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Hannibal le lecteur

L'art et la manière d'aborder son chef de service pour lui demander une augmentation / Georges Pérec

23 Novembre 2012 , Rédigé par Hannibal Publié dans #Littérature française

L'art et la manière d'aborder son chef de service pour lui demander une augmentation est un étonnant petit roman de Georges Pérec publié pour la première fois en 1968.

 

 

http://www.deslivres.com/images/products/image/Lart-et-la-maniere-daborder-son-chef-de-service-pour-lui-demander-une-au.jpgRésumé

 

Vous souhaitez demander une augmentation à votre chef de service mais ne savez pas trop comment l'aborder c'est vrai que ce n'est pas toujours évident alors supposons pour simplifier car il faut toujours simplifier qu'il y a de nombreuses manières de le faire et de nombreuses conséquences à envisager selon que l'on choisisse l'une ou l'autre de ces manières et qu'une bonne partie d'entre elles sont exposées dans ce roman.

 

 

Mon avis

 

Je crois que je n'ai pas eu l'occasion de le dire ici mais j'aime assez l'OULIPO, ainsi que l’œuvre de Georges Pérec, que j'ai découverte partiellement au lycée (je suis loin d'avoir tout lu cependant). Cela fait maintenant des années que j'ai entendu parler de ce roman que j'avais envie de lire ne serait-ce que pour son concept. Voilà, c'est chose faite.

 

L'art et la manière d'aborder son chef de service pour lui demander une augmentation est né après que Georges Pérec ait eu l'idée de construire un texte à partir d'un organigramme. Il a été écrit en 1968, à une époque où l'OULIPO était vraiment actif. Raymond Queneau venait d'écrire Un conte à votre façon, un peu sur le même principe, et Georges Pérec était lui aussi dans sa période faste : La disparition, le fameux roman sans « e » qui a contribué à le rendre célèbre, verra le jour l'année suivante.

 

Un homme souhaite se faire augmenter et doit aller aborder son chef de service, Mr x. A chaque fois qu'une alternative s'offre à lui, Georges Pérec étudie chacune des possibilités, lesquelles en entraînent d'autres, et ainsi de suite.

Le lecteur est rapidement amené à se mettre à la place du salarié car l'auteur s'adresse à lui en même temps qu'il s'adresse à nous, du fait de l'utilisation de la deuxième personne du pluriel, chose assez rare pour qu'elle mérite d'être signalée.

Les premières pages ne sont pas forcément faciles à lire car l'auteur a fait le choix d'abolir toute ponctuation. Autrement dit, le roman comporte une phrase unique courant sur une petite centaine de pages. Le cerveau humain est ainsi fait qu'on s'habitue facilement à la chose et qu'on n'y prête même plus attention au bout d'un moment.

 

Les premières alternatives auxquelles est confronté l'employé sont très sensées (je mets de la ponctuation pour ne pas vous décourager de trop).
Mr x, le chef de service, peut être dans son bureau ou ne pas y être.

S'il n'y est pas l'employé peut retourner travailler ou passer le temps en allant discuter avec Mlle Yolande.

Enfin, si elle est dans son bureau, car si elle n'y est pas non plus il pourra alors retourner travailler ou« faire le tour des différents services dont l'ensemble constitue tout où partie de l'organisation qui (l') emploie ».

 

« nous supposerons pour simplifier car il faut toujours simplifier que mr x est dans son bureau qu'il lève la tête quand vous frappez et qu'il vous fait signe d'entrer mais il ne vous offre toujours pas de siège vous lui demandez donc si une de ses filles à la rougeole il vous répond non si deux de ses filles ont la rougeole il vous répond non en un certain sens c'est une bonne réponse mais elle peut aussi dissimuler une vérité pire à savoir que trois de ses filles ont la rougeole posez franchement la question si votre chef de service répond qu'oui trois de ses filles ont la rougeole sortez précipitamment il n'est même pas nécessaire de trouver un prétexte quelconque alertez le service de deuxième urgence et le service de première urgence faites enfermer votre chef de service et d'ailleurs tout le service et même les services voisins pendant quarante jours ouvrables et isolez-vous de votre côté en 1966 sur 18 931 cas de rougeole déclarés 109 s'avérèrent mortels ce qui vous laisse quand même pas mal de chances à peu près 99,5% »

Peu à peu, les alternatives deviennent plus improbables, jusqu'à devenir vraiment farfelues.
A partir de ce moment, on a souvent le sourire aux lèvres. Les scènes deviennent absurdes et Georges Pérec commence à se lâcher au niveau des jeux de mots.

 

Lire L'art et la manière d'aborder son chef de service pour lui demander une augmentation est une expérience très étonnante. Pour autant c'est loin d'être inintéressant et même très plaisant. Je ne regrette pas de l'avoir fait et ça m'a donné envie de me remettre à lire du Pérec et/ou d'autres textes de l'OULIPO.

 


 

L'art et la manière d'aborder son chef de service pour lui demander une augmentation, de Georges Pérec, Hachette/Dunod, 1968.
Lu dans l'édition Hachette/Littératures de 2008 (104 pages avec la postface de Bernard Magné, 88 sinon).

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gridou 23/11/2012 19:50

c'est quoi l'OULIPO ??
Ce genre de concept (si...et si...) me fait un peu peur...100 pages c'est un bon format du coup.

Hannibal 27/11/2012 17:29



C'est un genre de mouvement littéraire. Dans les années 1960 des écrivains se rencontraient et avaient comme principal envie de se mettre à écrire avec des contraintes (écrire un roman sans la
lettre e, des palindromes, des lipogrammes, le S+7...).
Les membres les plus célèbres de l'OULIPO sont Georges Pérec et Raymond Queneau, dont le célèbre Exercices de style peut être vu comme une oeuvre oulipienne.
Tu peux aller voir ce qui s'en dit sur Wikipédia
par exemple si tu connais vraiment pas et que ça t'intéresse.