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Hannibal le lecteur

Je ne vous aime pas / Éric Cherrière

23 Décembre 2010 , Rédigé par Hannibal Publié dans #Polar français

Je ne vous aime pas est le premier roman d'Éric Cherrière, réalisateur (courts-métrages, documentaires, émissions...) par ailleurs.
Ce thriller faisait partie de la sélection automnale du Prix SNCF du polar.


Je ne vous aime pasRésumé

Une quarantaine d'assassinats non élucidés à Toulouse et ses alentours depuis une douzaine d'années, ça commence à faire beaucoup. Manque d'indices, manque de témoins, manque de moyens... : les enquêtes n'avancent pas.
Jusqu'au jour où l'intuition du commissaire Pierre Balési l'amène à échafauder une terrible hypothèse. S'il est impossible de mettre la main sur les différents meurtriers, c'est peut-être parce qu'ils n'existent pas. Et si malgré la diversité des modus operandi les crimes qu'a connu la région toulousaine récemment n'étaient l'oeuvre que d'un seul homme ? Aussi fou que cela puisse paraître, il semblerait que son instinct ne l'ait pas trompé. La ville rose serait donc le terrain de chasse du plus grand tueur en série ayant jamais sévi en France.


Mon avis

L'immersion est  immédiate. Éric Cherrière nous confronte dès les premières pages à un jeune enfant se mutilant sauvagement le sexe sous le regard terrorisé des passagers d'un train. On comprend très vite que l'auteur ne va pas prendre des pincettes avec son lecteur. Ici, l'écriture est décomplexée : le politiquement correct est laissé au vestiaire et on appelle un chat un chat. 

 

« Une fois de plus, ces petits jeux ne m'ont plus suffi et j'ai décidé de tuer un homme. N'importe lequel. […] Pourtant, si ces hommes avaient fait leur boulot, j'aurais été arrêté. J'y ai vu une sorte d'encouragement et j'ai décidé que dorénavant je préparerai mes meurtres comme des devoirs d'école. Jamais je ne dérogerais aux dix règles que je m'étais fixées :
Règle numéro un : ne jamais tuer sous le coup d'une pulsion.
Règle numéro deux : ne jamais tuer quelqu'un appartenant à mon cercle de relations direct.
Règle numéro trois : respecter un temps, un long temps d'observation des habitudes de la victime. Noter tous ses faits et gestes.
Règle numéro quatre : ne pas utiliser la même arme plus de trois fois, respecter une durée minimale de douze mois entre deux meurtres réalisés avec la même arme et brouiller les pistes en utilisant parfois deux armes.
Règle numéro cinq : ne jamais considérer que tuer est un jeu.
Règle numéro six : tuer autant d'hommes que de femmes.
Règle numéro sept : écrire le déroulement du meurtre au préalable et le plainifier comme une opération militaire.
Règle numéro huit : dérober les habits et accessoires nécessaires aux meurtres en m'introduisant chez des inconnus.
Règle numéro neuf : marcher dans la rue en baissant la tête. Ne jamais croiser un regard.
Règle numéro dix : payer mes impôts à temps, respecter les limitations de vitesse, ne pas avoir de découvert à la banque. Être transparent. Invisible. »

 

Du côté des personnages, on reste dans le même ton. Policiers, médecins, infirmières... : tous ont leurs fêlures, leurs secrets enfouis, et bien difficile de savoir lequel est le plus névrosé. Balési, Lenoir, Claire, le tueur : chacun est intéressant dans sa psychologie, avec ses faiblesses et ses contradictions. Cependant on peut reprocher à l'auteur une systématisation de l'aspect borderline des protagonistes qui paraît parfois un peu forcée, rendant alors certains aspects excessifs et pas toujours très crédibles.


Grâce à une alternance des points de vue bien orchestrée entre la police et le tueur en série, Éric Cherrière parvient à installer un véritable suspense. Les fausses pistes et les rebondissements sont nombreux, les scènes d'action bien menées. Au détour de cette intrigue intelligemment construite, l'auteur ne se prive pas de pointer certains travers de notre société et s'intéresse à de nombreuses questions, en particulier à celle du rapport aux autres.

