Mardi 6 octobre 2009
2
06
/10
/2009
14:55
Le tailleur gris est un roman noir du Sicilien
Andrea Camilleri, paru il y a quelques jours chez Métailié/Noir.
Résumé
Un directeur de banque italien ne sait pas comment occuper son premier jour de retraite. Adele, sa très jeune femme, installe au domicile conjugal un bel étudiant afin de la satisfaire. Amour,
jalousie, etc. : le vieil homme fait défiler ses souvenirs, essayant de comprendre Adele, ce qui n’est pas chose aisée tant sa jeune épouse est contradictoire en bien des points.
Mon avis
J’ai découvert
Camilleri cet été (mieux vaut tard que jamais !), avec
Un été ardent justement, le dernier Montalbano à ce jour (chronique à venir). Que ses fans se rassurent, si le
fameux commissaire sicilien est absent de ce court roman noir, le talent de
Camilleri est, lui, toujours bien présent.
La langue de l’auteur est ici comme assagie (peu d’humour, pas de scènes déjantées) mais conserve cette saveur reconnaissable que sait si bien nous transmettre Quadruppani – le traducteur.
« Il se regarda de nouveau dans le miroir et cette fois, s’atrouva décidément ridicule. Il était habillé comme pour un conseil d’administration et, en réalité, la seule chose que désormais il
aurait à administrer, ce serait l’énorme quantité de temps qu’il avait à disposition pour rin faire, rin de rin. »
Pas d’enquête dans ce roman, juste une plongée dans l’intimité d’un couple, des moments de vie dans le quotidien d’un néoretraité. Les nombreux flash-back nous aident à reconstituer peu à peu le
parcours du vieil homme, aussi bien dans sa vie sentimentale, que sociale, au sein de la bourgeoisie italienne, ou encore professionnelle, dans le monde des affaires, où la Mafia n’est jamais très
loin.
« Les membres du cercle étaient des vieilles peaux sexagénaires maquillées comme des quadragénaires, surchargées de fond de teint, de rouge à lèvres et de bijoux, affamées de séductions
exotiques et de massages spéciaux ; leurs maris, directeurs généraux, entrepreneurs, députés ou simples bâtards qui avaient réussi à ramasser du fric on ne sait comment, ne leur cédaient pas sur ce
terrain : tous voulaient apparaître trentenaires. Et donc, gymnastique quotidienne, promenades kilométriques sur la plage, salle de gym, sauna, massages, tortures diverses.
Il n’y participait jamais.
- Comment est-il possible que tu n’arrives pas à socialiser ? lui demandait immanquablement Adele en lui faisant la gueule.
Rien que le verbe « socialiser » le faisait déjà profondément chier. »
On connaissait la verve d'
Andrea Camilleri à travers les enquêtes de Montalbano. Avec ce
Tailleur gris, une très belle histoire, toute en retenue, l’auteur sicilien nous montre une
autre facette de son grand talent de conteur.
A signaler : vous pourrez voir un sujet sur Camilleri dans l'émission Metropolis, rediffusée sur Arte samedi à partir de 12h45 (merci Yann pour
l'info).
Le tailleur gris (
Il tailleur grigio, 2008) d'
Andrea Camilleri (Métailié/Noir, 2009). Traduit de l'italien (Sicile) par Serge Quadruppani, 135 pages.