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Hannibal le lecteur

Adieu Gloria / Megan Abbott

28 Février 2011 , Rédigé par Hannibal Publié dans #Polar américain

Adieu Gloria (Queenpin en VO) est le quatrième roman de l'Américaine Megan Abbott, mais seulement le second à paraître en France. Fin 2009, Sonatine avait publié L'absente (The Song Is You), mais c'est désormais au Masque que paraît Adieu Gloria.

 

 

Adieu GloriaRésumé

 

États-Unis, années 1950.
À vingt-deux ans, l'héroïne et narratrice du roman – dont on ne connaîtra jamais le nom – a une vie des plus ordinaires. Elle suit des cours de comptabilité le matin et les met en pratique l'après-midi en tenant les registres du Tee Hee, une discothèque appartenant à des amis de son père, chez qui elle vit encore.
C'est après avoir accepté de maquiller les comptes à la demande de ses employeurs qu'elle est repérée par Gloria Denton, une femme aussi belle que dangereuse qui contrôle une bonne partie des activités interlopes de la ville. La reine du Milieu prend la jeune femme sous son aile et en fait son assistante. Grâce aux conseils avisés de son mentor, l'ex-comptable apprend vite. Seulement, lorsqu'elle rencontre un joueur flambeur, c'est le coup de foudre. Gloria lui avait pourtant dit de ne jamais mêler la passion aux affaires, mais c'est plus fort qu'elle, et les ennuis commencent...

 

Mon avis

 

« Je veux ces jambes.

Ce fut la première chose qui me vint à l'esprit. Elle avait les jambes d'une danseuse de revue de vingt ans à Vegas, trente mètres de long, avec juste ce qu'il fallait de courbes, d'élasticité et de promesses. Évidemment, il n'y avait pas moyen de dissimuler la peau des mains légèrement usée ou les chairs qui commençaient à se relâcher sur l'ossature du visage. Mais les jambes, elles tenaient bon, je vous le dis. Rudement bien conservées. J'avais beau être de deux décennies sa cadette, mes allumettes maigrichonnes ne soutenaient pas la comparaison.

[...]

Je n'ai jamais su ce qu'elle avait vu en moi. Tu avais l'air de connaître une ou deux petites choses, m'a-t-elle rappelé plus tard. Mais d'être prête à apprendre bien davantage.

Cela s'est fait en douceur, sur la longueur. Je n'ai jamais su ce qu'elle avait en tête jusqu'à y avoir moi-même pris tellement goût que je croyais que ma langue ne cesserait plus jamais de pétiller. Entre-temps, elle me fit entrer dans la danse, me trouva des boulots, me fit palper des grosses liasses de billets, trop épaisses pour être fourrées dans mon décolleté. Elle me fit rencontrer les durs, découvrir l'argent vite empoché et je n'en avais jamais assez. Donnez m'en plus. »


C'est par ces phrases que commence Adieu Gloria.

En faisant le choix de la narration interne – l'histoire nous est racontée par l'héroïne – Megan Abbott fait en sorte qu'une connivence s'installe rapidement entre celle-ci et le lecteur, qu'elle n'hésite d'ailleurs pas à interpeller, allant même jusqu'à se confier à lui.
Adieu Gloria est le roman d'une métamorphose. Celle d'une jeune femme bien comme il faut que rien ne destinait à être une figure importante de la criminalité locale mais qui le devient néanmoins peu à peu.

 

« Vous pensez peut-être que pendant tout ce temps j'ai du avoir des accès de culpabilité, des doutes. Certes, ce n'était pas ainsi que j'avais été élevée. Cela ne cadrait pas avec les conceptions qu'avaient la plupart des familles de la façon dont devrait se comporter une gentille fifille. Parfois je tentais même de me convaincre qu'il fallait que j'éprouve des remords, je me forçais à penser un instant aux braves gens. En quel honneur pouvais-je obtenir de jolies choses sans avoir à me fader un honnête travail ? Mais l'instant passait toujours, puis ces instants disparurent tout simplement. À la vérité, qui souffrait de ce que je faisais à part ceux qui choisissaient d'acheter des cigarettes et de l'alcool sans payer des taxes, de jouer avec l'argent de leur labeur, d'économiser en achetant le collier de perles tombé du camion, qu'ils allaient offrir à leur femme pour leur anniversaire de mariage ? Ils prenaient des risques et moi je me sucrais au passage. »


