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Hannibal le lecteur

Des myrtilles dans la yourte / Sarah Dars

5 Octobre 2009 , Rédigé par Hannibal Publié dans #Polar français

Des myrtilles dans la yourte est le dernier roman de Sarah Dars, paru aux éditions Picquier. C'est le premier roman d'une série se déroulant en Mongolie et mettant en scène l'inspecteur Yesügei.

Bien que j'ai lu ce roman avant de le savoir (en juillet), il fait désormais partie de la sélection automnale du Prix SNCF du polar (j'ai eu le nez fin cette fois puisque j'ai aussi lu Les coeurs déchiquetés avant que la sélection ne soit communiquée).


Résumé

Deux touristes américains arrivent en Mongolie pour chasser l’antilope. Rapidement, ce qui devait être un safari tranquille tourne au vinaigre. L’ambiance se tend entre les visiteurs et les accompagnateurs locaux, la tempête se lève dans la steppe et l’un des deux chasseurs étrangers finit par disparaître.
L’enquête est alors confiée à Yesügei, un inspecteur pour le moins atypique et qui n'en fait qu'à sa tête. Une mise à pied pend d'ailleurs au nez de ce policier alcoolique, coureur de jupons et ayant recours à des méthodes peu orthodoxes pour mener ses enquêtes. Suivant son instinct de chasseur, ce fin limier part à la recherche du disparu, sillonnant les steppes sur sa moto Guzzi.


Mon avis

« Aux âmes sensibles, il faudrait épargner l’extraction du cadavre de son linceul d’éboulis, puis son transfert en civière jusqu’à la piste,  où attendait le camion-ambulance. Aux amateurs de frissons, il faudrait livrer quelques éléments sur la couleur et l’odeur de sa peau, sur l’expression de son visage, l’aspect de ses yeux, celui de sa bouche remplie de terre. A ceux qui prisent les détails pratiques, il conviendrait de signaler le repêchage de la seconde chaussure, coincée au fond d’une cavité, avec le duvet, la torche cassée, et une gourde vide sentant fort le whisky. Ainsi que le prélèvement de plusieurs échantillons de terre, celle qui débordait de la bouche du mort, celle qui adhérait à ses semelles, celle qui couvrait le sol autour des puits. »

Après nous avoir fait voyager en Inde avec les enquêtes du brahmane Doc – huit romans à ce jour, également chez Picquier – la française Sarah Dars continue de nous faire découvrir l’Asie avec ce premier polar ayant la Mongolie pour cadre.
Le grand point fort de ce roman tient justement à son cadre géographique original, intelligemment exploité par l’auteur, qui maîtrise son sujet. Elle nous fait parcourir les vastes étendues de la Mongolie, pays assez méconnu en France : tradition, coutumes, pratiques religieuses, alimentation… Dans la veine du polar ethnographique, et à l’instar du travail d’Hillerman avec les Navajos (toute proportion gardée), Dars nous donne à voir la vie quotidienne des Mongols et nous apprend même au passage quelques mots en mongol.

« Pourtant, bien que dépourvu de noblesse par la naissance, Yesügei avait été un jeune pionnier débordant d’enthousiasme, habile aux jeux virils que sont le tir à l’arc, la lutte et la course équestre. Cavalier chevronné, il n’avait pas son pareil pour manier le lasso et lancer le couteau. Il était devenu un jeune policier plein de bonne volonté et d’illusions. Et voilà que maintenant il risquait d’être mis à pied – un comble pour un cavalier dans l’âme, qui sans cheval se sent comme un oiseau sans ailes –, en raison de plusieurs bavures dues à l’ébriété. »

Malheureusement, l’intrigue policière peine à rivaliser. Elle met du temps à démarrer et ne parvient que difficilement à vraiment intéresser le lecteur.
Concernant les personnages, c’est à peine meilleur. Si le personnage de Yesügei, qui sort de l’ordinaire, parvient à accrocher le lecteur, certains protagonistes sont maladroitement décrits. En effet, Sarah Dars manque souvent de subtilité et a tendance à forcer les traits, comme pour rendre les Américains antipathiques ou nous montrer que le jeune Gerel – l’adjoint de Yesügei – est benêt.

« Et s’il n’avait jamais voulu se mêler des affaires d’Erdenbat, c’était parce qu’il se connaissait : cela l’aurait mené trop loin. Un peu comme un chien dont les crocs restent à jamais plantés dans sa proie, jamais il ne lâchait. Pour la même raison, il n’avait pas cherché à approfondir le sort de la première femme d’Erdenbat, victime d’une noyade accidentelle. Il ne se voyait pas mener une enquête sur son frère juré. Une enquête, si on ne la commence pas, on est sûr de ne pas avoir à aller jusqu’au bout. »

Prometteur au premier abord, Des myrtilles dans la yourte déçoit quelque peu. Si l’aspect ethnographique sur la Mongolie est très réussi, ce roman pêche par une intrigue moyenne et des personnages secondaires peu convaincants. Espérons que les prochaines enquêtes de l’inspecteur Yesügei soient plus captivantes.



Des myrtilles dans la yourte
de Sarah Dars, Éditions Philippe Picquier (2009), 256 pages.

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cymbaliste 31/12/2013 14:45

excellent

jeanjean 07/10/2009 15:56


eh oui, dommage que l'intrigue soit si ronronnante, je me suis d'ailleurs assoupi au bout de 100 pages, pour ne plus le reprendre. Tant pis.


Hannibal 08/10/2009 00:25


C'est vrai que l'intrigue n'est clairement pas passionnante. Je lirai quand même le prochain, ne serait-ce que pour voir s'il y a du mieux à ce niveau là justement.


Aurore 07/10/2009 12:25


La comparaison avec Hillerman fait tout, jusqu'à ce qu'on lise la parenthèse... et la suite. Dommage!


Hannibal 08/10/2009 00:23


Dommage, comme tu dis. J'attends quand même le prochain pour voir.