is Pointed, 1938) d’Arthur Upfield, 10/18 / Grands détectives (1994). Traduit de l’anglais par Michèle Valencia, 349 pages.

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