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Hannibal le lecteur

Comme la grenouille sur son nénuphar / Tom Robbins

9 Décembre 2009 , Rédigé par Hannibal Publié dans #Littérature étrangère

Comme la grenouille sur son nénuphar est un roman de Tom Robbins, initialement paru aux Etats-Unis en 1994 et édité en France cette année par Gallmeister, dans leur collection « Americana ».

Il vient tout juste d’être élu « Meilleur livre de l’année 2009 » dans la catégorie « roman gonzo » par le magazine LiRE. Pour ceux qui comme moi ne sont pas forcément au fait de ce qu'est le gonzo, Monsieur Pédia (Wiki de son prénom) vous dit tout sur cette page.


commelagrenouille.jpgRésumé

Gwendolyn est une jeune trader de Seattle dont les ambitions d’ascension sociale s’écroulent avec les marchés financiers la veille de Pâques. Pour Gwen commence le pire week-end de son existence : alors qu’elle se voit privée d’avenir, le singe kleptomane de son petit ami s'enfuit, un ancien broker de retour d’un voyage à Tombouctou – où il a appris pourquoi les grenouilles disparaissent de la surface de la Terre – s’insinue dans sa vie, sa meilleure amie se volatilise à son tour, tandis qu’un étrange médecin japonais présente un remède miracle au cancer.
Pendant ce long week-end, Gwen devra partir à la poursuite du singe, retrouver son amie et choisir entre le rêve américain et l’aventure de la liberté.


Mon avis


Je ne connaissais pas du tout cet auteur mais le titre étrange et la quatrième de couverture m’ont interpellé et j’ai eu envie de me lancer dans ce genre littéraire (si l'on peut parler de genre) encore inconnu pour moi.

Le bémol que je mettrai de suite à ce livre est qu’il m’a parfois semblé assez décousu. Peut-être l’est-il vraiment par moments, mais il est vrai que je n’ai pas lu dans les meilleures conditions loin de là. Mon temps de lecture s’étant beaucoup restreint ces dernières semaines pour cause de nouveau boulot j’ai lu ce roman par petites touches et je pense qu’il aurait fallu le lire quasiment d’une traite pour vraiment l’apprécier au maximum.

« Tu as lu quelque part qu’au Botswana, le mot « pula » signifie à la fois « argent » et « bonjour ». Cette association te plaît bien. A chaque fois que tu rencontres quelqu’un, tu dis « argent », et la personne te répond « argent ». Quelle façon heureuse de se saluer ! Quelle sincérité ! Comme c’est pertinent ! »

L’un des gros points forts de ce livre, ce sont les personnages, vraiment intéressants.
Le premier d’entre eux, ou devrais-je dire, la première, c’est Gwendolyn, une trader qui ne sait plus trop où elle en est aussi bien au niveau professionnel que personnel.
On trouve autour d’elle dans cette histoire Q-Jo, sa meilleure amie, une sorte de voyante qui lit l’avenir avec les cartes de tarot et ne se soucie guère de sa ligne, bien au contraire. Elle disparaîtra rapidement, au grand dam de Gwendolyn.
On trouve Belford, l’ami de la jeune trader, agent immobilier aisé qui se verrait bien lâcher son boulot pour aller aider son prochain par conviction religieuse, à la grande consternation de Gwendolyn. Belford est le propriétaire d’André, un singe kleptomane derrière lequel il lui faut courir dans tout Seattle, à grand renfort de glace à la banane (pour l’amadouer).
On croise aussi le Dr Yamaguchi, un étrange et médiatique médecin japonais en tournée aux Etats-Unis pour présenter son remède miracle contre le cancer.

« Le Mensonge du progrès. Le Mensonge de l’expansion illimitée. Le Mensonge du « croître ou crever ». […] On s’est fait un joli feu de joie commercial, mais au lieu de jouir tranquillement de sa chaleur, de griller des marshmallows dessus et de lire les grands classiques à sa lumière, on s’est mis dans la tête de le faire devenir de plus en plus grand, de plus en plus chaud, à un tel point que si les flammes ne s’élevaient pas plus haut d’un trimestre à l’autre, cela entraînait beaucoup de soucis et de frustration. Et bien, n’importe quel Bozo sur la rive aurait pu nous dire que si on nourrit un feu de joie sans arrêt, tôt ou tard, on finit par brûler tout le bois et le feu s’éteint ; ou alors le feu devient trop important et on en perd le contrôle, il engloutit le pays et brûle ses habitants. La nature a toujours mis des limites à la croissance : il y a des limites à la taille des individus de chaque espèces, des limites à la taille des populations. Est-ce qu’on a vraiment cru que le capitalisme faisait exception aux lois de la nature ? Est-ce qu’on a vraiment confondu consommation sans fin et progrès sans fin ? »

Mais le personnage le plus emblématique de l’esprit de ce roman, c’est Larry Diamond, un ancien trader qui revient de Tombouctou avec une toute autre vision du monde et de la vie, et qui ouvrira un peu l’esprit si étroit de Gwendolyn.
Concernant le propos, il y a des réflexions très intéressantes de la part de Tim Robbins sur toutes sortes de sujets, souvent énoncées par l’intermédiaire de Diamond.

« Dans deux ou trois décennies, quatre-vingt pour cent des gens valides pourraient bien être sans emploi. Remarquez que j’ai dit « sans emploi », pas « sans travail ». Le problème, c’est que nous avons oublié comment travailler sans être employé. Nous sommes accros à l’emploi, et aucune de nos institutions n’est prête à nous aider à nous débarrasser de cette habitude, ni n’est qualifiée pour le faire. »

Concernant la narration, il y a dans ce roman une particularité vraiment originale. L’histoire est racontée par un narrateur extérieur omniscient qui parle de Gwendolyn à la deuxième personne du singulier, ce qui fait qu’il la tutoie pendant tout le roman. C’est un peu étrange au début mais on s’y fait relativement vite.

Le plaisir de lecture est réel et on rigole bien par moment, tout en s’instruisant. De temps en temps, l’auteur part dans de sympathiques délires qui font aussi la réussite de ce roman aussi réussi qu’hors-normes.

Si vous n’avez pas peur de philosopher avec des crottes et des salamis (oui oui, vous m'avez bien lu ! ), si vous vous demandez comment l’évolution peut avoir une éjaculation précoce, ou, comme Gwendolyn face à Diamond, comment grenouilles, champignons, organes génitaux et étoiles, tout est lié, n’hésitez plus, lisez Comme la grenouille sur son nénuphar de Tom Robbins.

A signaler : en fin de roman, mais à lire éventuellement avant, une belle présentation de l’auteur (encore méconnu en France) par Philippe Beyvin, qui dirige la collection « Americana » chez Gallmeister.



Comme la grenouille sur son nénuphar (Half Asleep in Frog Pajamas, 1994) de Tom Robbins, Gallmeister (2009). Traduit de l’américain par François Happe, 424 pages.

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