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Dimanche 7 février 2010 7 07 /02 /Fév /2010 22:03
Hypothermie de l'Islandais Arnaldur Indridason est la sixième rencontre du public français avec le commissaire Erlendur. C'est toujours chez Métailié et la traduction est toujours signée Éric Boury : merci à eux pour ces moments de lecture !


Hypothermie Résumé


Les feuilles tombent des arbres des bords du lac Thingvellir lorsque Maria est retrouvée pendue dans son chalet d'été par une amie. Aucune trace de lutte ou autre, l'affaire est directement classée sans suite, le suicide est évident.
L'amie de Maria, elle, ne croit pas une seconde à cette thèse et s'est mise en tête d'en convaincre Erlendur. D'abord réticent, le plus célèbre des commissaires islandais commence à se poser des questions après avoir visionné une cassette montrant la visite de Maria chez un médium. Suite au douloureux décès de sa mère cette dernière s'était mise en tête de trouver un moyen de communiquer avec l'au-delà. Erlendur, qui ne croit pas plus aux médiums qu'aux elfes, ne compte pas avaler cette histoire si facilement. Il sent pourtant là quelque chose de louche, et dès qu'il s'agit d'enquêter sur des fantômes, sa curiosité est vite éveillée. Poursuivre seul et en cachette une affaire classée ? Pourquoi pas, après tout ?


Mon avis

« Elinborg lui avait reproché de ne rien faire d'autre au travail que de se plonger dans de vieilles affaires de disparition. Erlendur lui avait répondu de ne pas s'inquiéter pour lui. Ce n'est pas pour toi que je m'inquiète, avait rétorqué sa collègue, mais pour l'argent du contribuable islandais. »

Que les fans du commissaire se rassurent tout de suite, Erlendur est en pleine forme. On ne peut pas dire qu'il croule sous le travail, alors le voilà parti creuser sur ce suicide qui ne fait pas le moindre doute. Aucune légitimité à poser des questions ? Pas grave, il déclare participer à une enquête internordique sur les causes du suicide. D'interrogatoire en interrogatoire – Erlendur sait se montrer insistant quand il s'agit de tirer les vers du nez des cachottiers - il se rend vite compte que les parts d'ombre ne manquent pas dans cette affaire. En parallèle, il s'entête à essayer de faire avancer de vieilles enquêtes depuis longtemps au point mort.

« Il pensa au suicide de Maria, à la somme de désespoir qu'il fallait pour commettre un tel geste et à la profonde crise spirituelle qui, à n'en pas douter, se cachait derrière. Il avait lu des messages rédigés par des gens qui avaient mis fin à leur vie, certains ne comportaient que quelques phrases, voire une seule, parfois ce n'était qu'un mot, d'autres, plus longs, dressaient la liste de leurs raisons, comme si leurs auteurs avaient voulu s'en excuser. Parfois, on trouvait leur lettre sur l'oreiller de la chambre, parfois sur le sol du garage. C'étaient aussi bien des pères de famille que des mères, des adolescents, des vieillards, des célibataires. »

Côté vie privée, ça va aussi beaucoup mieux avec ses enfants, à tel point qu'il accepte – pour sa fille – de renouer avec Halldora, son ex-femme avec qui il n'a plus aucun contact : tout un programme !
De manière plus générale, on retrouve dans cet opus une galerie de personnages tourmentés par leur passé, de ces hommes et ces femmes qu'Indridason aime à décrire pour notre plus grand plaisir.
Comme d'habitude, et avec le talent qu'on lui connaît, l'auteur entremêle les histoires de telle manière que le lecteur ne s'ennuie jamais, ni ne perd de vue l'intrigue principale. Faute de preuves, Erlendur suit ses intuitions, et lorsqu'il commence à démêler le vrai du faux, comptez sur lui pour dérouler la pelote jusqu'au bout.

« Erlendur éteignit sa cigarette et descendit de son véhicule. Il détailla l'église du regard : un bloc de ciment froid et gris. Il se fit la réflexion que l'architecte devait être athée. En tout cas, il avait l'impression que ce bâtiment avait plutôt été érigé à la gloire de la bétonneuse du ventre de laquelle il était sorti qu'à celle du Seigneur. »

A des années-lumière du thriller effréné, Arnaldur Indridason poursuit son sans-faute avec cet Hypothermie, excellent roman noir tout en finesse, dans lequel Erlendur apparaît plus attachant que jamais. On souhaiterait presque le rencontrer, au détour d'une promenade automnale sur les rives d'un lac islandais.

A noter : vous l'aurez compris, je suis fan d'Indridason, mais si jamais vous n'avez pas encore eu la chance de découvrir Erlendur, commencez plutôt par le début. Pour savourer au mieux l'évolution des personnages suivez cet ordre : La cité des jarres, La femme en vert, La voix, L'homme du lac, Hiver arctique, et donc Hypothermie.



Hypothermie (Harđskafi, 2007) d'Arnaldur Indridason, Métailié / Noir (2010). Traduit de l'islandais par  Éric Boury, 294 pages.
Par Hannibal - Publié dans : Polar scandinave
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