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Hannibal le lecteur

Le polar / A. Bonnemaison & D. Fondanèche

27 Juillet 2009 , Rédigé par Hannibal Publié dans #Autour du polar

Le polar est un essai de vulgarisation au sujet des littératures policières d’Audrey Bonnemaison et Daniel Fondanèche paru dans la collection Idées reçues des éditions Cavalier Bleu.


Résumé

A partir de 15 idées reçues – plus ou moins courantes – les deux auteurs tentent de dresser un portrait de ce vaste genre qu’est le polar.


Mon avis

Cet essai m’a moyennement plu aussi me suis-je dit que j’allais ouvrir cet article sur un coup de gueule et le refermer sur une bonne surprise.

AAARGH, aucun respect du lecteur ! Comme dans les essais de l'inexcusable Pierre Bayard, les auteurs lâchent d’énormes spoilers à tout va, sans prévenir du tout bien sûr (ça serait trop beau !).
Si vous avez tout lu en matière de polar vous ne craignez rien.
Sinon, faites bien attention.
Si vous voulez gâcher Double assassinat dans la rue Morgue (de Poe), allez page 30.
Si vous voulez ruiner Dix petits nègres (meilleur roman policier jamais écrit à mon humble avis), rendez-vous page 31. Si vous n’avez pas lu ce roman, n’ouvrez pas cette page, ce serait pure folie.
Si vous voulez bousiller Chez les flamands du grand Simenon, c’est page 56.
Pour foutre en l’air La lune dans le caniveau, chef d’œuvre de Goodis, lisez la page 57.
Fort heureusement le premier spoiler intervient assez tôt et, très méfiant à ce niveau là, j’ai pu déjouer ces pièges, lâchement tendus par les deux auteurs (heureusement puisque je n’ai pas encore lu les deux derniers titres cités).
J’espère que je n’en oublie pas. Je vous aurai prévenu (pas comme eux !).

Ce livre est très didactique. Pour quelqu’un ne connaissant rien au polar, ou si peu, je pense qu’il convient assez bien (d’ailleurs ça doit être l’objectif du livre donc à ce point de vue on peut dire qu’il est réussi).
Pour quelqu’un qui s’y connaît déjà un peu, ça demeure intéressant mais c’est trop didactique, presque scolaire.
D'autant que les auteurs reviennent parfois (sans qu'on comprenne trop pourquoi) sur des sujets déjà abordés auparavant (le rôle de la femme, le hard boiled, …) ce qui offre alors des répétitions maladroites. Peut-être parce que la répétition fixe la notion, comme disent certains profs ?
On trouve aussi quelques belles coquilles. Parmi les plus cocasses, on fait ainsi la connaissance d’un certain James Crumely (sic) qui aurait écrit La danse de l’ours.

Allez, deux derniers points négatifs et après, promis, j’en dis du bien.
Idée reçue n°8 : « Les polars sont pour les détraqués ».
Carrément, je vous jure ! Pas mal, je ne sais pas où ils ont été la trouver celle-là. Si ça se trouve c’est encore Jean-Paul qui fait des siennes. Vous savez, le pape polonais qui a dit « Les romans policiers sont souvent d’une valeur morale, humaine et même littéraire très douteuse ».
Excusez-moi, je suis obligé de vous le dire, je crois que je suis un détraqué.
Ca continue d’ailleurs dans le même genre un peu plus loin. On a le droit page 63 à ce beau passage (c’est tout moi cette description !) : « Alors, criminels en sommeil ou dépressifs chroniques ? Les tueurs en série ne sont-ils pas eux même souvent des êtres brimés ou dépressifs ? Dans un cas comme dans l’autre, la santé mentale des lecteurs de polar devrait être à surveiller de près… »
Avis à la population : il n’est pas encore trop tard pour quitter ce blog vivant ! Dêpechez-vous, encore quelques romans et je crois que je vais passer à l’acte.
Le pire c’est que ça ne me semble même pas être une boutade (ou si c’en est une l’auteur de ces phrases ne voulait pas le laisser penser).
Donc dernier gros défaut de ce livre : à vouloir dégrossir très efficacement ce qu’est le polar, les auteurs tombent parfois eux-même dans la caricature. Heureusement, la 4e de couverture indique que les auteurs apportent « un éclairage distancié et approfondi sur ce que l’on sait ou croit savoir » (voir l’exemple ci-dessus !). Ouf, on est sauvés alors !

Voilà, j’ai été bien méchant jusque là mais je dois bien avouer que cet essai (en plus de me faire rire) m’a aussi pas mal intéressé. Allez, deux exemples pour la route.
J’y ai découvert que les bandes dessinées aux Etats-Unis avaient été soumises à une censure spécifique, le Comics Code Authority de 1954. On enlève le trop violent, on interdit les titres contenant « crime » « horreur » ou encore « terreur », causant la perte de certaines séries de comics qui vivaient de ce créneau. Je connaissais la version cinéma (le code Hays) mais pas celle-là.
Je découvre également le concept d’inverted tale (ou histoire renversée pour ceux qui n’aiment pas l’angliche). J’en ai lu quelques unes mais je ne savais pas que ça avait un nom. Ok d’accord, mais c’est quoi ? Et bien c’est un roman policier où l’on connaît dès le départ l’identité du criminel. L’intérêt est généralement de comprendre le pourquoi de l’acte délictueux (psychologie, mobile…) et de voir comment il va être démasqué. Ce procédé finalement assez commun, beaucoup utilisé par Simenon et repris par la suite à la télé (cf Columbo) aurait été créé par Richard Austin Freeman (je découvre aussi, c’est pas tout jeune ; ce romancier anglais, aussi théoricien du roman policier est mort en 1943).
Dans les dernières histoires renversées que j’ai eu l’occasion de lire, citons le réussi Le magicien de Jean-Marc Souvira.