La façon qu'a la narratrice – et par derrière elle l'auteur – de nous raconter l'histoire, rétrospectivement, amène rapidement le lecteur à comprendre que les choses ne pourront aller que de mal en pis. En s'amourachant de Vic, un joueur patenté, magouilleur à la petite semaine, la jeune femme a mis un doigt dans l'engrenage. S'en suit une sorte de fuite en avant, inexorable, où chaque décision, chaque acte, ne fait que la rapprocher un peu plus d'ennuis plus conséquents. Une de ces histoires où le lecteur sent d'emblée que tout le monde ne va pas s'en tirer indemne.

La trame du roman est extrêmement simple. Il n'y a pas d'intrigue policière à proprement parler et la tension, psychologique, repose principalement sur les liens unissant les trois personnages principaux : Vic, la narratrice et Gloria. Megan Abbott joue intelligemment avec les clichés du genre, en faisant de cette dernière un condensé de ce que pouvait être la femme fatale dans le roman noir américain des années 1950. Plastique irréprochable, goût prononcé pour les parures luxueuses, sang-froid extrême, assurance à toute épreuve, aucune hésitation quant il s'agit de faire ce qu'il faut pour que le business continue de tourner normalement... Pour garder la santé, mieux vaut être dans ses petits papiers. Au fil des pages, les rebondissements se succèdent jusqu'à un final mémorable, totalement dans l'esprit du roman.

Bien que le scénario ne soit pas des plus complexes, la puissance narrative de l'auteur et l'intensité dramatique du récit suffisent à tenir le lecteur en haleine du début à la fin. Déjà remarquée en France à l'occasion de la parution d'Absente, Megan Abbott prouve avec Adieu Gloria, qui lui a valu le prestigieux Edgar Award, que le roman noir américain n'est pas qu'une affaire d'hommes.

 


 

Adieu Gloria (Queenpin, 2007) de Megan Abbott, Le Masque (2011). Traduit de l'anglais (États-Unis) par Nicolas Richard, 255 pages.

 

 

Pour l'occasion, Polars Pourpres et les éditions du Masque vous proposent de tenter de remporter l'un des 8 exemplaires d'Adieu Gloria mis en jeu. Le roman valant le détour, n'hésitez pas à participer !

Pour jouer, ça se passe par ici, jusqu'au 8 mars.

Bonne chance à tous !

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Commenter cet article

Wavre 15/04/2014 12:56

Abandonné page 90..

Hannibal 17/04/2014 15:46

Ça peut arriver. Les goûts et les couleurs. Premier de Megan Abbott ? Si non, et les autres, pareil ?

Claude Le Nocher 07/03/2011 11:49


Salut Hoel,
Pierre Faverolle et moi, nous songeons à fonder le fan-club français de Megan Abbott (je plaisante)... Tu y es le bienvenu puisque, comme la plupart des lecteurs, tu as aimé ses deux premiers.
Vraiment, une excellente romancière, dans la belle tradition.
Amitiés.


Hannibal 10/03/2011 14:56



Je n'ai pas (encore) aimé ses deux premiers, et pour cause, je n'ai pas lu Absente.


Je le lirai sans doute à l'occasion, et j'attends comme vous les prochains...



Bruno 01/03/2011 23:23


il est sur ma pile! me faut juste la faire fondre un peu ! :)


Hannibal 04/03/2011 11:44



Fait la fondre, ça vaut le coup. Et puis Adieu Gloria se lit très vite...



Pierre FAVEROLLE 28/02/2011 21:57


Salut Hannibal, je l'ai lu aussi, et j'ai trouvé ça magnifique.


Hannibal 04/03/2011 11:44



Tant mieux, ça ne m'étonne pas.


J'attends ta chronique alors.