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Hannibal le lecteur

L'Indien blanc / Craig Johnson

28 Avril 2011 , Rédigé par Hannibal Publié dans #Polar américain

L'Indien blanc est le troisième roman de la série Walt Longmire créée par Craig Johnson, après Little Bird (un vrai coup de coeur souvenez-vous) et Le camp des morts (pareil). Bien sûr, c'est toujours chez Gallmeister.

 

 

indien blancRésumé


Henry Standing Bear, l'ami de Walt Longmire, est invité par l'Académie des Beaux-Arts de Pennsylvanie dans le cadre d'une exposition sur l'art indien. Le shérif a une excuse pour prendre un peu de repos et l'y accompagner : sa fille habite à Philadelphie.
Lorsqu'ils arrivent sur place après trois jours de route, c'est pour découvrir le pire. Cady a été agressée et, grièvement blessée, plonge dans un profond coma. Walt Longmire ne peut se résoudre à rester tenir indéfiniment la main de sa fille à l'hôpital. Il veut comprendre qui lui a fait du mal, et pourquoi. Cady, juriste dans un des cabinets les plus huppés de la ville, se serait-elle fait des ennemis dans le cadre de son travail ? C'est ce que veut savoir Walt, bien décidé à découvrir la vérité.

 

 

Mon avis

 

« Je regardai les voitures qui ne cessaient de faire des écarts pour l'éviter.

- Penser que tu n'as pas d'ennuis et ne pas en avoir sont deux choses différentes.

Son visage resta parfaitement impassible tout le temps qu'il ferma la portière et contourna la décapotable, marchant à contresens de la circulation.

- Non, ce n'est pas vrai.

Le chien bondit immédiatement sur le siège du conducteur, rompant ainsi un autre gentleman's agreement, et nous regardâmes tous deux le grand Indien traverser tranquillement le trottoir sous les lampadaires de style fédéral et disparaître derrière les grandes portes en chêne. Les passants regardèrent Henry, puis Lola, le chien et moi. Je les saluai de la main mais ils ne me rendirent pas mon salut ; sympa, la Ville de l'amour fraternel.

[...]

Le chien grogna et je le fis taire d'un coup d'oeil. Je penchai la tête en arrière pour pouvoir me regarder dans les lunettes de soleil de l'agent de police. Elle gesticula, son stylo déjà à la main :

- C'est pas lui qui a conduit tout le long, j'imagine ?

Je jetai le portable sur la console centrale et souris.

- Non, il a pris le relais à Cleveland.

Elle ne me rendit pas mon sourire. »

 

Une fois n'est pas coutume, Walt Longmire abandonne donc son Wyoming pour la grande ville de Philadelphie. Si les fans de la série (dont je suis) ressentiront peut-être un manque à ne pas retrouver les magnifiques paysages des Bighorn Mountains, il faut bien admettre qu'en matière de descriptions, l'auteur est aussi à l'aise en milieu urbain que dans les Hautes Plaines. Le fait queCraig Johnson ait été un temps policier à New York n'y est sans doute pas pour rien. Le Wyoming mis à part, tous les ingrédients ayant fait le succès des romans précédents sont au rendez-vous.

« J'écoutais les machines respirer pour ma fille, surveiller son coeur, la nourrir en intraveineuse, mais je ne cessai de fixer l'incision, là où ils avaient ôté une partie de sa boîte crânienne pour donner plus de place à son cerveau enflé afin qu'il survive. Un petit morceau de Cady se trouvait maintenant dans un congélateur au quatrième étage, et quand j'y pensai le découragement menaça de m'envahir à nouveau. Alors, je contemplai son visage. Il était si joli, et chaque fois que je la regardais j'avais du mal à me convaincre que j'y étais pour quelque chose. J'avais toujours adoré ses traits parfaitement dessinés. De ce point de vue, elle ressemblait à sa mère. Les miens étaient un peu plus inachevés, comme si la nature avait eu, au départ, une assez bonne idée mais s'était lassée de faire tant d'efforts. Cady était différente. Elle était belle. »

 