J’ai beaucoup aimé la conclusion de cet essai, très proche de mes réflexions. Allez, deux belles citations cadeau.
« Le polar est sans doute ce qui a remplacé la littérature naturaliste et réaliste du XIXe siècle. »
« Le polar donne à rêver parce qu’il se réinvente dans chaque ouvrage
. »

J’ai aimé aussi les paratextes.
Le glossaire est très bien fait, pour un-e débutant-e du polar mais pas que…
J’ai également apprécié la bibliographie, très complète et agrémentée de conseils de lecture. Je parle là de la bibliographie sur la littérature policière c’est-à-dire une sélection de livres dont le sujet est le roman policier.
Pour les incontournables du genre (les polars ce coup-ci) il y a aussi un index par auteur.
On trouve également une intéressante biblio sur le film noir.
Et enfin, j’ai été très agréablement surpris de voire figurer en fin d’ouvrage, dans la rubrique « On consultera aussi » la mention de Polars Pourpres.

Au final, s’il est loin d’être parfait, ce petit essai de vulgarisation est plutôt bien fait et agréable à lire (malgré mes réserves). Il sera fort utile à ceux qui ne connaissent pas encore le polar… et beaucoup moins pour les autres, ce qui n’est ma foi que très normal.



Le polar d’Audrey Bonnemaison et Daniel Fondanèche, Le Cavalier Bleu / Idées reçues (2009), 127 pages.

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Emeraude 30/07/2009 12:52

On est d'accord quant à l'idée reçue. Ca reste une idée reçue. Je n'avais pas eu le sentiment que les auteurs ne la démentaient pas mais honnêtement, j'ai lu ce truc assez vite donc c'est possible que ce "détail" m'ait échappé! :-)

Hannibal 30/07/2009 14:32


Pas de soucis.
Alles, à bientôt !


Emeraude 29/07/2009 20:51

A mon tour de te bombarder de commentaires ;-)
Donc pour avoir lu cet essai, que j'ai trouvé comme toi très scolaire mais pas inintéressant je ne rebondirai que sur un point. A ma grande honte peut être, je n'ai pas lu les 10 petits nègres (enfin si, quand j'avais 10 ans et je n'en ai aucun souvenir). Et franchement, j'ai déjà oublié ce qu'ils en disaient à la page où ils spoilent tout.
Car ce n'est pas ce qu'il y a de bien important dans cet essai qui se veut, je crois, pour un public ayant déjà lu du polar. (et qui donc, a priori, aurait lu les 10 petits nègres et autres classiques du genre).

Et honnêtement, j'avais déjà entendu l'idée reçu comme quoi "lire du polar veut dire qu'on est détraqué". Je ne peux pas te dire où mais ça ne m'a pas choqué de lire ça dans cet essai !

Hannibal 30/07/2009 10:33


Merci pour ces retours de lecture.

Personnellement je ne pense pas que ce guide soit destiné aux vrais fondus de polar, qui connaissent déjà en substance ce qui est dit dans ce livre.
Il serait je pense plus approprié aux personnes connaissant presque rien à ce genre mais souhaitant s'y mettre. Et là, si on peut supposer qu'ils aient lu Dix petits nègres (probable) ou
Double assassinat dans la rue Morgue (pourquoi pas), ça m'étonnerait bien qu'ils connaissent Chez les flamands ou qu'ils aient lu La lune dans le caniveau (classique
assez méconnu du grand public).

De toute manière au niveau des spoilers je suis catégorique. Ou on ne spoile pas, ou on avertit (a minima en début de livre, même si dans l'idéal ce serait mieux avant chaque révélation. Tellement
énervé après avoir lu Pierre Bayard qui m'a ruiné certains Agatha Christie, que je n'aurais jamais la chance de lire comme il se doit (sans connaître le coupable), je me méfie énormément lorsque je
lis ce genre de livres, et bien m'en a pris.

L'idée reçue selon laquelle on serait détraqués (les lecteurs de polar), je veux bien, si ça reste une idée reçue. Mais que les auteurs persistent et signent, ça me dérange. Je ne suis à ma
connaissance ni dépréssif chronique ni criminel en sommeil.


bene 28/07/2009 23:06

uste pour dire que je veux m'offrir ce bouquin mais aussi que j'aime beaucoup ton blog. favoris chez moi! bye

Hannibal 29/07/2009 12:05


Merci béné, ça fait plaisir.
Je vais de ce pas visiter ton blog.