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Hannibal le lecteur

Fáulas / Luciano Marrocu

21 Février 2011 , Rédigé par Hannibal Publié dans #Polar italien

Fáulas est le premier roman du Sarde Luciano Marrocu, publié en France par l'éditeur lyonnais La fosse aux ours.


Résumé

Rome, 1939.
Le fascisme est au pouvoir en Italie, et l'OVRA (Organisation de vigilance et de répression de l'antifascisme), la police secrète du régime, dispose de moyens confortables pour combattre ses opposants. Gonario Musio, un haut dignitaire du régime, est fortement soupçonné de traîtrise, et c'est à Luciano Serra, un jeune inspecteur, qu'est confiée cette affaire brûlante. Sa mission : creuser, et trouver de quoi faire tomber Musio. Lors de ses investigations, des évènements imprévus vont rapidement l'envoyer vers la Sardaigne, sa région d'origine.


FaulasMon avis

Au centre de ce premier roman, l'île natale de Luciano Marrocu, qui enseigne l'histoire à l'Université de Cagliari, sa ville de toujours. Forcément, l'homme sait de quoi il parle quand il décrit la Sardaigne. Il sait aussi de quoi il parle lorsqu'il fait vivre au lecteur d'aujourd'hui l'Italie des années 1930. En côtoyant Luciano, on comprend aussi que ce pays est divers, et qu'entre Rome et Fáulas, il y a un monde.

« L'inspecteur répondit à sa question et  le mit au courant des derniers développements de l'affaire.
- Je suis d'accord avec vous, le village d'où venait Musio me semble important dans toute cette histoire, commenta Caruezzo. Il s'appelle Fáulas, si je ne me trompe pas ?
- Vous ne vous trompez pas.
- Fáulas... un nom bizarre. Il a un rapport avec les fables ?
- Dans le dialogue du sud de la Sardaigne, fáulas veut dire mensonge.
- Et fables, comment ça se dit dans ce dialecte ?
- En admettant que ce mot existe, moi je ne l'ai jamais entendu.
- Ça va, Serra. Préparez-vous à partir pour la Sardaigne. »

Fáulas, c'est le village qui est au centre de l'enquête, et cela veut aussi dire « mensonges » en sarde. Effectivement, Serra se rend vite compte que les locaux ne sont pas très loquaces, ou plutôt si, ils parlent mais taisent l'essentiel, ce qui lui fait dire qu'ils « cachent la vérité derrière un mur de paroles ». Attitudes, paysages... : on sent le Sud, la Méditerranée, et les lecteurs de polars penseront peut-être au fil des pages à Montalbano, le personnage d'Andrea Camilleri, l'humour en moins.

« - D'une certaine façon, c'est ainsi : les morts se taisent aussi parce qu'il n'y a personne pour parler pour eux. Pour cette raison, quand quelqu'un meurt assassiné, presque tout le monde se moque de savoir qui l'a assassiné. On recherche et on punit l'assassin parce que c'est le seul moyen de maintenir l'ordre social. À part ça, on a tendance à oublier.
- Les vengeances de cette contrée sembleraient démontrer le contraire.
- Même les vengeances sont des affaires entre vivants, le mort n'est qu'un prétexte pour réaffirmer un pouvoir au sein de la communauté, ou bien pour renforcer des liens familiaux. En réalité, il n'y a dans ces vengeances aucune pitié pour les morts, pas même pour ses propres morts.
- Tu m'étonnes beaucoup inspecteur.
- Pourquoi est-ce que je t'étonne ?
- Parce que je ne pensais pas qu'on puisse trouver dans la nature...
- Trouver quoi ?
- Un policier philosophe. »

De par l'intrigue, Luciano Marrocu nous plonge au cœur de l'Italie fasciste, qui n'échappe pas à la corruption, aux querelles internes,... Sur le plan international, on sent la guerre arriver, et les Italiens la craignent, ne sachant même pas de quel côté le Duce va se ranger. Par petites touches, l'auteur nous immerge complètement dans l'Italie d'alors : l'inspecteur Serra attend le Tour de France, lui le « tifoso » de Bartali, les poètes du régime sont évoqués...
Si le point fort de ce roman n'est pas nécessairement son intrigue, elle n'en demeure pas moins bien construite et Luciano Marrocu mène bien sa barque, ne livrant la solution qu'en tout dernier lieu.

En plongeant ses lecteurs dans l'Italie de l'avant-guerre, et plus particulièrement en Sardaigne, Luciano Marrocu propose avec Fáulas un premier roman réussi qui devrait séduire les amateurs de romans policiers historiques. L'auteur continue de raconter l'histoire de son pays et celle de l'inspecteur Serra dans Debrà Libanòs, sa seconde enquête.



Fáulas (Fáulas, 2000) de  Luciano Marrocu, La fosse aux ours (2008). Traduit de l’italien par Marc Porcu, 197 pages.

 

 

A défaut d'avoir ressuscité ma clé USB (ça m'étonnerait que ça soit possible, mais si quelqu'un a une idée, je suis preneur), j'ai retrouvé quelques fichiers dans ma corbeille (heureusement que je ne la vide pas souvent), dont cette chronique, qui a donc eu beaucoup de chance.

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