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Hannibal le lecteur

Paris-Brest / Tanguy Viel

20 Août 2009 , Rédigé par Hannibal Publié dans #Littérature française

Paris-Brest est le cinquième roman de Tanguy Viel, paru aux Editions de minuit.


Résumé

Il est évident que la fortune pour le moins tardive de ma grand-mère a joué un rôle important dans cette histoire. Sans tout cet argent mes parents ne seraient jamais revenus s’installer dans le Finistère. Et moi-même sans doute, je n’aurais jamais quitté Brest pour habiter Paris. Mais le vrai problème est encore ailleurs, quand il a fallu revenir des années plus tard et faire le trajet dans l’autre sens, de Paris vers Brest.


Mon avis

Après L’absolue perfection du crime et Insoupçonnable, je poursuis la lecture de l’œuvre de Tanguy Viel avec son dernier roman (pour l’heure), à savoir Paris-Brest.

« Voilà la ville qu’on dit avec quelques autres la plus affreuse de France, à cause de cette reconstruction malhabile qui fait des courants d’air dans les rues, à cause d’une vocation balnéaire ratée (complètement ratée même, puisque la seule plage de la ville au fond de la rade se trouve là abandonnée, en contrebas de la quatre-voies tumultueuse qui désengorge la ville), à cause de la pluie persistante que ne savent compenser les grandes lumières du ciel, de sorte que Brest ressemble au cerveau d’un marin, détaché du monde comme une presqu’île. »

Le roman s’ouvre dès la première page sur la description de Brest, où plus précisément sur une description de Brest de quelqu’un qui connaît bien cette ville (et pour cause, puisque Viel y réside) et joue intelligemment de ses clichés.

« Mais c’est à peine si on peut appeler ça un restaurant, le Cercle Marin, plutôt une sorte de club dans lequel il faut justifier de son appartenance à la Marine pour y venir déjeuner, ce qui veut dire quand même que tout le monde ou presque peut y accéder : qui n’aurait à Brest, par alliance ou par cousinage, une relation avec un marin ? »

Le narrateur a coutume d’amener sa grand-mère au Cercle Marin, où elle finit par rencontrer Albert, un riche retraité qui lui propose rapidement le mariage, où à défaut, de devenir son héritière.

« Elle a bien entendu.
Dix-huit millions.
Elle a réfléchi longtemps. Elle a passé des nuits à se retourner dans son lit, des heures au téléphone avec sa fille, des journées à arpenter en tous sens son appartement. Elle a réfléchi d’autant plus longtemps qu’elle savait depuis le début qu’elle dirait oui. Elle n’a pas réfléchi pour savoir si elle dirait oui ou non, elle a réfléchi à comment justifier auprès d’elle même qu’elle dirait oui. »


Comme on pouvait s’en douter, l’octogénaire ne tient pas la route longtemps (sans qu’il faille y voir autre chose qu’une mort naturelle, je précise) et la grand-mère se retrouve avec la coquette somme de 18 millions (c’était encore les francs du temps où se déroule cette histoire).
A cause d’une autre histoire d’argent les parents du narrateur sont obligés de s’éloigner de Brest et décident à contre-cœur d’y laisser leur fils, à la condition expresse que celui-ci reste proche de sa grand-mère. Il occupera donc le rez-de-chaussée du nouvel appartement de la vieille dame, cent soixante mètre carrés avec vue sur la rade, comme elle se plait à le répéter.
Sur les conseils d’un ami, les parents descendent plein sud, et s’installent pour vendre des cartes postales à Palavas-les-flots. D’où ce petit passage vous permettant de goûter à l’humour de l’auteur.

« C’est même en tant qu’ami qu’il a évoqué le Languedoc-Roussillon comme la région idéale pour l’exil et comme une des régions les plus belles de France. Mais quelqu’un qui vous dit que le Languedoc-Roussillon est une des régions les plus belles de France, moi je n’appelle pas ça un ami. »

Vivre avec dix-huit millions au-dessus de sa tête, même pour un gentil garçon sans histoires, ça finit quand même par donner des idées. Alors quand on connaît un peu l'auteur, on se doute que les choses ne vont pas en rester là…

Avec ce nouveau roman, Tanguy Viel explore les relations familiales. Son personnage principal est persuadé d’être un écrivain et finit par prendre de la distance pour enfin composer ce qu’il appelle « son roman familial ». Mère, père, grand-mère, frère : par un subtil jeu d’alternance, les vies fictives et réelles de cette famille s’entrecroisent, et l’on se rend compte qu’elles sont finalement plus proches que ce qu’on pourrait penser de prime abord.
Sans avoir l’air d’y toucher, Viel est un excellent conteur d’histoires. Il écrit simple, efficace, et n’en rajoute pas, ce qui est appréciable.
Cela n’empêche pas une certaine poésie de s’installer par moments, comme ici lors des errances brestoises du personnage principal.

« Je me souviens des jours suivants dans les rues, sur les quais, debout contre le vent, sur la digue accoudé aux bastingages. Je me souviens des terrasses de café où je me suis assis, de tous les bancs dans les squares, et même de la mer, j’ai fait une promenade sur la mer, avec le bateau-promenade qui fait des ronds dans l’eau, pas loin des poissons, pas loin des sardines et aussi des méduses, de n’importe quel remous sur la surface de l’eau. Et je me tenais là, dans la houle et le vent au milieu des cargos et des navires de guerre, ce qu’il restait des cargos et des navires de guerre, de vieux porte-avions venus finir leurs jours dans le port militaire. Là-haut, dans les changements du ciel, j’ai failli croire que Dieu me voyait et ne pensait qu’à moi. »

J’aime beaucoup cet auteur, et ses histoires qui comportent toujours une dose plus ou moins importante de criminalité qui pourraient presque en faire des polars.
Et si je ne déconseille pas la lecture de Paris-Brest (bien au contraire, vous l’aurez compris), je pense que pour découvrir l’œuvre de cet auteur, mieux vaut d’abord ouvrir L’absolue perfection du crime, qui a ma préférence.



Paris-Brest de Tanguy Viel, Les Editions de Minuit (2009), 189 pages.

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alain 20/08/2009 17:19

Je suis aussi très intéressé par le travail de Tanguy Viel

Hannibal 22/08/2009 16:08


Comme ça on est au moins deux.
Je n'ai pas encore eu la chance de le rencontrer mais c'est quelqu'un apparemment très accessible et qui aime rencontrer ses lecteurs.
Peut-être pour bientôt donc ?