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Hannibal le lecteur

Evana 4 / Philip Le Roy

10 Septembre 2010 , Rédigé par Hannibal Publié dans #Polar français

En attendant la prochaine enquête de Nathan Love, La dernière frontière à paraître le 30 septembre, Evana 4 est pour l'heure le dernier roman de Philip Le Roy.
Initialement paru Au Diable Vauvert, il est désormais disponible en poche au Livre de poche.


evana 4Résumé

Producteur de cinéma mégalomane, Zender Arbacan a jadis rendu le monde amoureux avec un film dont le tournage se conclut par le suicide de l’actrice principale. À l’époque, six jeunes femmes se succédèrent devant ses caméras et dans sa vie pour obtenir le rôle. Aucune ne s’en sortit indemne.
Aujourd’hui, l’une d’elles cherche à se venger.
Pour la démasquer, Arbacan réunit ses anciennes égéries dans sa somptueuse propriété de Saint Jean Cap Ferrat au cours d’un dîner très privé.
Huit femmes d’origines et de caractères différents, n’ayant que la jeunesse et la beauté pour point commun, réunies autour d’un redoutable pygmalion, manipulateur et charismatique. Qui sera le prédateur ? Qui sera la proie ?


Mon avis

« La vie, c’est du cinéma sans mise en scène et sans happy end.
Tout le monde meurt à la fin. »

C’est sur ces quelques mots qui mettent tout de suite dans le ton que s’ouvre Evana 4, un polar intéressant de Philip Le Roy, qui change un peu de ce qu’il avait l’habitude de nous proposer – je pense principalement aux aventures de Nathan Love.

Ce roman se veut tout à la fois un hommage au cinéma, et notamment à Joseph Mankiewicz (j'avoue ne pas connaître, ne tapez pas, pitié, je suis conscient de ma grande inculture niveau cinéma) ainsi qu'à la « reine du crime », la grande Agatha Christie (ça je connais !). Il est vrai que l’on sent bien la présence de ces deux influences majeures au fil du texte. Je pense par exemple à ces quelques comptines qui sont autant de menaces de mort laissées à l'intention d'Arbacan et qui ne sont pas sans rappeler celle de Dix petits nègres (un chef-d'oeuvre ce roman, je vous oblige à le lire si ce n'est pas encore fait !).

Comme dans ses autres romans, l’écriture de Philip Le Roy est maîtrisée, et peut parfois être très rythmée, surtout lorsque les évènements s’emballent. Il n’est jamais aussi bon que dans les scènes d’action, et notamment tout ce qui est course-poursuite, qu’il rend vraiment bien, et de manière très cinématographique (tiens, tiens).
De même, la construction du récit est intéressante, avec des allers-retours incessants entre passé et présent, où l’auteur nous dévoile peu à peu le passé des différents protagonistes pour mieux nous faire comprendre leur présent, et par là même leurs motivations.

« Le cynisme a longtemps été son moteur, son instinct de conservation, gage d’un esprit libre raillant les principes moraux et les conventions sociales. Un cynisme brillant calqué sur celui des héros des films de Joseph Mankiewicz, les Addison DeWitt, Cecil Fox, Andrew Wyke, respectivement incarnés par George Sanders, Rex Harrison et Laurence Olivier. Chez Mankiewicz, les personnages mentent, trahissent, trichent, séduisent, détruisent, manipulent, tirent les ficelles. Le langage est leur arme de prédilection. Zender a usé de tout ça. La filmographie du maître a été son école de la vie. L’important aujourd’hui est de veiller à ce que le piège ne se retourne pas contre l’instigateur, comme cela se produisait chez Mankiewicz. »

Les personnages sont assez intéressant, surtout de par leur passé commun, et ce plus encore une fois qu'on les regroupe dans le même cadre, dans une sorte de huis-clos rappelant là aussi les romans de la créatrice d'Hercule Poirot et de Miss Marple.
Arbacan, bien que je l'ai trouvé particulièrement antipathique, n'en demeure pas moins un bon personnage de roman, manipulateur, cynique, et avec de bonnes réparties, ce qui ne gâche rien.
Il se retrouve donc, et ce de son propre gré, enfermé dans sa villa avec toutes ses ex et sa compagne actuelle. Cet attroupement de femmes fatales qui ont toutes une raison plus ou moins valable de souhaiter sa mort n'est pas sans rappeler le célèbre Huit femmesde François Ozon (qui fut d'abord une pièce de théâtre de Robert Thomas).

J'ai pu lire sur Internet des critiques particulièrement dures concernant Evana 4. C'est sûr que ce n'est pas un pur chef-d'oeuvre, mais je suis sûr que Philip Le Roy n'a pas eu cette ambition en l'écrivant. Par contre, c'est vraiment un bon divertissement, un whodunit moderne sur fond de cinéma, un bon moment de lecture. Je crois que c'est plutôt vers ça que souhaiter aller l'auteur et c'est loin d'être raté.
J'attends maintenant le prochain Nathan Love, un gros bébé de 700 pages...

 



Evana 4 de Philip Le Roy, Au Diable Vauvert (2009), 403 pages.

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Michel 12/09/2010 20:16


Pas découragé il est dans ma PAL, mais tu ne m'incites pas à le mettre au dessus du lot...


Hannibal 24/09/2010 11:35



Tu verras bien... Je serai curieux d'avoir ton avis.



nina 10/09/2010 17:02


Comme vous l'ecrivez si bien,ça reste un bon divertissement,mais tres loin des polars noirs et glauques.

Si vous le trouvez gratuitement à votre mediathéque(comme moi),prenez le,si vous n'avez rien d'aure à lire.

J'ai arrète de le lire,apres 30 pages.

J'attends d'un polar,qu'il me fasse fremir.

Votre critique est pafaite,à mon avis.


Hannibal 24/09/2010 11:34



Parfaite ma critique ? Arrêtez, vous allez me faire rougir. Ca m'étonnerait qu'elle soit parfaite mais j'essaie de donner mon ressenti de lecture le plus sincèrement possible.


Vous êtes un peu dure avec le roman de Philip Le Roy, mais après tout, c'est votre choix et vous semblez bien l'assumer. Vous l'aurez compris, pour ma part, je n'ai pas été totalement emballé
mais j'y ai pris du plaisir...