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Hannibal le lecteur

L'homme qui rêvait d'enterrer son passé / Neil Cross

25 Septembre 2010 , Rédigé par Hannibal Publié dans #Polar anglais

L'homme qui rêvait d'enterrer son passé, édité par Belfond, est le premier roman de Neil Cross à paraître en France.

Ce roman policier faisait partie de la sélection estivale du Prix SNCF du polar.

 

 

hommequirêvaitd'enterrersonpasséRésumé

 

Quoi qu'il arrive, quoi qu'il fasse, Nathan est poursuivi par le souvenir de la pire nuit de sa vie : lors d'une fête organisée par son employeur de l'époque, une jeune femme a disparu. Seuls lui et Bob, une vieille connaissance, savent ce qui s'est passé, et tous deux ont juré qu'il en serait toujours ainsi.
Des années plus tard, par une nuit pluvieuse, Bob est à la porte de Nathan avec de terrifiantes nouvelles. Face à un Bob méconnaissable et dangereusement déterminé à faire voler en éclats leur serment, Nathan est prêt à aller loin, très loin, pour protéger le monde qu'il s'est soigneusement construit...

 

 

Mon avis

 

L'homme qui rêvait d'enterrer son passé est peut-être un peu lent au démarrage, mais une fois qu'on est pris au jeu, il devient quasiment impossible à lâcher, et ce plus encore à mesure qu'on se rapproche de la fin.

 

Avec le titre français, tout est dit (ou presque) sur ce roman.

Nathan, le « héros » de ce livre, a commis une erreur dans sa jeunesse, durant une fête, alors qu'il était sous l'emprise de l'alcool et de la drogue. Un seul moment d'égarement et c'est toute sa vie qui va être irrémédiablement bouleversée. Il est alors littéralement hanté par les évènements de cette soirée qu'il revit sans cesse et plonge dans une paranoïa aiguë. Aussi, Nathan n'est pas sans rappeler Joe Egan, le personnage principal de Trouille, le très bon roman de Marc Behm.

 

« Il dut attendre jusqu'après Noël.

C'était la pire période de l'année. Même quand il rentrait chez lui, ivre, après une réunion de travail – la vie sociale de Nathan se limitait aux réunions liées à son travail –, il lui fallait encore boire une bouteille de vin et vérifier toutes les lumières avant de tenter de s'endormir. Il lui fallait aussi s'assurer que les ampoules longue durée de rechange étaient bien dans la cuisine, formant une pyramide à côté de la bouilloire.

Chaque soir, il recouvrait le petit miroir de la salle de bains d'une épaisse serviette bleue, qu'il suspendait solidement aux clous qu'il avait plantés dans le mur à cet effet, de sorte qu'il était impossible qu'elle se décroche pendant la nuit. Si cela était arrivé – si Nathan avait entendu le bruit du tissu glisser soudainement derrière la porte close de son appartement vide –, il aurait immédiatement perdu la raison. »

 

Nathan n'est d'ailleurs pas le seul à ne pas se remettre de cette soirée dramatique. La famille d'Elise, la jeune fille disparue, n'a toujours pas réussi à faire le deuil, faute d'avoir trouvé son corps. Holly, la sœur d'Elise, est elle aussi profondément traumatisée par la disparition de cette dernière, au point de culpabiliser d'être toujours en vie, alors que les années ont passé.

 

« - Et tout ce que j'ai, continua-t-elle. Tout ce que j'aurai à la fin, tout le bonheur que je serai capable de construire, tout ça, Elise ne l'aura jamais. Comment je fais pour vivre avec ça ? Comment suis-je censée avoir le mari, les enfants, la maison, le boulot et, je ne sais pas moi, les trois séjours par an à la Barbade en sachant que ma sœur est sortie un soir... et que sa vie s'est arrêtée, comme ça ? 

- Je suis sûr qu'Elise ne voudrait pas que tu sois malheureuse.»

- Bien sûr que non. Mais ce n'est pas parce qu'on a des sentiments irrationnels qu'on ne les éprouve pas. »

 

Parfois, trente-six histoires différentes nous sont proposées, qui s'entremêlent plus ou moins à la fin du roman. Ici, rien de tout ça : il n'y a qu'une seule intrigue, on ne peut plus simple, et pourtant, c'est amplement suffisant.

A ce scénario épuré – d'ailleurs ce n'est pas un défaut, c'est même parfois préférable – Neil Cross adjoint un travail remarquable sur la psychologie des personnages – la culpabilité, le deuil... – qui fait toute la force de ce roman très efficace, au suspens implacable. Il faut y ajouter quelques belles trouvailles au niveau des rebondissements, comme la révélation finale, extrêmement bien trouvée et pour ma part totalement inattendue.

 

Faire tenir le lecteur en haleine pendant plus de 300 pages à partir d'une idée toute simple, c'est la marque d'un talent certain. Espérons que Neil Cross nous propose à l'avenir d'autres romans de ce calibre. Mais en attendant, je vous propose de découvrir cet Homme qui rêvait d'enterrer son passé.

 


 

L'homme qui rêvait d'enterrer son passé (Burial, 2009) de Neil Cross, Belfond (2010). Traduit de l'anglais par Renaud Morin, 360 pages.

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Béatrice Pellan 27/10/2010 13:24


D'accord avec cette chronique : simple - mais subtil - et efficace, un vrai plaisir de lecture ! Je l'avais également chroniqué, d'ailleurs -;)


Hannibal 29/10/2010 22:19



Effectivement, je viens de voir ça...



Tom Joad 30/09/2010 15:44


Vous avez bien raison, cher ami, c'était juste une blague en passant. Je suis d'accord avec vous sur l'essentiel,
cordialement, Tom Joad.


Hannibal 30/09/2010 15:46



Tant mieux alors.


A bientôt sans doute...


Cordialement,


Hannibal le lecteur



Tom Joad 28/09/2010 11:38


Alors, vous n'avez pas voté pour moi, mécréant que vous êtes?
Non, je blague, mais il est toujours possible de rattraper cette incroyable erreur en allant là :
http://www.thrillermania.com/thriller.php?participant=126
Dieu vous le rendra (il m'aime bien), avec un bonus en prime si vous en parlez à vos amis...
Cordialement, Tom Joad


Hannibal 30/09/2010 15:26



Et non, j'ai voté pour Pol, ce qui n'a pas empêché son élimination à mon avis prématurée lorsque l'on compare la qualité d'écriture de son roman à celle de certains textes encore en course (sans
être hypocrite, je ne pense pas au votre).


Je lirai les seconds chapitres et voterai en conséquence, sans tenir compte des auteurs ayant essayé de m'influencer. Je suis incorruptible et sceptique quant à la capacité de Dieu - si tant est
qu'il existe - à me rendre quoi que ce soit...


Bonne chance à vous !