 

«  - Çà va, je m'en vais. Je m'en vais... Tenez, monsieur le préfet, mon téléphone de service. J'en aurai plus besoin.
Tous écoutent.
- C'est lui que les parents des victimes appellent quand ils veulent avoir des nouvelles de l'enquête. Ou tout simplement quand ils craquent. Ça arrive souvent, croyez-moi. Ça arrive souvent... En général, ils appellent le soir. Quand la nuit tombe. C'est à ce moment qu'ils pensent à l'enfant qu'on leur a enlevé... ou bien à leur frère, ou à leur sœur, ou je sais plus... y en a trop... Chaque fois qu'ils appellent, je répons monsieur le Préfet, et je les écoute, le temps qu'il faut.
Les yeux rougis par l'émotion, Pierre ne lâche pas le préfet du regard.
- Je fais ça pour qu'ils sachent qu'il y a encore quelqu'un dans cette foutue ville qui les a pas oubliés, eux et leurs morts... quelqu'un pour qui les victimes ne sont pas des statistiques. Je vous laisse expliquer à un père ou à une mère pourquoi son enfant assassiné n'est plus rentable en terme d'image publique. Je vous laisse faire ça parce que moi, monsieur le Préfet, la seule chose que je peux encore faire, c'est partir la tête haute... et c'est ce que je fais. »

 

Éric Cherrière signe avec Je ne vous aime pas un premier roman convaincant. Malgré quelques poncifs, le propos est intéressant, le ton original, le suspense au rendez-vous. En deux mots, un thriller efficace. Les scènes dérangeantes et les passages très crus ne manquant pas, il est à signaler que ce roman pourrait éventuellement ne pas convenir aux lecteurs les plus sensibles.



Je ne vous aime pas d'Éric Cherrière, Le Cherche-Midi (2010), 483 pages.

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nina 19/03/2011 18:30


Comment ça"jamais lu de Descosse"????????Ce n'est pas possible,c'est le meilleur,avec Grangé.J'ai compté les phrases,pas plus de 5 lignes,plutôt 2.Un scalpel.Tu devrais lire"mirroir de sang",une
tuerie.Je lis"le pacte rouge",terrible.Je n'arrive pas à mettre la main sur les autres,mais je les aurai.

Non,pas d'harlequin,sauf la collection"Mira",à cause d'Erica Spindler.

Je n'aime pas rendre certains livres,j'aimerais me les scanner,pour moi.Surtout les Descosse.Les autres,on l'a fait pour moi,juste pour la relecture,un jour.Je prefere toucher le papier.J'ai
detesté rendre"Je ne vous aime pas",car il sera difficile à trouver en ebook,personne ne connait.Idem pour Patrick Bard,pas assez connu.


Hannibal 28/03/2011 22:36



Oui, on ne peut pas avoir tout lu... Mais j'en ai à la maison. J'avais déjà Le couloir de la pieuvre et là, je viens d'acheter La liste interdite, que j'ai d'ailleurs fait
dédicacer, au dernier salon du livre de Paris. Descosse est un auteur que je vais devoir découvrir.


Après avoir dévoré un livre qu'on a aimé, on n'a pas envie de le rendre. C'est comme pour les bons plats.



nina 10/03/2011 15:22


Commencé ce matin,mais c'est ecrit si gros que je l'aurais fini demain.
Bref,tout ça pour dire que c'est un livre choc,d'une violence rare (on dirait Descosse,en plus glauque).Et que je vais avoir du mal à le rendre.Voilà ce que c'est,de ne pas avoir de scanner!!!

Pour en revenir au livre,je n'ai pas pris une telle claque,depuis Versus (Antoine Chainas).Ca change des ebooks de la collection Harlequin,qui traînent sur le net.

Toutefois,comme tu l'as si bien souligné,Hannibal,ce type de lecture ne peut convenir à tout le monde.C'est tres tres dur.Moi,je me régale.Merci de nous avoir signalé cet ouvrage,dont le titre,ma
foi,ne nous interpelle pas trop.Par contre,des les premières pages,ça ne peut se definir.J'ai été scotchée,et j'aurais voulu 300 pages de plus.Certains lecteurs n'iront pas jusqu'au bout.

Oui,15 livres,et comme on a 2 cartes........Et mal au dos,à force des les trimballer dans nos sacs.


Hannibal 14/03/2011 15:50



Toujours pas lu Descosse. Depuis le temps que j'en entends parler, il faudrait peut-être que je m'y mette...


Tu lis vraiment des Harlequin en e-book ou c'était juste une vanne ?


Effectivement, c'est une lecture qui ne conviendra pas à tout le monde. Ce qui est bien, c'est qu'on ne met pas longtemps à s'en rendre compte. Avec la scène éprouvante de l'enfant dans le train,
on entre directement dans le vif du sujet. Certains arrêteront donc sûrement leur lecture dès les toutes premières pages.



nina 06/03/2011 16:12


Il est dans ma PAL ,qui contient 4 livres(on a droit à 15,à la mediathèque,mais c'est tres lourd à porter,et on ne trouve pas tout ce qu'on veut).

Jamais je ne l'aurais pris,sans ton commentaire elogieux.


Hannibal 10/03/2011 14:51



15 bouquins empruntables à la fois en médiathèque, c'est énorme (et ça peut effectivement être rapidement très lourd en terme de poids du sac). Les deux bibliothèques que je fréquente le plus
souvent sont à 4 et à 6. 6 ça commence à aller à peu près je trouve mais quatre c'est vraiment peu, surtout lorsqu'on prend des BD.


J'espère que ça te plaira alors.