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Hannibal le lecteur

Fifty-fifty / Allan Guthrie

29 Octobre 2009 , Rédigé par Hannibal Publié dans #Polar écossais

Fifty-fifty est le premier roman d’Allan Guthrie, jeune auteur écossais vivant à Edimbourg.


Résumé


Il fait très froid à Edimbourg en cette mi-janvier. Cela n’affecte en rien Pearce, qui court dans toute la ville pour recouvrir des dettes, usant de son physique avec persuasion. Cette force de la nature a bien un tendon d’Achille : il adore sa maman.
Cette dernière est employée dans un bureau de poste. Lors d’un braquage, elle est tuée d’un coup de poignard. Dommage collatéral ou boulette diront les braqueurs. Pour Pearce, c’est un monde qui s’écroule et il n’a plus qu’un mot à l’esprit : vengeance.
Les affreux jojos sont Robin, un musicien schizophrène, sa femme Carol, aussi belle que frigide, et Eddy, peut-être le moins taré des trois, qui aimerait bien ravir Carol à son collègue.
Ils ne le savent pas encore, mais avec ce braquage, leurs emmerdes ne font que commencer…


Mon avis


Lorsqu’il n’écrit pas, Allan Guthrie est aussi un agent littéraire reconnu. On lui doit notamment l’édition de certains romans de Ken Bruen. Et s’il aime à citer en interview Higson et Brookmyre comme modèles, le connaisseur retrouvera aussi l’influence de feu Donald Westlake dans ce roman.

« En Ecosse, l’hiver, il faisait bien trop froid pour se promener torse nu. C’est bien pour cette raison que Pearce portait un T-shirt. »

Comme chez Bruen, pas vraiment d’enquête dans ce roman noir. Plutôt des quêtes. Entre celui qui veut venger sa mère, celui qui cherche l’amour quitte à tromper son ami et ce dernier qui n’est pas dupe et cherche à le lui faire payer, on est plutôt servis. Surtout que les protagonistes de ce roman sont tous plus ou moins névrosés, ce qui nous apporte son lot de violence, de rebondissements, et une tension permanente.

-    « Vous ne voulez pas que je vous en dise plus sur le pistolet ?
-    Je ne connais rien aux armes à feu. Toi, si ?
-    Pas vraiment. Mais c’est pas que ça me gênerait d’en avoir une.
-    Qu’est-ce que t’en ferais d’un pistolet ?
Je descendrais des connards comme toi.
-    Ch’sais pas.
-    Alors là, c’est fascinant.
-    Greaves l’a rendu a Soutar, expliqua Kennedy. (Une pause.) C’est Soutar qui l’a maintenant. (Nouvelle pause.) Le pistolet est noir.
-    Noir. Soutar a un pistolet noir. Je dois t’avouer une chose : ça me fiche bien plus la trouille que s’il était rose. Tu n’est pas de mon avis ? »


Tout en assumant ce côté sombre, Guthrie distille avec talent son humour – comme ses compatriotes le whisky – notamment dans des dialogues efficaces, et se permet quelques clins d’œil aux grands noms du roman noir, ce genre qu’il affectionne, et qui le lui rend bien.

« Kennedy consulta sa montre et se demanda une fois encore pour quelle raison il faisait tout ça, pourquoi il avait choisi de rester planté là dans le froid pendant que ses extrémités se changeaient en glace. Il était devenu enquêteur privé pour l’excitation, l’aventure, le danger. C’était Hammett le responsable. Chandler, on pouvait lui pardonner. Mais Hammett ? Quel salopard.
Les romans de détective privé avaient saturés les années d’adolescence d’Alex Kennedy. Dès l’instant où il avait lu son tout premier Chandler, il était devenu accro. Il avait dévoré tout Chandler, puis Hammett, puis Ross Macdonald. En amassant tout ce temps dans les magasins de charité et les marchés aux puces des piles de polars des années cinquante et soixante aujourd’hui épuisés. Ses privés préférés étaient Max Thursday et Johnny Killain. Des hommes qui se nourrissaient de danger et d’excitation. Des hommes qui estimaient que deux contre un était une cote plutôt favorable. Des hommes capables de s’attaquer à un mur de briques qui, en moins de temps qu’il ne fallait pour le dire, finissait toujours par crier grâce. Kennedy souffla dans ses mains en coupe. Hammett avait été détective privé dans la vie, il savait et aurait dû jouer le jeu. Il n’avait pas la moindre excuse pour avoir donné de ce boulot merdique une image aussi excitante. Il ne se passait rien. Rien de rien. Zéro. Que dalle. »


Bref, du bon roman noir, comme il est difficile de ne pas l’apprécier. Déjà primé outre-Manche pour ce premier opus, on souhaite à Allan Guthrie une aussi belle carrière qu’à ses prédécesseurs. Un auteur que je suivrais, assurément.



Fifty-fifty (Two-Way Split, 2004) d'Allan Guthrie (Editions du Masque, 2009). Traduit de l'anglais (Ecosse) par Freddy Michalski.

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