Walt Longmire, l'un des plus sympathiques shérifs que la littérature policière ait connu, est toujours fidèle au poste, tout comme son ami indien Henry Standing Bear et son adjointe Vic. Ce roman donnera au lecteur l'occasion d'en savoir plus sur cette jeune femme au caractère bien trempé « avec une aussi grande gueule qu'un crocodile des mers salées » surnommée la Sainte Terreur par son entourage. Vic étant originaire de Philly, on fait connaissance au fil des pages avec la famille Moretti au grand complet. À part Al, l'un des quatre frères, qui tient une pizzeria avec son oncle, tous sont policiers : Victor Junior, Tony, Michael, ainsi que le père, Victor, inspecteur principal en chef et chanteur d'opéra. Walt découvrira rapidement que Lena Moretti, la mamma de cette charmante tribu, est aussi belle que Vic, avec quelques années de plus. A cette galerie de personnages hauts en couleur, comme toujours chez Craig Johnson, il faut ajouter l'humour de Walt et de ses amis, qui fait des ravages et se montre particulièrement bienvenu dans les situations les plus tendues.

 

« Il savait juste qu'un type lui avait donné vingt dollars pour guetter un homme grand qui portait un chapeau de cow-boy et était accompagné d'un chien[...]

Le type lui avait annoncé que je viendrai la veille et il avait justement délivré son message à un homme qui portait un chapeau de cow-boy, mais qui n'était pas très grand et qui n'avait pas de chien. L'homme l'avait regardé d'un drôle d'air et lui avait dit que ce n'était pas le bon. Il ajouta que le gars des vingt dollars lui avait transmis le message la veille, dans l'après-midi. Il m'observa un moment puis me demanda si j'avais des ennuis. Je lui dis que non.

Il voulut savoir s'il recevrait vingt dollars de plus. Là encore, je lui dis non. Il voulut savoir si ça lui rapporterait vingt dollars de plus s'il me donnait d'autres informations. Je lui répondis que j'étais officier de police et que s'il ne m'avait pas tout dit, nous pouvions poursuivre cette conversation à la Roundhouse.

Il m'assura qu'il m'avait tout dit. En était-il bien sûr ?

Il me dit qu'il était prêt à parier vingt dollars. »


L'intrigue est à la hauteur et amènera le lecteur à se poser bien des questions, notamment sur l'identité de ce mystérieux Indien blanc qui semble bien décidé à vouloir aider Walt... à sa manière. Après l'agression de Cady, les morts violentes se succèdent et notre shérif a tout intérêt à prendre des précautions s'il ne veut pas voir sa vie s'arrêter sur un trottoir de la Cité de l'amour fraternel. Les rebondissements se succèdent sur un bon rythme et Walt n'est pas au bout de ses surprises, pas plus que le lecteur d'ailleurs.

« Il se peut que Troy ait été repéré à Germantown, où un concurrent dans le commerce extrêmement volatil des produits pharmaceutiques de base s'est révélé atteint d'une forme sévère de PPP. (Nous la regardâmes, un peu hébétés.) Pas de putain de pouls.

- Ce concurrent serait-il tombé d'un pont ?

- Y a pas de pont assez haut à Germantown. (Elle secoua la tête et continua à broyer les glaçons entre ses dents.) Quelqu'un lui a roulé dessus, deux fois. »


Après les excellents  Little Bird et  Le camp des morts, Craig Johnson confirme avec L'Indien blanc, très bon roman noir s'il en est, qu'il est incontestablement l'une des valeurs montantes du polar américain. Hollywood ne s'y est d'ailleurs pas trompé et une série (sobrement appelée Longmire) est prévue pour bientôt sur le petit écran, outre-Atlantique tout au moins. Vivement la suite !
A noter que  Little Bird vient de sortir en poche. Vous n'avez donc plus aucune excuse pour ne pas découvrir Walt et consorts ! Vous ne devriez pas être déçus !

 


 

L'Indien blanc (Kindness Goes Unpunished, 2007) de Craig Johnson, Gallmeister/Noire (2011). Traduit de l'américain par Sophie Aslanidès, 289 pages.

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Choupynette 29/05/2011 23:08


je viens de le terminer. J'ai beaucoup aimé.. mais moins que les autres que j'ai adorés. Je crois que 280 pages, c'est trop court! :)


Hannibal 01/06/2011 18:15



Pareil, j'ai moins aimé que les deux autres mais ça reste quand même très bon !



alain 01/05/2011 20:51


J'ai aussi beaucoup aimé les deux premiers. J'attends avec impatience de pouvoir lire "l'indien blanc".


Hannibal 04/05/2011 12:33



Tu verras, c'est un peu différent des précédents tout en restant tout à fait du Craig Johnson. Bonne lecture Alain !