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Hannibal le lecteur

Aya de Yopougon de M. Abouet & C. Oubrerie

4 Août 2009 , Rédigé par Hannibal Publié dans #Bande dessinée

De retour de vacances avec quelques billets en perspective à venir dès maintenant et dans les jours prochains.

Aya de Yopougon est une série de bande dessinée (quatre volumes pour l’heure) de Marguerite Abouet (scénario) et Clément Oubrerie (dessin).
Le premier tome a reçu le Prix du premier album à Angoulême en 2006.
















Mon avis


Ces couvertures me faisaient de l’œil depuis un moment à la bibliothèque mais je n’avais encore jamais franchi le cap de les soulever.
Voilà désormais chose faite.

Yopougon, quartier populaire d’Abidjan, Côte d’Ivoire. Le premier volume débute en 1978, Aya a 19 ans. Elle est entourée de ses deux meilleures amies, Bintou et Adjoua.
Ces trois jeunes gos (ou filles si vous préférez) vivent leur vie et vont s’amuser quand l’occasion se présentent cherchant pourquoi pas un mlin mlin, c’est-à-dire quelqu’un qui enjaille (un mec attirant quoi !). Soirées à l’hôtel aux milles étoiles (en plein air), avant ou après avoir été décaler (danser, mais pas comme nous !) en soirée (sur du Alpha Blondie ou autre). Des filles qui remue leur tassaba, des garçons qui n’y vont pas par quatre chemins : le moins qu’on puisse dire c’est que la drague ivoirienne, c’est quand même autre chose que chez nous.
Chez les gars, c’est la même chose, on cherche aussi. Et si les gazelles ne manquent pas, difficile de trouver la bonne.

-    « Je veux dire que je cherche la femme parfaite.
-    Ah celle-là ! Effectivement elle n’est pas faite encore… Tu vas la chercher longtemps, dêh !
-    Je vais trouver ô. Dans la vie, là, chaque cul a son caleçon. »


On découvrira petit à petit autour de ces trois jeunes filles de nombreux personnages et leurs histoires vont rapidement devenir abramalaires (comprenez bien compliquées). Trahisons, rebondissements, … un vrai feuilleton mais version africaine avec l’humour et le dépaysement en plus, et notamment ces expressions on ne peut plus imagées.

-    « Tu fais toute cette histoire parce que ton vieux a un deuxième bureau ? […] Ma pauvre, tu sais, l’homme c’est comme un lit d’hôpital ô, il peut recevoir plusieurs malades. »


ou encore

-    « Moussa, les fesses ont beau grossir, elles n’étouffent pas l’anus. »
(un peu plus compliquée à comprendre celle-là, je vous laisser chercher, pour la réponse, c’est dans le tome 3)

Basée essentiellement sur les rapports hommes/femmes, mais allant bien au-delà, cette série est l’occasion de voyager, de découvrir l’Afrique de l’ouest à travers ses coutumes, sa vie quotidienne…
Ici, le patron de la Solibra (bière locale) avoue à sa femme son inquiétude concernant les ventes, en raison de la concurrence déloyale du koutoukou (alcool à base de vin de palme souvent fait maison et affichant fièrement un bon 70°), moins cher et bien connu pour tuer les microbes ! L’occasion de s’amuser un peu du rapport de certains africains avec la religion.

-    « Bonaventure, tu es soucieux. Y a quoi ?
-    Simone, la situation de la Solibra m’inquiète, là.
-    A ce point ?
-    Oui. Si ça continue, je serai obligé de licencier quelques employés.
-    Oh les pauvres, mais si c’est la volonté de Dieu, alors fais-le.
-    Simone, Dieu n’a rien à faire ici. Le problème c’est que les Ivoiriens apprécient de plus en plus le koutoukou.
-    Je vais alors prier pour qu’ils boivent plus de bière !
-    Tu crois qu’il t’écoutera ? Ca ne fait pas partie des dix commandements, ça.
-    Mais chéri, il peut comprendre, il est  bon ô. »


On s’attache rapidement aux personnages, même secondaires. Moussa, le galérien (comprenez un gros fainéant) est très drôle, tout comme Hervé, le cousin de Bintou qui en pince pour Aya.
L’élection de Miss Yopougon (volume 3) prête également à sourire, car elle attise encore davantage les rivalités entre les plus jolies ivoiriennes.
Les dessins de Clément Oubrerie sont réussis, vraiment adaptés au propos, très colorés, agréables à l’œil et surtout complémentaire d'un scénario efficace.
Marguerite Abouet (elle a quitté Yopougon et la Côte d’Ivoire pour la France à l’âge 12 ans) a bien connu ce dont elle parle et nous le donne à voir avec talent. Le scénario est excellent. Beaucoup d’humour, des situations rocambolesques qui se retournent régulièrement, et à la fin de chaque tome un rebondissement de taille.

Et après ces fameux twists finaux, retrouvez dans chaque tome les bonus ivoiriens, très sympa également. L’indispensable lexique bien sûr, mais aussi des astuces vestimentaires, des recettes locales et des explications complémentaires sur certains points (l’accouchement par exemple).

Une fois n’est pas coutume, je conclue cet article à l’ivoirienne.
Dêh ! Toi même tu sais là qu’il faut lire ces BD ô !

Pour information, il semblerait que le cinquième volume soit prévu pour l'automne prochain (début novembre vraisemblablement).



Aya de Yopougon, de  Marguerite Abouet (scénario) & Clément Oubrerie (dessin), Gallimard (à partir de 2005).

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A_girl_from_earth 20/08/2009 20:49

J'adore ta conclusion à l'ivoirienne!:) C'est une BD que je suis avec assiduité et j'attends avec impatience le prochain tome!

Hannibal 22/08/2009 16:10


Merci !
Plus que deux trois mois à attendre apparemment.
Séduit par cette série, je serais au rendez-vous pour le tome 5 également.